La petite fille sur la banquise

• Le mood :

Un témoignage poignant et essentiel sur le parcours de vie d’une femme violée lorsqu’elle était enfant..
Un livre courageux qui raconte une histoire qui aurait pu être la nôtre, qui la raconte pour ces femmes qui se taisent par peur du regard, par peur du souvenir.


• L’histoire :

J’ai lu ce livre en me disant que nous aurions toutes pu être cette petite fille.
Ce joli mois de mai, vous seriez rentrée seule de la fête de l’école.
Si fière de pouvoir vous affranchir de la présence de vos parents.

Arrivée dans la cage d’escalier. Cet homme. Du joli mois de mai.
Il vous aurait salie de ses doigts.
Tuée d’un regard que vous n’oublieriez jamais.

Vous vous dites que vous, vous seriez partie en courant.
Que vous auriez crié.
Pourtant non. Comme ces 72 petites filles, vous n’auriez pas bougé.

Muette, dans votre chambre, votre père vous aurez retrouvée.
Puis la police, une déposition.
Des choses que vous n’oseriez pas leur dire à 9 ans. Encore moins devant vos parents.
Auraient-ils su trouver les mots ?
Auraient-ils tu l’horreur maladroitement ?
Auraient-ils su que chaque jour de votre vie vous combattriez la mort d’un faux sourire ?
Pourtant si pleine de joie vous diraient-ils…
Au bord du gouffre toujours. Au bord de soi, pour toujours.

Les années avanceraient et il n’y aurait plus de visage.
Il n’y aurait plus d’images.
Votre cerveau l’aurait enfoui, se protégeant du trauma.
Alors vous vous diriez que vous avez tout inventé.
Le cerveau efface, pour ne pas disjoncter.

« Vous ne vous souviendrez plus consciemment de tout ou partie de ce jour-là, les souvenirs qui vous en resteront seront confus, désordonnés, comme irréels. »

Vous auriez enfilé sur vous des années de psy comme une combinaison de survie.
Pourtant vous seriez là,
Tapie dans l’ombre, tapie d’effroi.
Une toux étrange, ce bruit, dans votre gorge.
L’étouffement.

« Les années passeront. Ils oublieront ce dimanche ensoleillé du mois de mai, ou plutôt, ils n’en parleront pas. Elle non plus, elle n’y pensera plus. »

Puis 23 ans plus tard, la brigade des mineurs vous aurait peut-être appelée.
On l’aurait peut-être retrouvé.
Vous auriez reçu cet appel comme un coup de poing.
Vos proches seront-ils là près de vous ?

Des experts vous mettraient à nu, établissant eux-mêmes ce que vous avez vécu.
Avez-vous vraiment été traumatisée ?
Vous finiriez alors par vous demander si c’était vraiment un viol.
Pourtant les images reviendraient, celles que vous n’aviez jamais osé leur raconter.
La mémoire effacée refait surface comme le souffle après la noyade.

Vous auriez pris l’habitude de boire pour laisser s’approcher ce mari pourtant choisi.

Vous seriez enceinte d’un petit garçon.
La peur au ventre qu’un pénis puisse grandir en vous.

« Les mots désir et orgasme ne lui seront plus des mots creux, mais ils resteront des mots rares. »

Une fois né, vous chasseriez ces images indicibles que vous avez de votre fils.
Laisser l’alcool noyer les méduses.

Le corps scindé en deux, vous vous détruiriez.
Avoir mal, penser la mort comme on pense à chaque jour qui défile.
Vous retiendriez les nuits pour cesser de trembler enfin.

Il sera condamné à 18 ans de prison ferme.
72 petites filles ont été reconnues violées par cet homme.
90% des victimes ne parlent pas. Nous pouvons y ajouter un 0…
J’ai mal aux autres.

« En France, on peut détruire la vie d’une femme pour le prix d’une voiture d’occasion. »


• L’extrait :

« Elle appelle cet endroit ma petite fille sur la banquise, elle ignore que cette petite fille a encore longtemps à m’attendre. »


• Mon avis :

Je ne retiendrai pas ce livre pour son style ou sa construction que j’ai trouvés plutôt classiques.

Même si j’ai trouvé intéressant ce jeu du « je » et du « elle » quand les mots deviennent trop durs. Comme une mise à distance pour pouvoir continuer à écrire.

Mais était-ce vraiment le but de le livre les effets de style ?! Je ne pense pas.
C’est pourquoi je le retiens comme une lecture nécessaire, essentielle, remplie de courage. Oser témoigner, parler, écrire pour toutes celles qui n’ont pas pu et ne pourront pas. Ces paroles de femmes et d’hommes qu’ils nous faut soutenir.
Livrer ses pensées les plus terribles, dire ce que c’est que d’être atteinte dans sa chair. L’impact sur chaque détail de votre vie.

Ce fut une lecture éprouvante. Difficile. Mais bravo d’avoir écrit.
Si seulement les termes, les lois, le regard des autres pouvaient enfin changer.
Je pense alors à Un fils parfait de Mathieu Ménegaux qui se bat dans ces textes contres ces lois de notre justice française, parfois complètement incensées.


• L’auteur :

Adélaïde Bon

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*Adélaïde Bon est comédienne.
Elle a été victime d’un viol à l’âge de neuf ans, en 1990.

25 ans après les faits, son violeur a été arrêté puis condamné à 18 ans de prison ferme. Au printemps 2016, au Palais de justice de Paris, au côté de 18 autres femmes, elle affronte le violeur en série qui a détruit sa vie.

Avec une distance, une maturité et une finesse d’écriture saisissantes, Adélaïde Bon retrace un parcours terrifiant dans son premier livre, « La petite fille sur la banquise », publié par Grasset en 2018.

*Source : Babelio


• Références :

  • La petite fille sur la banquise
  • Auteur : Adélaïde Bon
  • Maison d’édition : Editions Grasset
  • Date de publication : mars 2018

3 commentaires sur “La petite fille sur la banquise

  1. C’est drôle, l’autre jour une connaissance m’en a parlé en me disant que ce livre l’avait littéralement bouleversé.
    Je n’avais pas fait le lien avant de voir le nom de l’auteur en bas de l’article.

    En tout cas, hop hop hop, wishlist !

    Aimé par 1 personne

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