Portnoy et son complexe

• Le mood :

Un roman brillant et cru sur un trentenaire Juif, obsédé sexuel en prise avec des questions morales, sociétales, familiales et sexuelles. Un personnage complexe teinté d’humour noir et de cynisme.
On aime ou on déteste. (Mais ne passez surtout pas à côté !)


• L’histoire :

« Libérez ma pine ! »

Tout est là. Mais la libérer de qui ? De quoi ?
Alex Portnoy est hanté par ses fantasmes et obsessions pour « le con ».
Brillant, QI de 158, cadre dirigeant, plein d’idéaux humanitaires…
Il cherche en Freud la phrase qui le libèrera de ses fixations sexuelles.
C’est donc à son psy que Portnoy se confie.

Au cœur de son complexe : un Œdipe.
Des parents qui vivent dans l’angoisse de tout.
Une éducation où tout ce qui n’est pas juif est impur.
Portnoy pose alors les questions de l’intolérance, du sectarisme et d’une morale qui se moque d’elle-même.

Une mère invasive.

« « Alors, comment va mon amoureux ? » son amoureux, elle l’appelle, pendant que son mari écoute sur l’autre extension ! Et jamais elle ne se demande, si je suis son amoureux, qui il est, lui, le schmegeggy avec qui elle vit ? »

Tyrannique autoproclamée qui verse dans l’autosacrifice.
Aucune erreur, aucun microbe n’a sa place, pas même un hamburger.

« « Des hamburgers », répète-t-elle avec amertume, exactement du même ton qu’elle dirait Hitler (…) »

Une famille psychodrame. Un père faible.
Des trafiquants de culpabilité.

« Mais ce qu’il avait à m’offrir, je n’en voulais pas — et ce que je voulais, il ne me l’offrait pas. »

La constipation & les migraines de son père,
Fruits secs et suppositoires fleurissent leurs conversations.

Puis l’adolescence. La découverte du corps, de son sexe, de son goût.
La terreur que « l’ignominie » puisse être découverte.
L’interdit.
La pulsion de la masturbation plus forte que tout.
Partout. Dans un bus, une chaussette, une pomme, un morceau de foie, une bouteille de lait.

Le sexe comme seule liberté.

« Docteur, comprenez-vous à quoi je me heurtais ! Ma bite était tout ce que je pouvais considérer comme vraiment à moi. Vous auriez dû la voir s’activer ma mère pendant la saison de la polio ! »

Décharger son sexe comme on décharge toute sa culpabilité, ses angoisses, sa terreur.

« Docteur Spielvogel, voici mon existence, mon unique existence, et je la vis au milieu d’une farce juive ! Je suis le seul fils dans cette farce juive. »

« Une burette » qui s’est fait la malle.
La peur sous-jacente de la castration.
Le sentiment de honte qui jailli de toute part.
Son sexe, la taille de son jet d’urine…
Tout ceci nourri de religion juive qu’il rejette puis fantasme. 

Portnoy passe en revue avec cynisme la bêtise et l’ignorance. Les préjugés.

« La première distinction que vois m’ayez appris à faire, j’en suis certain, n’était pas entre le jour et la nuit ou le chaud et le froid, mais entre les goyische et les Juifs ! »

Il grandit avec une « trique permanente », à 33 ans il rôde et fantasme chaque femme qu’il croise.

La Citrouille, le Singe, la Pèlerine.
Autant de cœurs brisés, de conquêtes qu’il aime à raconter.
Une putain, une nymphomane, une shikse (femme non juive).
Le sexe est cru, tout est frontal.
Portnoy est écrasé par le poids de son sexe et des ségrégations.
Tiraillé par la question identitaire.

Et si la sentence était bien plus terrible ?


• L’extrait :

« Et voilà. Maintenant vous connaissez la pire action que j’ai jamais commise. J’ai baisé le dîner de ma propre famille. »


• Mon avis :

Mon premier Philip Roth. Tout simplement brillant.
Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire jusqu’ici. Une liberté totale à une époque et dans un pays plutôt puritain. 1969 et certains passages s’apparentent clairement à des scènes pornographiques.

