L’âge de raison

• Le mood :

Un roman drôle et décapant. Du génie, de l’intelligence. Si vous êtes trentenaire et un peu paumé(e), si vous vous ennuyez des chemins tous tracés, alors vraiment laissez-vous embarquer.


• L’histoire :

Andrea c’est cette fille : trentenaire, célibataire endurcie, galérienne de la vie, une vie rythmée de séances avec sa psy.

Étudiante aux Beaux-Arts elle peignait, puis a décidé de tout arrêter du jour au lendemain.
Revenue vivre à New York avec un boulot dans lequel elle excelle, elle a pourtant ce sentiment de reculer quand tout avance autour d’elle.

Installée dans un loft à Brooklyn, Andrea voit de loin l’Empire State Building qu’elle dessine chaque soir en secret.
6 ans passent ainsi.
Les dessins de l’Empire State. L’alcool. La coke. Les ecstas. Les mecs auxquels elle se donne beaucoup trop facilement.
Ce truc qui gratte. Ce sentiment de ne pas arriver à être cette adulte que le monde attend.

Elle voit ces autres se mettre en couple puis construire une famille.
Coup de massue, elle apprend que son frère se marie et va avoir un enfant.

Perçue comme « la fille en marge », qui ne s’attache à personne. Incapable d’aimer, de construire. Inconstante.
Pourtant non. Elle aimerait tant.

Sa mère lui envoie ce bouquin spécial célibataires qui finit à la poubelle.
Cette mère qu’elle a si longtemps tenue à distance. Une mère militante communiste qui a voué sa vie au système associatif. Un père décédé d’une overdose. Des hommes qui venaient chez eux quand elle n’était encore qu’une ado.

« Vous aurez beau être parfaitement maîtresse de vous-même, à l’aise dans votre corps et dans votre esprit, vous trouverez toujours sur votre route des hommes désireux de prendre possession de votre corps, que ce soit avec leurs yeux, leurs mots ou avec leurs mains. »

30 ans. Détester sa mère puis la vouloir avec soi pour toujours.
Une mère comme un second cœur. Une protection contre la vie et sa laideur.
Une douleur commune aussi, ce père perdu que sa mère n’a jamais cessé d’aimer. Un père bancal, drogué. Mais un père qui l’aimait.

Son rapport aux hommes vient-il de ce père olé olé ?

Les hommes la voient comme une fille de transition. Pas quelqu’un à qui l’on s’attache.
Elle rencontre Baron, lui n’attend rien et s’enfuit même le premier soir après lui avoir fait l’amour.
Elle le croise un jour au restaurant avec une autre femme.

« Elle se laisse choir à côté de moi, sexuellement satisfaite, confondante d’innocence. Je me retiens de crier. Je voulais juste une omelette. Pas une tentative d’assassinat. »

Quelle direction donner à sa vie quand celle des autres semble tracée ?
Pourquoi tous ces hommes choisis sont-ils toujours les mauvais ?
Ce sentiment terrible du « je vais rester célibataire toute ma vie ».

« La plupart des gens que je connais passent leur temps à se réinventer. À échafauder de nouveaux projets de vie. Je le sais parce qu’ils disparaissent de mon existence dès qu’ils ont réinventé la leur.(…) Ça m’arrive sans arrêt. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, j’imagine. Je n’ai rien construit. Je suis restée sur le bord de la route. »

Puis un jour la vie qui bascule pour ces autres pourtant si parfaits.
L’enfant de son frère ne vivra pas. Condamné.
Le mariage idéal de sa meilleure amie Indigo qui vole en éclat.

Andrea, ses erreurs, ses amours.
Ses questions et ses doutes. Son incompréhension face au monde. Son pas de côté sur Terre quand tous les autres marchent droit.
Son refus de la convention, quand tous abdiquent. Son besoin d’affection. Plus fort que tout. L’envie d’aimer puis se le refuser. Le reprendre aussi vite qu’elle aurait pu le donner. La peur de souffrir.

Andrea observe les couples autour d’elle et nous dresse un portrait social tragi-comique, de scènes d’amours, de scènes de vie.
Derrière l’image se cachent les blessures. Ce qui lui a été enlevé avant même d’avoir pu y goûter.

« Parfois il m’arrive de penser à ce bébé que j’ai perdu. Je n’ai pourtant jamais souhaité avoir d’enfant. (…) Pourquoi pleurer alors ? Parce que c’est un chemin que j’aurais pu emprunter mais qui s’est dérobé sous mes pas. Je pleure l’idée enfuie. Le concept abandonné. (…) Je pleure mes identités perdues. Mes occasions manquées. »

Y’a-t-il réellement un âge de raison ? La vie tient-elle seulement à ça quand finalement le cœur de tout nous est dicté par l’amour, les coups, les blessures ?
Suivre un chemin tout tracé n’empêche pas les marches ratées. Si choisir le sien était une des clés contre les regrets ?


• L’extrait :

« Quand j’entrevois la vérité profonde d’un ami ou d’un proche, je demeure perturbée pendant plusieurs jours. J’ai l’impression de porter l’essence de leur être comme un vêtement trop étroit. Avec Greta, c’est une combinaison de plongée. »


• Mon avis :

Un roman avec du génie ! Une plume complètement addictive. Un humour décapant. Saupoudré d’une certaine gravité.
Je suis devenue absolument fan de cette Andrea.
Une apparence de caillou et une âme complètement perturbée.
Des questions que nous nous sommes tous et toutes posées.
L’auteure ; Jami Attenberg touche à la quête universelle. Suivre le modèle imposé ? Épouser les clichés ? Les envier ? Les répudier ?
Chercher l’amour au fond, plus que tout. La vérité dans l’autre. Celui qui saura vous aimer vraiment.
Et surtout ces chemins de vie, sans filets, sans règles. Avec leurs instants de beauté, et leurs injustices attribuées au hasard.
Car c’est ça la vie. Rien n’est jamais déterminé. Il faut l’essayer.


• L’auteur :

Jami Attenberg

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*Elle est écrivain et journaliste.
Elle écrit entre autres pour The New York Times et The Wall Street Journal.

Best-seller du New York Times, l’un des meilleurs livres de l’année selon de nombreuses publications, La Famille Middlestein (The Middlesteins, 2012) est son troisième roman, le premier publié en France, et a été traduit dans une quinzaine de pays.
Originaire de Chicago, elle vit aujourd’hui à New York.

Son site:
http://www.jamiattenberg.com/

*Source : Babelio


• Références :

  • L’âge de raison
  • Auteur : Jami Attenberg
  • Maison d’édition : Les Escales
  • Publication : Février 2018

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