Pas dans le cul aujourd’hui

• Le mood :

Un texte puissant, une lettre d’amour fou.
Une femme comme un cheval sauvage.
Un titre déroutant dont on apprend qu’il vient d’un poème de l’auteure.
Un livre pour tous les esprits subversifs, qui aiment l’avant-garde et la pensée libre.


• L’histoire :

Prague. Les sombres années d’après-guerre.
Jana Černá, est la fille de Milena Jesenská, journaliste et résistante qui écrivit de nombreuses lettres passionnées à Kafka.

Un titre tiré d’un poème de l’auteure.
Ma lecture commence avec ces quelques vers.
Subversifs, provocateurs, ils révèlent l’immense charge érotique de la lettre à venir.
L’intellect, la philosophie qui attisent les corps bien plus que les mots.
Les mots crus, le désir, l’ardeur et les odeurs me prennent dès les premières pages.
C’est une lettre écrite pour son homme. Egon Bondy.

« Je t’aime infiniment, c’est la vérité – le verbe aimer est un peu absurde ici parce qu’il s’agit d’autre chose encore, je suis liée à toi par tout ce qui m’est propre et c’est encore autre chose qu’aimer – mais voilà justement pourquoi je suis absolument libre dans cette relation et je peux non l’anéantir, mais anéantir sa réalisation si celle-ci devait l’abaisser au niveau banal des atrocités conjugales commises contre le corps et l’esprit.»

Une lettre à l’absence.
Je connais ce qu’elle décrit. Je souris.
Ces images presque pornographiques qui sentent l’amour sauvage.
L’amour courage d’une femme dont la force exalte chaque feuillet.
L’excitation, la liberté des mots,

Ces mots qui débordent des pages tout comme leur passion.

« (…) le raisonnable détruit en moi tout ce qui fait sens, il m’ôte toutes mes forces, qu’elles soient érotiques, intellectuelles ou autres. »

J’adore quelle haïsse le raisonnable.
Qu’elle le fuit comme le choléra.
Qu’elle s’enflamme à l’idée de quinze jours sans lui.
Qu’elle s’étonne d’être pourtant encore en vie.

Elle est tellement rock cette Honza (son surnom) !
Comme son homme, dont elle est si fière.

« Tu ne sais même pas à quel point je suis fière (tu n’ignores sans doute pas que j’ai toujours eu tendance à l’être) mais tu ignores à quel point je suis fière de t’avoir, de ce que tu m’aimes (car je pense que tu m’aimes), de t’aimer à mon tour, de toi, de ta manière d’être, de qui tu es. »

La lire vénérer cet amour de treize années
Annule toutes mes angoisses de ces amours poussiéreux qui s’ennuient, épuisés.
Je déteste cette idée.
Comme Honza, je préfère la laisser aux autres.
Les êtres humains.
Être un monstre, un monstre d’amour
Lécher les flammes et s’en amuser.
Devenir la Peste du vieillissant, de la poussière et de l’impuissant.
Les combattre.
Préférer l’indomptable.
Se donner dans toute sa vérité puisque le reste est inébranlable.
Que le monde s’éteigne et il restera ces mots.
Ce texte qui m’est arrivé comme par accident.
Un clin d’oeil bien moins qu’innocent.
Un texte que j’ai lu, complètement exaltée.


• L’extrait :

« Pourquoi sacredieu n’ai-je pas ta langue dans ma chatte alors que c’est mon plus ardent désir, pourquoi je ne sens pas la chatouille douloureuse de ta morsure sur la plante de mes pieds, pourquoi je ne peux pas te tendre mon cul pour que tu le possèdes, le mordes, l’étrilles et l’arrose de ton sperme ? »


• Mon avis :

Une lettre d’une puissance absolue.
Je n’avais je crois, encore jamais lu de texte aussi libre et vibrant. De cette insoumission au temps qui agit parfois sur les couples comme le soleil sur de vieilles photos.

C’est court, c’est beau, c’est intense.

Un avant-propos par la Directrice d’ouvrage nous offre aussi à lire qui a été cette femme dans sa vie.
Une vie complètement dissolue. Un immense héritage maternel dilapidé dans l’année.
Une vie de bohème, choisie et assumée.
Trois fois mariée et mère de 5 enfants qui lui seront retirés par les services sociaux pour mauvais soins.

Elle ne connait que l’exaltation du corps et de l’esprit. Enflammée de philosophie. Éperdument amoureuse de l’amour. Rien d’autre que sa rébellion, sa force et sa liberté n’auront su exister au cours de sa vie.


• L’auteur :

Jana Černá

JanaCerna2.jpg

*Nationalité : République tchèque
Né(e) à : Prague , le 14/08/1928
Mort(e) à : Prague , le 05/01/1981
Biographie :

Jana Černá, née Jana Krejcarová, est une écrivaine et poétesse tchèque.

Jana, qu’on appelait familièrement Honza, est la fille de parents illustres. Son père, le célèbre architecte Jaromír Krejcar (1895-1950), a révolutionné l’architecture tchèque en y appliquant les principes du fonctionnalisme. Sa mère, Milena Jesenská (1896-1944), journaliste et écrivaine, est entrée dans l’histoire de la littérature par son amitié épistolaire avec Franz Kafka et est devenue plus tard une grande figure du journalisme tchèque de l’entre-deux-guerres. Emprisonnée en août 1939, elle est morte à Ravensbrück.

Confiée à son grand-père, Jan Jesenský, Jana a suivi des études secondaires, puis artistiques. Son grand-père disparaît en 1947 et son père meurt en 1950 dans son exil britannique. A la mort de son grand-père elle s’est trouvée à la tête d’un vaste héritage qu’elle n’a pas tardé à dilapider.

Elle a très vite choisi la vie de bohème et n’a jamais exercé d’emploi stable, exerçant des activités occasionnelles telles que femme de ménage, contrôleuse de tramway, aide-cuisinière.

Après le coup d’État communiste de 1948, elle a publié avec ses amis Egon Bondy, Ivo Vodsedalek et d’autres dans une maison d’édition clandestine, Pulnoc.

Elle commence par écrire de la poésie marquée par le surréalisme et n’hésite pas à choquer par ses inspirations érotiques. Plus tard, elle écrit une longue série de poèmes en prose et de contes qui seront en partie publiés dans des journaux et des magazines des années 1960 et 1970.

Plusieurs fois mariée et mère de 5 enfants, elle a fréquenté les milieux littéraires de la mouvance surréaliste et underground et collaboré à différentes publications de cette mouvance, sous divers pseudonymes (Gala Mallarmé, Sarah Silberstein) ainsi que sous son nom de Jana Krejcarova.

Jana Černá meurt dans un accident de voiture à l’âge de 52 ans.

*Source : Babelio


• Références :

  • Pas dans le cul aujourd’hui
  • Auteur : Jana Černá
  • Maison d’édition : Éditions La Contre Allée
  • Date de publication : 2014

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