Mais l’humour est présent sans discontinuer. Parfois cynique, violent, parfois tendre.
Philip Roth dresse ici le portrait d’un personnage complexe en proie à des démons profonds.

Ceux d’une famille et de sa religion qui sont ses fondements identitaires, puis de cette société qui ségrége aussi bien les noirs, que les goys, que les juifs.

Mais également ce qui nous caractérise dans notre intime. Nos fantasmes, nos abandons, nos hontes.

On y comprend aussi toute l’importance des mots d’une mère dans la construction d’un fils.
Ces frontières à ne jamais franchir.
Ce que l’on peut détruire en tant que parent. Ce qui est irrémédiable.
Ce sentiment de honte et de culpabilité qu’un homme peut « traîner » toute sa vie parce qu’il aura été élevé dans l’empêchement permanent.
Un livre remarquable qui me donne envie de découvrir l’ensemble de l’œuvre de l’auteur.


• L’auteur :

Philip Roth

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*Philip Roth est un écrivain américain.
Petit-fils d’immigrés juifs, originaires de Galicie arrivés aux États-Unis au tournant du XXe siècle, fils d’un modeste agent d’assurances chez Metropolitan Life, Philip Roth grandit dans la banlieue de New York, avant d’obtenir le succès dès son premier ouvrage, « Goodbye, Columbus » (National book Award 1960).

Il crée le scandale avec « Portnoy et son complexe » (Portnoy’s Complaint, 1969), longue confession de son héros, aux prises avec sa judéité et ses pulsions sexuelles. Le personnage réapparaît dans nombre de ses œuvres, « L’Écrivain des ombres » (The Ghost Writer, 1979), « La Leçon d’anatomie » (The Anatomy Lesson, 1983) et « La Contrevie » (The Counterlife, 1986), romans sur l’impuissance et la frustration.

Sarcastique et lucide, Philip Roth ressasse les mêmes thèmes, le sexe, les juifs, l’autofiction, et sa psychanalyse. Dans sa trilogie américaine: « Pastorale américaine » (American Pastoral, 1997), « J’ai épousé un communiste » (I Married a Communist, 1998) et « La Tache » (The Human Stain, 2000), il opère une démythification de l’American dream, et fustige le politiquement correct ambiant. Il aborde la révolution sexuelle des années 1960 dans « La bête qui meurt » (The Dying Animal, 2001).

En 2006, il publie « Un homme » (Everyman), qui est suivi d' »Indignation » (2008). Ce dernier sera adapté au cinéma en 2016 par James Schamus avec Logan Lerman et Sarah Gadon. « Le Rabaissement » (The Humbling, 2009) est porté sur grand écran en 2014 par Barry Levinson, avec Al Pacino, et « American Pastoral » en 2016 par Ewan McGregor.

En octobre 2012, il annonce, lors d’un entretien qu’il arrête l’écriture et que « Némésis » (2010) restera son dernier roman.

Philip Roth a reçu de nombreux prix prestigieux dont le prix Pulitzer (1998, pour « Pastorale américaine »), le prix du Meilleur livre étranger (2000), le Prix Franz Kafka (2001), le prix Médicis étranger (2002, pour « La Tache »), le prix international Man Booker (2011) ou encore le prix Prince des Asturies de littérature (2012). En 2013, il a été fait commandeur de la Légion d’honneur par la France.

Jusqu’au milieu des années 1980, Roth partage sa vie entre les États-Unis et Londres, avec sa compagne, l’actrice britannique Claire Bloom. Ils ont été mariés de 1990 à 1995. Il vit aujourd’hui dans le Connecticut.

*Source : Babelio


• Références :

  • Portnoy et son complexe
  • Auteur : Philip Roth
  • Maison d’édition : Folio
  • Date de publication : février 2018
  • Date de publication originale : 12 janvier 1969

 

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