Emily L.


• Le mood :

Un roman d’une profondeur insondable.
Plongée en apnée au coeur d’un amour qui s’en est allé, anatomie d’une solitude proche de la mort en vivant auprès de cet autre qui peuple votre quotidien de silence. Un texte incroyable sur l’acte d’écriture, le regard et le mouvement du temps.


• L’histoire :

Assis au bar de la Marine à Quillebeuf,
Un couple observe un autre couple installé au comptoir :
Des anglais ; le Captain et son épouse Emily L.

Miroir de leur amour qui s’échappe.
Seuls de rares regards déposés
Rappellent qu’un jour, ils se sont aimés.

La narratrice est écrivaine et souhaite écrire sur cet amour.
Le leur tout d’abord.
Juxtaposé à celui du couple d’en face.

Duras écrit encore sur l’acte d’écriture.
Mais sous un autre angle que dans son essai « Écrire ».
Ici l’exercice d’écriture emprunte son rythme,
Sa construction, au temps de l’amour qui s’en va.

« L’amour était trop près ou trop loin, on ne savait plus, il fallait bien qu’un jour cela arrive, de ne plus savoir. On allait à Quillebeuf à cause de ça aussi, pour ne pas être enfermés ensemble dans une maison avec le désespoir. »


La narratrice écrit sur cet amour qui s’enfuit.
Leur histoire qui la ramène à ce qu’ils furent,
Aux souvenirs lestés par le poids d’une vie,
Aux sentiments écorchés,
Elle sait qu’elle n’est déjà plus la même qu’il y a quelques années.

« – Non, je ne crois pas… Mais il y a tellement longtemps que j’y pense, deux ans au moins… je ne sais plus. À vrai dire, je ne sais plus, c’est ça… Mais je ne crois pas que ce soir notre histoire que j’écrive. Quatre ans après, ça ne peut plus être la même… Elle n’est déjà plus la même maintenant. Et plus tard elle sera encore différente. »


L’histoire est vivante.
Mouvante comme l’écriture et sa forme.
Insaisissable si l’on ne pénètre pas le sentiment présent.

« – Il n’y a rien à raconter. Rien. Il n’y a jamais rien eu.
Je vous réponds avec retard :
– Certaines fois quand nous parlons ensemble, c’est aussi difficile que de mourir.
– C’est vrai.
– Il me semble que lorsque ce sera dans un livre ce la ne fera plus souffrir… »

Parfois la solitude absolue n’est pas d’être seul, solitaire.
La vraie solitude,
C’est de mourir de se sentir plus seul.e que jamais auprès de l’autre.
Le couple débat sur ce qui a existé ou non dans leur histoire.
Lui, persuadé qu’il n’y a jamais rien eu.
Qu’elle se l’est inventé.

« À penser ce qu’avait été ma vie il me venait un engourdissement de tout le corps. Une tristesse, et je croyais que je m’ennuyais auprès de vous. Je savez que vous étiez inquiet quand je me taisais trop longtemps et je faisais un effort pour revenir à vous. Vous, vous ne faisiez jamais rien pour provoquer ce retour vers vous. »


Les dialogues sont bercés par les flots du fleuve.
L’élément EAU.
Fondement Durassien.
Flux et le reflux des mots.
Les répétitions et le rythme comme un écho aux vagues.
Au mouvement immuable de l’eau.
De la vie.

« Ce devait être après la perte de ce poème qu’elle avait trouvé le voyage sur la mer, qu’elle avait décidé de perdre la vie sur la mer, de ne rien faire d’autre des poèmes et de l’amour que de les perdre sur la mer. »

Se mêle à la sienne l’histoire d’Emily L
Et son visage malade qui nargue la mort.
C’est l’histoire d’un poème disparu.
D’âmes damnées et condamnées à errer sur les flots.
D’un amour qui déserte les coeurs
Et de l’écriture pour se souvenir de cet amour-là.

