Parmi les miens

• L’auteur :

Charlotte Pons

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*Charlotte Pons a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture Engrenages et Fictions. Parmi les miens est son premier roman.

*Source : Flammarion


• Le mood :

Si vous êtes en pleine réflexion sur la vie, vos liens familiaux, vous-mêmes…
Ce livre est une bonne piste ! Aucun risque que vous en sortiez déprimé, l’écrivain ne tombe pas dans le piège coulant du pathos et des larmes. Non, vous rirez même parce qu’elle sait être drôle (avec parcimonie) même en parlant de la mort !


• L’histoire :

Parmi les miens, c’est l’histoire d’une fratrie. L’auteur y étudie les dynamiques de communication au sein d’une famille lorsqu’un drame survient. Mais surtout l’évolution naturelle des rapports qui nous lient et nous délient dans une famille entre le passage de l’enfance et du monde des adultes.
Cette distance qui prend place.
Elle pose également la question de la fin de vie, de qui l’on a été et de qui nous devenons quand nous ne sommes plus capables de parler, de marcher… Qu’avons-nous été ?

« Remplir le temps en attendant la fin. »

Voici en quelques mots, la trame du récit.
L’histoire se tisse autour d’Elsa, d’origine norvégienne, anthropologue et chercheur à l’université mais également mère de 3 enfants que voici :

  • Manon ; l’aînée qui a dans son enfance failli être précipitée du haut d’une fenêtre par son frère cadet, Gabriel, qu’elle adorait mais qui est devenu bipolaire en grandissant. Manon est une jeune maman d’un bébé de 8 mois qui peine à créer du lien avec lui.
  • Gabriel ; frère cadet, grand brun d’1m92, une stature imposante. Victime d’une maladie que l’auteure ne nomme pas mais que l’on reconnaît être la schizophrénie. Un personnage terriblement attachant.
  • Adèle ; la petite dernière. Légèrement revêche. On sent une véritable rivalité entre les deux sœurs. Adèle reproche sans doute l’éloignement de Manon et parfois son manque de sensibilité. Homosexuelle, Adèle est enceinte grâce à un donateur avec lequel elle s’est arrangé pour devenir enfin maman avec sa compagne.

Elsa est subitement victime d’un accident de la route qui va réunir toute la famille à son chevet. Manon décide immédiatement de faire les 150 km qui les séparent pour les retrouver à l’hôpital.
Les kilomètres de séparation n’existent désormais plus, mais les différends et les différences dus aux années qui se sont écoulées depuis l’enfance, sont bien présents.

« Autant qu’elle meurt », ce sont les mots qui échappent à Manon devant Gabriel et Adèle lorsque le médecin leur annonce que sa mère est en état de mort cérébrale.
Les loups sont lâchés.
Les divergences d’opinions et les rancœurs vont naître dans cette chambre d’hôpital. La complicité d’enfance n’existe plus. Chacun raisonne en adulte bouleversé mais avec sa part d’enfant qui crie au fond de lui.
Manon va décider de rester près de son père à la montagne en attendant de prendre LA décision, ce qui lui permet par la même occasion de fuir quelques temps son bébé et cette vie qui la dépasse. Elle retrouve ainsi son amie d’enfance, Lisbeth, avec qui elle peut lâcher prise, et retrouver celle qu’elle était ado.
Mais en tentant de se retrouver elle, c’est également sa mère qu’elle va rencontrer. Des mystères refont surface, des lettres tombent d’une armoire… et si finalement elle ne savait pas « véritablement » qui était sa mère ?


• L’extrait :

 

« Autant qu’elle meurt.
J’avais dû le dire à voix haute car dans le regard de mes frère et sœur, j’ai lu l’effroi, j’ai deviné le gouffre qui menaçait toujours de surgir entre nous. Nos liens étaient si ténus. (…) Je l’avais dit à voix haute et c’est là que l’histoire a définitivement tourné court entre Adèle, Gabriel et moi. Que les liens sur lesquels nous tirions depuis l’enfance ont cédé. Que celle-ci, en somme, s’est terminée. »

 


• Mon avis :

Une très belle plume. Sans fioritures, sans pathos, une écriture à nu. C’est ce que j’ai beaucoup aimé. Le sujet est dur, sombre et pourtant j’ai parfois ri. Les réflexions de Manon brutes et spontanées m’ont fait gloussé. Je me suis retrouvée presque gênée, comme quand on est surpris par un fou rire en plein milieu d’un enterrement. Et c’était bon. Parce que le talent de Charlotte Pons c’est aussi de déculpabiliser.

Ce roman m’a rappelé le film Amour de Michael Haneke.
Tout comme le film, l’auteure garde cette distance d’observatrice, comme un chercheur qui chercherait à comprendre.
Pourquoi et comment perdons-nous ce lien entre frère et sœur lorsque l’on devient adulte ?
Une trame de fond très présente dans son roman ; l’auteure insiste sur cette pudeur physique qui nous embrasse quand nous devenons adultes. Ne plus nous toucher, plus une caresse, plus une étreinte.

Puis vient la mort.
Comment vit-on la mort de ses parents ? Est-on prêt à les aider à partir ?
Comment sommes-nous traités lorsque nous ne pouvons plus dire qui nous avons été ?

Charlotte Pons nous livre des pensées sans tabous ; crues et si vraies, au travers de ses personnages. Elle y sonde en quelque sorte l’âme humaine, les nôtres. Il n’y a ni mélodrame ni jugement. Juste les faits, les sentiments bruts, tels qu’ils viennent.

C’est évidemment un roman qui m’a parlé, même bousculé.
Il a parlé au cœur de la fille de ma mère que je suis. Il m’a interrogé sur ce que je serais capable de faire ou ne pas faire par amour pour elle. M’a fait me questionner : ai-je assez interrogé ma mère sur son histoire ? Sur son passé ? Pour comprendre qui elle est, en tant que personne, au-delà de son rôle de mère. Pour comprendre d’où je viens, et qui je suis.

« Qui est véritablement maman ? »

Une mère c’est l’origine du monde.
Le décès d’une mère, c’est la fin de son propre monde. Pourtant la vie est plus forte. C’est le message que délivre ce livre, rien ne s’arrête, tout continue.

5 commentaires sur “Parmi les miens

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