Fille


• Le mood :

Un livre qui parle des femmes d’hier et d’aujourd’hui.
D’un déterminisme patriarcal tout juste arrivées au monde.
Du sens des mots et du rôle qu’ils ont et qu’ils ont eu dans notre histoire depuis des siècles.
Camille Laurens dépeint ici ce qui colle depuis toujours, à la peau des filles, pour en découdre.


• L’histoire :

« « C’est une fille. »
Ça commence avec un mot, comme la lumière ou comme le noir. Ta naissance ressemble à la création du monde, et il y a le ciel et il y a la terre, une parole coupe en deux l’espace, fend la foule, sépare le temps. »

Lorsque j’étais petite je n’aimais pas les filles.
Je les trouvais idiotes et insipides.
Coiffer des poneys et des barbies toute la récrée, je n’ai jamais compris. J’ai longtemps trouvé ça nul d’être une fille en fait.

Moi aussi je rêvais, comme Laurence, de pouvoir jouer avec les garçons.

« Une fille, c’est un garçon blessé. »


De me salir dans les graviers et de jouer au ballon.
J’adorais jouer dans la poussière et m’imaginer des bataillons.
Maman voulait que je porte des serre-tête et des robes à froufrous.
J’ai encore aujourd’hui une sainte horreur des froufrous…

« Les filles, c’est salissant. »

Peut-être parce que je sentais déjà le poids d’une société entière sur mes épaules de future femme.
Comment j’allais devoir me comporter, ne pas me salir, grandir, m’habiller, parler, me cacher et m’affuter d’un danger qui m’attendrait à chaque coin de rue.
« On ne doit pas te toucher. »

« Je ne croyais plus à l’immortalité, j’étais devenue vieille.
Quand un enfant meurt, il n’y a plus d’éternité.»

C’est l’histoire de Laurence et de sa fille au beau milieu des années 60.
C’est notre histoire de Fille.
À nous toutes, par petit bout ou par le tout.

« Vous avez des enfants ? demande le monsieur.
— Non, dit mon père. J’ai deux filles. »

Là-bas on ne protège pas les petites filles des dégueulasses.
Les doigts qui s’enfoncent dans la chair
Crèvent également les yeux
Bâillonnent les lèvres :
Le silence érigé comme un pacte familial.
Le linge sale c’est en famille.

« La fin de l’amour, on ne l’aperçoit pas toujours. Mais parfois, si. Parfois même, on peut la dater. »

Là-bas, un prénom « Claude »,
Vient taire la déception de ne pas avoir eu de garçon.

« Ça commence avec un mot, comme la nuit. C’est par cette effraction que je pénètre dans ma mémoire. »

La narratrice se cache dans une première partie dans un « tu » qui nous présente son personnage.
Puis finis par se dévoiler à nous et habiter chacun de ces souvenirs de filles.
Commence alors une danse des mots à un rythme effréné.
Un texte au coeur du signifiant et d’une sémantique démente
Décidée, établie et régie par des hommes.



• L’extrait :

« Tu cries, tu t’égosilles, la vérité est froide qui emplit tes poumons, la rime est féminine, ça crie et crée en toi le sentiment râpeux de la séparation, tu sens que ça se divise, c’est tout, ça fait deux, ça coupe,
c’est coupé. »



• Mon avis :

Beaucoup de textes naissent sur ce sujet depuis quelques temps, et c’est vrai je l’ai lu avec moins d’émerveillement que d’autres livres.
Mais je ne l’imagine pas s’épuiser pour autant.
Si je ne l’ai pas trouvé aussi grandiose que « Celle que vous croyez » ou « Dans ces bras-là », j’en ai dévoré chaque jeu de mots, chaque torsion lexicale pour sortir la moelle du sens qui dort en des mots, des expressions que l’on a acceptées depuis trop longtemps.
Qui sont devenus notre histoire malgré nous, à travers les âges et les pages.
« C’est bien aussi une fille. »
Camille Laurens confirme sa maîtrise et sa langue que j’aime tant.

Ce livre n’est pas un livre contre les hommes, pour ceux qui en douteraient.
Il réparti nos rôles et nos responsabilités à tous et à toutes.
Car nous avons un rôle nous tous.tes, auprès de nos filles, de nos garçons. L’éducation, une nouvelle vision. Ce qu’il ne faudrait plus accepter ni taire, plus jamais.



• L’auteure :

Camille Laurens*

© Francesca Mantovani

Camille Laurens, de son vrai nom Laurence Ruel-Mézières, est une romancière française.

Agrégée de Lettres modernes, elle a d’abord enseigné en Normandie, puis à partir de 1984, au Maroc: à Casablanca et dans les Classes préparatoires aux grandes écoles de Marrakech. Elle a vécu douze ans au Maroc, partageant son temps entre ses cours, l’animation d’un ciné-club, le théâtre (elle a interprété notamment l’Araminte des « Fausses confidences » de Marivaux) et l’écriture : ses trois premiers romans ont été écrits à Marrakech.

Son premier livre, « Index » est publié en 1991 aux éditions POL. Il ouvre une tétralogie, dont les autres parties sont : « Romance » (1992), « Les Travaux d’Hercule » (1994) et « L’Avenir » (1998).
Entre le troisième et le quatrième volet, survient le drame personnel qu’elle a vécu en 1995, avec la mort de son nouvel enfant. Cette douleur sera à l’origine de « Philippe » (1996). Elle reviendra sur ce décès dans « Cet absent-là » (2004)

En 2000, avec « Dans ces bras-là », elle obtient le prix Femina et le prix Renaudot des lycéens. Son essai « La petite danseuse de 14 ans » (2017) reçoit le prix David de l’expertise et le prix Eve-Delacroix de l’Académie Française en 2018. Son roman « L’Amour » (2003) fait partie de la sélection des 100 romans qui ont le plus enthousiasmé « Le Monde » depuis 1944

Parallèlement à son entreprise romanesque, Camille Laurens poursuit un travail littéraire qui se veut avant tout textuel. C’est ainsi qu’elle publie d’abord « Quelques-uns (1999) », puis elle rassemble dans « Le Grain des mots » (2003) les textes de la chronique qu’elle a tenue pendant deux ans dans le journal « L’Humanité ». Enfin, « Tissé par mille » (2008), Prix Bourgogne de littérature 2008, reprend l’ensemble des émissions qu’elle a produites sur France Culture entre janvier 2005 et juillet 2006. Depuis septembre 2015, elle tient une chronique mensuelle dans « Libération »

Écrivaine, mais aussi danseuse, passionnée de danse contemporaine, Camille Laurens a co-écrit un spectacle avec la chorégraphe Joanne Leighton, « L&L », en 2019.
En 2019, « Celle que vous croyez », roman paru en 2016, est adapté à l’écran par Safy Nebbou avec Juliette Binoche dans le rôle principal.

*Source : Babelio



• Références :

  • Fille
  • Auteure : Camille Laurens
  • Maison d’édition : Éditions Gallimard
  • Date de publication : 13.03.2020

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