« – Être un écrivain, c’est ne pas le savoir.
– Non, ce n’est pas assez, mais on le dit tellement qu’il doit y avoir quelque chose de vrai.
Écrire c’est aussi ne pas savoir ce qu’on fait, être incapable de le juger, il y a certainement une parcelle de ça dans l’écrivain, un éclat qui aveugle. »

Lui redonner vie et l’intensité perdue.
Le réveiller en invoquant les sens et la peau.
Les disparitions dont on ne guérit pas.
Un texte envolé qui n’est jamais réapparu.
La douleur de l’enfant perdu.



• L’extrait :

« – Je ne sais pas si l’amour est un sentiment. Parfois je crois que l’amour c’est voir. C’est vous voir. »



• Mon avis :

J’ai lu ce texte en apnée.
Je crois que c’est l’un des plus beaux romans que j’ai pu lire de Marguerite Duras.
On s’y retrouve comme hors du temps.
Un espace en huit clos avec très peu de personnages qui réunissent à eux seuls les vertiges du sentiment amoureux, ce qu’il nous reste quand l’amour n’est plus là.
Écrire ce souvenir, la déchirure du Rien.
Écrire sur ce Rien qui est tout.
Volcan d’un vide brûlant.
C’est ça Duras. Écrire ce qui n’a pas de mots lorsqu’on le vit.
Écrire sur les plus infimes détails qui font pourtant nos plus grandes failles.



• L’auteure :

Marguerite Duras*

Marguerite Duras (1914-1996), écrivain français, 1955.

Nationalité : France
Né(e) à : Gia Dinh , le 04/04/1914
Mort(e) à : Paris , le 03/03/1996
Biographie :

*Marguerite Duras, nom de plume de Marguerite Donnadieu, est une femme de lettres, dramaturge, scénariste et réalisatrice française.

Elle passe toute son enfance au Vietnam. En 1932, alors qu’elle vient d’obtenir son baccalauréat, elle quitte Saïgon et vient s’installer en France pour poursuivre ses études. Après des études de mathématiques, sciences politiques, et une licence de droit, elle est secrétaire au Ministère des Colonies, de 1938 à 1940. Elle épouse Robert Antelme (1917-1990) en 1939. En 1942, elle accouche d’un garçon mort-né dont elle ne saura jamais faire le deuil.

Marguerite Donnadieu cosigne, au printemps 1940, avec Philippe Roques, « L’Empire français », son premier livre. Pendant la guerre, elle entre dans la Résistance. En 1945, elle s’inscrit au Parti communiste qu’elle quitte en 1950. En 1947 Marguerite Duras divorce et se remarie avec Dionys Mascolo (1916-1997) dont elle aura un enfant prénommé Jean. En 1956, elle se sépare de son second mari.

Marguerite Duras publie son premier roman, « Les Impudents », en 1943. En 1950, elle est révélée par un roman d’inspiration autobiographique, « Un barrage contre le Pacifique ». C’est le début d’une œuvre de fiction importante avec des romans comme : « Le Marin de Gibraltar » (1952), « Le Square » (1955), « Moderato cantabile » (1958), « Le Ravissement de Lol V. Stein » (1964), ou encore « Le Vice-Consul » (1966).

En 1984, « L’Amant » est publié et obtient le prix Goncourt. C’est un succès mondial. Jean-Jacques Annaud en fait un film en 1992.

Elle écrit aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme « Le Square », représenté en 1957, ainsi que de nouvelles pièces, telle « L’Amante anglaise » (Prix Ibsen 1970) ou « Savannah Bay » en 1982. Elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais, qui lui vaut d’être nommée pour l’Oscar du meilleur scénario original à la 33e cérémonie des Oscars.

Elle réalise elle-même des films originaux comme « India Song » (1975), avec Delphine Seyrig, « Le Camion » (1977), avec Gérard Depardieu, ou encore « Les Enfants » (1985), avec Daniel Gélin.

En 1985 elle met en scène « La Musica deuxième » au théâtre Renaud-Barrault, puis elle publie « Yann Andréa Steiner » (1992), dédié à son dernier compagnon Yann Andréa, « Écrire » (1993) et « C’est tout » (1995).

*Source : Babelio



• Références :

  • Emily L.
  • Auteur : Marguerite Duras
  • Maison d’édition : Éditions de Minuit
  • Date de publication : 10.01.2008

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