Ce que je ne veux pas savoir

• Le mood :

Un beau pèlerinage autobiographique, une voix puissante que je vous recommande vivement !


• L’histoire :

« Une réponse au « Pourquoi j’écris » de George Orwell (1946) »


Parfois,
D’un escalator naissent des décisions qui peuvent changer nos vies.
D’une trajectoire ascendante ou descendante,
D’un roulement mécanique qui vous prend par sanglots.

Mais quitte à voyager,
Autant prendre l’avion.
Alors embarquement pour Majorque !


« Quand le bonheur est là on a l’impression de n’avoir rien connu avant, le bonheur est une sensation qui ne connaît que le présent de l’indicatif. »


Parfois tout change et pourtant rien n’a vraiment changé.
On pensait vivre un amour pour toujours…
La pension de Majorque, elle, n’a pas bougé
Malgré les séismes de la vie.


« Ma chambre n’avait pas changé non plus sauf que cette fois, quand j’ouvris l’armoire mangée par les vers et que je vis les mêmes quatre cintres en fil de fer suspendus à la tringle, je leur trouvai un air abattu, un air d’humain aux épaules tombantes. »


Dans ce lieu refuge où seuls des voyageurs solitaires s’arrêtent.
Deborah voit ressurgir ses souvenirs.

« Nous ne comprenions pas encore vraiment que la Mère, telle qu’elle était imaginée et politisée par le Système Sociétal, était une illusion. Le monde aimait l’illusion plus qu’il n’aimait la Mère. »


L’auteure revient sur le système patriarcal du XXI e siècle et les Mères qu’il tente d’ériger.
Entre admiration et humiliations répétées.

« Ce dernier exigeait de nous d’être passives mais ambitieuses, maternelles mais pleine d’une énergie érotique, dans le sacrifice mais comblées – nous devions être des Femmes Modernes et Fortes tout en étant soumises à toutes sortes d’humiliation, tant économiques que domestiques. »


Elle observe ces femmes utiliser ces mots régressistes auprès de leur progéniture.
Les Mères prolos d’un côté,
Les autres ; de l’autre.

Pèlerinage jusqu’au Monastère
Où ont vécu Georges Sand et Chopin.
À Majorque on ne l’aimait pas tellement celle qui s’habillait comme un homme.
Lubrique.

« Je pensai à tous mes espoirs et je ris. Le son de mon rire cruel me donna envie de mourir. »


Dans ce livre , l’écrivaine en appelle à se défaire d’elle-même.
Devenir son propre sujet de roman pour tenter de comprendre,
Comment elle-même est devenue ce produit du système sociétal.
Ce que l’on avait bien voulu faire d’elle.
Les illusions qu’elle avait acceptées.
L’amour autant que la maternité et le rôle qu’elle s’était donné à jouer.

« Ça ne sonnait pas très bien quand je le disais pour moi. En fait, chaque fois que je prononçais les mots « Marraine Dory » tout haut, cette combinaison me paraissait désagréable – comme si je marchais avec trois petits cailloux dans mes chaussons de gym. Sans trop savoir pourquoi, je ne voulais pas me débarrasser des cailloux. »


Revenir aux origines.
Réveiller l’enfance.
Là où sommeillent les battements du monde.

A Durban chez sa marraine Dory, l’océan indien est plein de requins.
Mais les dangers se tapissent ailleurs
Et guettent plutôt les cages de Billy Boy à plumes, enfermés,
Et des noirs interdits sur les plages.
Des marraines névrosées aux mains bien blanches et à la phobie des ténias.
Des pères prisonniers politiques
Et des Nelson Mandela recherchés par la police.

« Je me suis donnée une règle : ne regarder que son oeil de verre. Jamais l’autre. Un oeil de verre était un oeil qui ne voyait pas et je ne voulais pas qu’il voie que j’avais peur de lui. »



C’est l’histoire d’une petite fille qui gardait sa voix sagement éteinte.
Qui se gardait de dire qu’elle savait lire et voyait en l’écriture quelque chose de dangereux.
Dangereux parce qu’en écrivant on peut s’échapper.
Comme Billie Boy et sa cage,
comme son père qui ne pouvait qu’écrire de sa prison.

« L’écriture me faisait me sentir plus sage que je ne l’étais. Sage et triste. Je croyais que les écrivains devaient être comme ça. Et j’étais truste de toute façon, beaucoup plus triste que les phrases que j’écrivais. J’étais une fille triste qui jouait à être une fille triste. »


Cheminement d’une voix en exil dans un pays qui n’était pas le sien.
D’une voix qui devait porter plus fort pour devenir elle-même un jour. Écrivaine.


• L’extrait :

« Devenues mères, nous n’étions plus que l’ombre de nous-mêmes, pourchassées par celles que nous avions été avant d’enfanter. »


• Mon avis :

Si j’ai préféré « Le coût de la vie » pour son humour plus vif, j’ai adoré replonger avec l’auteure.
Découvrir une autre période de sa vie.
Un joli pèlerinage à la voix puissante, que je vous recommande.


• L’auteur :

Deborah Levy*

E7EMF5 British playwright, novelist, and poet Deborah Levy appears at the Edinburgh International Book Festival.

Nationalité : Afrique du Sud
Né(e) à : Johannesburg, Afrique du Sud , le 06/08/1959
Biographie :

Deborah Levy est une romancière, dramaturge et poétesse britannique.

Elle s’est d’abord concentrée sur l’écriture pour le théâtre — ses pièces ont été mises en scène par la Royal Shakespeare Company — avant de se concentrer sur la fiction en prose.

Ses premiers romans comprennent Beautiful Mutants, Swallowing Geography et Billy & Girl. Son roman Swimming Home a été dans la shortlist du Prix Booker en 2012 et The Man Who Saw Everything fut dans la première sélection du Prix Booker en 2019.

*Source : Babelio



• Références :

  • Ce que je ne veux pas savoir
  • Auteure : Deborah Levy
  • Maison d’édition : Editions du sous-sol
  • Date de publication : 20.08.2020

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