Quand Dieu boxait en amateur

• Le mood :

Guy Boley le Fils a tissé un livre autour des mots du Père.
Dans une poésie qui n’a d’égal que lui.
Chaque mot appelle un souvenir qui appelle encore d’autres images
Pour les dire autrement.
Comme en plus beau.
Si vous souhaitez vous faire un cadeau, ouvrez ce livre 🙂


• L’histoire :

Autant vous le dire tout de go.
Cette chronique ne sera pas « agnostique ».
Je n’ai jamais idolâtré personne, mais je lis Guy Boley avec passion depuis ma lecture de « Fils du feu ».
Il est des Hommes qui nous offrent un monde nouveau juste en usant des mots.
Des semi-Dieux des lettres qui rendent mystique chaque image qu’ils vous offrent.
Je garde d’ailleurs précieusement de « Fils du feu » les linges étendus au vent,
Et la dame à l’assiette de jambon-coquillettes appelant chaque jour son fils défunt.
Il me fait rire dans les images les plus dramatiques, et moi, quand on me fait rire,
Et bien je tombe amoureuse.
Je l’aime profondément. Voilà. C’est dit.

Besançon.
Village de l’Est que vient séparer en deux, un pont.
Robuste mais laid.
D’un côté les bourgeois.
De l’autre…Les Autres.

« Histoires marines et sous-marines, retour aux roches et au néant, poussière redeviendra poussière, de l’utérus à l’océan. Elle a dû ressembler à ça la mort de mon père : à un naufrage parmi tant d’autres (…) »


C’est là, en 1926 qu’est né René.
Père de Guy Boley.
Qu’il passa sa vie, sans jamais souhaiter sortir de ce quartier.
Une vie de forgeron, de théâtre, de boxeur et d’opérette.
Incroyable mais vrai.

« Quand on a été tout à la fois père, champion de boxe et Jésus amateur sur la scène d’un théâtre paroissial, on ne se laisse pas manipuler la bite par la première cornette ou aide-soignante venue.
On confie ça à son fils (…) »

Il arrive parfois que l’on moque un père.
Qu’on ait honte de certains penchants qui, pour lui, auraient dû être un destin.
Et la mort a cela d’ironique, qu’elle révèle aux vivants le vrai visage du défunt.

« Mon père fréquemment, à cette heure, s’endormait. Je posais alors, profitant de son sommeil, une de mes mains sur une des siennes, cherchant dans l’énigme de nos doigts emmêlés une trace adamique.
Car c’était lui, mon père, qui fut tout à la fois mon premier homme, ma première parole, ma première étincelle et ma première aurore. »


Son père était né artiste.

« Il y a donc la boxe et le linge qui sèche. Les escaliers cirés, le cornet à pistons, le père en uniforme prisonnier dans son cadre. Le dictionnaire, bien sûr, ses mots échevelés dont nul ne sait user. Il y aussi la forge, ses masses et son enclume, puis les rails du dépôt. »


Il trimballait depuis des années dans son atelier, un petit carnet passant de poche en poche.
Chansons d’amour et annotations de mots qu’il aimait.
Qu’il avait cherché dans le dictionnaire.
L’amour des lettres, du sens.
Un romantique littéraire sans lire.
Un féru des mots sans écrire.

« On ne choisit pas son enfance, on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main, c’est ce qu’il se dit tout en demandant encore si courette ça existe, mais sans trouver de réponse. »

Enfant pourtant, il avait toujours aimé lire.
Mais sa mère disait que c’était pour les gonzesses.
Fallait-il qu’il soit un homme.
Alors sa vie, ce sera la boxe !

« Il fera donc de la boxe puisque sa mère le veut. C’est le sport populaire, le sport du populo. N’importe quel cheminot, bleu de chauffe au corps, casquette sur l’oreille, gauloise au bec et gamelle bandoulière, est à même de citer, sans froisser une voyelle, malmener une consonne, les noms des grands champions qui font vibrer les cordes et frissonner les rings (…) »

Mais dans cette vie, il y a Pierrot.
Son ami d’enfance, quasi frère jumeau.
Tous deux, ils lisaient l’un L’Iliade et l’Odyssée,
L’autre le petit Larousse sur les marches d’un perron.
Prenant soin de ne pas se faire voir par la mère,
Vous l’aurez compris, c’était trop efféminé.
L’un est devenu abbé aimant le théâtre et Shakespeare,
L’autre, c’est René.

Et Guy Boley de nous raconter leur histoire,
De l’enfance à la grande.
Est-on jamais adulte ?

« Il aimerait demeurer ainsi jusqu’à la fin des jours, dans le grand silence de la lessive qui sèche, s’épargner la pesanteur des ans et la lourdeur des autres (…)»


On rit de tant de passages !
Sa grand mère qui piaille à la chorale de l’église.
Le curé qui somnole sur son prie-Dieu.
Ou encore l’ange réalisé par l’architecte, qui avait plutôt l’air de s’être pris les ailes dans le ventilo !

On rit des insurrections du curé contre les majorettes qui, selon lui,
Veulent montrer leurs fesses pour se sentir désirées.
Tout ceci en s’offusquant qu’elles mâchent du « chouine-gomme ».
Non vraiment, ce livre est un vrai cadeau en ces temps si chaotiques.

Et puis un jour, l’abbé Pierrot
Proposera à René d’incarner le rôle de sa vie !
Jésus.
Presque Dieu, mais…juste en-dessous.
Je vous laisse sur ces mots car il faut le lire.
Le lire encore et surtout rire.
Et j’espère avec cet avis, vous en faire le cadeau.

« Mais la gloire l’attirait comme l’aimant à la limaille. Une gloire à sa mesure et à celle du dépôt, la grande gloire des humbles, celle qu’on ensevelit dans un suaire de quartier périphérique, loin des godasses et des notaires. »



• L’extrait :

« Dans nos doigts fusiformes liés et alanguis reposait quelque chose comme Dieu, ou l’idée qu’on s’en fait, c’est-à-dire notre amour, son amour paternel et mon amour filial.
Mais de tout cet amour personne ne disait rien.
Ni lui.
Ni moi.
Seules quelques autos, en bas, klaxonnaient. »



• Mon avis :

Que dire de plus ici ?
Guy Boley le Fils a tissé un livre autour des mots du Père.
Dans une poésie qui n’a d’égal que lui.
Pour exemple, lorsque Guy Boley veut nous dire la poussière de charbon,
Il nous parle d’ « un vêtement de charbon sur le palier. »
Tout est image chez Boley.
Chaque mot appelle un souvenir qui appelle encore d’autres images
Pour les dire autrement.
Comme en plus beau.



• L’auteure :

Guy Boley*

Copyright photo : JOEL SAGET / AFP

Nationalité : France
Né(e) à : Besançon , 1952
Biographie :

Guy Boley a été maçon, ouvrier d’usine, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule à grande hauteur, machiniste, scénariste, chauffeur de bus, garde du corps, et cascadeur avant de devenir dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre. Il compte à son actif une centaine de spectacles joués en Europe, au Japon, en Afrique ou aux États-Unis.

« Fils du feu » (2016), d’inspiration autobiographique, est son premier roman, lauréat de sept prix littéraires (grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan, prix (du métro) Goncourt, prix Québec-France Marie-Claire Blais).

En 2018, il publie « Quand Dieu boxait en amateur ».

*Source : Babelio



• Références :

  • Quand Dieu boxait en amateur
  • Auteur : Guy Boley
  • Maison d’édition : Gallimard
  • Date de publication : 13.02.2020

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