La citadelle

• Le mood :

Un IMMENSE coup de coeur.
De ces livres qui vous laissent autant d’empreintes, d’images, que d’odeurs.
Le parfum d’une nuque. Celui de la Corse. Les effluves de Calvi. Ses amours avortés, ses regrets déposés là, sur le sable mouillé.


• L’histoire :

Est-il possible de se rater, une vie entière,
alors que l’amour brûle violemment les ventres ?
Émile a embarqué pour Calvi
Après un message bouleversant reçu la veille.

« Une odeur de terre, fouettée par le vent, fouetta son visage, lui rappelant de nombreux souvenirs. »

La citadelle dressée lui fait face.
Le passé surgissant du sol
Et brandissant la force de sa présence pour se rappeler à lui.

Nous traversons avec lui cinq étés en Corse.
Premier été, il sort d’une année harassante à la Sorbonne.
Le nez dans les livres et les dents tachées de café.
Sans un sous en poche, il part pour le Festival de Calvi
Avec ses amis de la jeunesse dorée parisienne.

« Depuis son entrée à la Sorbonne, Émile n’avait pris ni le temps d’aimer, ni même celui de vivre, trop accaparé par ses études. »

À dos de scooter sur les routes sinueuses,
Les trois acolytes goûtent à cette liberté du premier âge.
Sur cette île aux boîtes de nuit qui offrent un panorama proche des étoiles,
Emile s’éveille.
Trop de beauté, de liberté.
Il lui fallait tout à coup tout posséder.

« Le sentiment de faire partie d’un tout lui était pénible, comme si l’ombre du « On » cherchait à absorber son âme. »

Émile abrite en lui cette rage de celui qui a peur.

« Pour exister, il lui fallait trouver un ennemi et l’affronter. »

Puis il rencontre Andréa.
Jeune nymphe qui perce lentement  la foule et le coeur d’Emile.

Les sentiments contraires le tenaillent comme deux courants qui l’emportent.

La combattre.
La contredire. S’en faire l’ennemi.
La gaucherie, la maladresse et la jalousie en font un détracteur bien mal armé.

« Un grillon tentait d’exister au loin. »

Il reviendra alors chaque année,
Enchaîné à La Citadelle.
Dévoré par son héros Stendhalien, Julien Sorel.
L’ombre de Julien sur l’épaule d’Émile.

« Où qu’il soit, la présence d’un livre avait toujours le don de le rassurer. »

Se remplir d’Andréa.
La timidité, l’orgueil l’asséchant.

L’amour comme champs de bataille,
Champs d’honneur pour les classes inférieures.
Il aidera alors le vieux Matéo dans son bar,
Attendant qu’Andréa et sa voix réapparaissent.

La citadelle s’assombrie à mesure des années.
Lui, rongé par l’ambition et l’image qui l’éclaire.
Un exilé en lutte avec lui-même.
Arrivera-t-il à prononcer les mots ?
Il n’y a rien de pire que ce qui n’a jamais été dit.


• L’extrait :

« Trois heures plus tard, assis et ivre, il contemplait le sourire blanc de la mer découpé dans l’ombre de l’écume. S’il en avait eu le pouvoir, il aurait plongé la main dans le temps pour le retenir encore un peu. »


• Mon avis :

Un immense coup de coeur !
Du même auteur j’ai lu Adolphe a disparu mais aussi Les Orphée qui m’avait totalement subjuguée.
Et pourtant, La Citadelle est définitivement le plus beau.
Un aboutissement du style, de la construction, de l’entièreté des personnages.
Je suis admirative de l’extrême finesse avec laquelle l’auteur dresse leur psychologie.
Le fin tissage entre le héros stendhalien et son Émile ponctué de Sagan, de Cyrano.
Eric raconte les paysages, les ciels et les étoiles comme personne.
À sa lecture je me suis dit, « À quoi reconnaît-on un grand écrivain ? ».
Sans appel, à ce qu’il apporte de nouveau en littérature.
Et il n’y a que dans les livres d’Éric Metzger que j’ai croisé cette si fine présence de dialogue entre le héros et l’animal.
Qui nous transmet cette distance du héros avec le monde, son intériorité très forte. Une particularité littéraire qui humanise tant son écriture que ses observations sociales.
À travers ce personnage empêché dans l’amour, l’auteur sonde la représentation du soi, la quête de gloire, du bonheur dans une société piégée dans un smartphone et derrière un profil Facebook.
Un roman qui dit ces amours avortés par trop d’orgueil.
Ces mots que l’on garde en soi en brûlant de les dire, de les écrire.
Ces histoires d’amour qui s’éteignent et nous poursuivent pourtant chaque jour.
C’est raffiné, délicat, fragile et tendre.


• L’auteur :

Éric Metzger

*Éric Metzger est titulaire d’un Master Lettres à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV) (2004-2007).

En 2007, il commence a travailler au Petit Journal de Canal Plus où il a été d’abord auteur pour le SAV (Service après-vente des émissions) de Fred et Omar.

Depuis 2011, Éric Metzger et Quentin Margot produisent des sketchs pour alimenter Le Petit Journal.

« La nuit des trente » (2015) est son premier roman.

(*Source : Babelio)


• Références :

  • La Citadelle
  • Auteur : Éric Metzger
  • Maison d’édition : L’arpenteur – Gallimard
  • Date de publication : 14.03.2019

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