Sur la lecture

• Le mood :

Un court et délicieux manifeste de Proust sur la lecture, ses souvenirs d’enfance accompagnés d’un livre et son lien si fort d’amitié à la lecture.


• L’histoire :

Et vous, quel lecteur étiez-vous enfant ?
Du genre solitaire à lire des heures enfermé dans votre tour ?
À lire partout tout le temps même en marchant ?
À oublier votre doudou mais pas votre livre ?
À lire à la lumière d’une lampe torche, le soir, quand vos parents vous disaient de ne pas vous coucher tard ?
Sous la couette alouette ?
Sous la table pendant les repas d’un total ennui avec les adultes ?
Pendant que les enfants de votre âge peignaient des poneys ?

« Il n’y a peut-être pas de jour de notre enfance que nous n’ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passé avec un livre préféré. »

Proust revient sur ces moments interdits de l’enfance
Où plus rien d’autre ne compte que l’univers qui nous est raconté.

« Qui ne se souvient comme moi de ces lectures faites au temps des vacances, qu’on allait cacher successivement dans toutes celles des heures du jour qui étaient assez paisibles et assez inviolables pour pouvoir leur donner asile. »

Les mots des adultes vous sont indifférents,
Ce qui se passe autour de vous a disparu,
Il n’y a que vous et les personnages de votre livre.
Ses paysages et le lieu où vous avez décidé de lire.

« (…) je me glissais dans la salle à manger où, jusqu’à l’heure encore lointaine du déjeuner, personne n’entrerait que la vieille Félicie relativement silencieuse, et où je n’aurais pour compagnons très respectueux de la lecture, que les assiettes peintes accrochées au mur, (…) »

Proust nous détaille ces journées où ils redoutaient les repas.
Quand les adultes s’installaient à table et lui demandaient de fermer son livre.
Toutes leurs manières et ces déjeuners qui n’en finissaient plus !
Quand le dessert était terminé, il restait alors encore le café dont on s’extasiait de la distillation tubulaire…
Quand l’enfant ne pense qu’à les quitter pour rejoindre son livre…
Le petit Proust était un enfant comme les autres.

« Que le déjeuner me paraissait long ! Ma grand tante ne goûtait aux plats que pour donner son avis (…) »

Lire dans sa chambre,
Ces refuges à bibelots.

Proust raconte ce cliché des adultes sur l’enfant.
Celui du jeu.
Ces moments où l’on décide pour lui qu’il doit jouer avec les autres enfants
Et non lire seul, dans son coin.

« Mais après le jeu obligé, j’abrégeais la fin du goûter apporté dans des paniers et distribué aux enfants au bord de la rivière, sur l’herbe où le livre avait été posé avec défense de le prendre encore. »

Il nous parle de cette quête de paix.
Communion et observation de cette nature, qui elle, jamais ne le dérangeait.

J’aimais aussi me mettre à l’abris du tumulte des enfants.
J’aimais déjà ma solitude,
Et je n’aimais pas qu’on vienne la troubler.

La lecture, je crois, va avec ce besoin de silence.
Je me souviens encore dévorer mes livres à la lumière de ma lampe torche
Tard le soir dans ou sous mon lit.

« Alors, quoi ? Ce livre, ce n’était que cela ? Ces êtres à qui on avait donné plus de son attention et de sa tendresse qu’aux gens de la vie, n’osant pas toujours avouer à quel point on les aimait, et même quand nos parents nous trouvaient en train de lire et avaient l’air de sourire de notre émotion, fermant le livre, avec une indifférence affectée ou un ennui feint ; ces gens pour qui on avait haleté et sangloté, on ne les verrait plus jamais, on se saurait plus rien d’eux. »

Et si la lecture était cette conversation que nous ne pouvions pas avoir avec un ami ?
Si elle était une façon de garder le pouvoir intellectuel, individuel sur notre opinion ?
Qui meurt si tôt qu’un ami vient vous donner son avis propre.
La lecture se fait donc notre amie.
Notre alliée.

« (…)et la lecture est une amitié. (…) C’est de plus une amitié débarrassée de tout ce qui fait la laideur des autres. »

Pour Proust, la distraction la plus noble est la lecture.
Et la seule selon lui capable de cultiver l’esprit, et le développer en nous-mêmes.
Analysant également la mécanique de l’écrivain,
Des contemporains allant puiser dans les classiques par besoin d’une pensée différente et nourricière.


• L’extrait :

« Alors, quoi ? Ce livre, ce n’était que cela ? Ces êtres à qui on avait donné plus de son attention et de sa tendresse qu’aux gens de la vie, n’osant pas toujours avouer à quel point on les aimait, et même quand nos parents nous trouvaient en train de lire et avaient l’air de sourire de notre émotion, fermant le livre, avec une indifférence affectée ou un ennui feint ; ces gens pour qui on avait haleté et sangloté, on ne les verrait plus jamais, on se saurait plus rien d’eux. »


• Mon avis :

J’aime retrouver cette écriture sucrée de Proust,
Ces images pleines de cloches et de brioches.
La « proustification » comme aimaient le dire ses amis.
Sa vision de la lecture comme clé de nos esprits.
Des interdits. De nos besoins de solitude.


• L’auteur :

Marcel Proust

 

proust.jpg

*Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un auteur français qui a marqué le XXe siècle et la littérature mondiale par son œuvre éblouissante.

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l’asthme.

Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain.
Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi à un roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever (« Jean Santeuil »).
En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages.

La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre « À la recherche du temps perdu », dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort.

Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle.
Tandis que la première partie, « Du côté de chez Swann », passe inaperçue, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs », le deuxième volet de la « Recherche » reçoit en 1919 le prix Goncourt.

Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit « asthmatique », Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la « Recherche du Temps Perdu », il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent.

Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe « proustifier » .

Il meurt, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.

*Source : Babelio


• Références :

  • Sur la lecture
  • Auteur : Marcel proust
  • Maison d’édition : Actes Sud
  • Date de publication : 07.01.1993

Un commentaire sur “Sur la lecture

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