De la forêt

• Le mood :

De la forêt est un des tout premiers romans écologiques.
Écrit dans les années 30, c’est un texte fondamental qui nous plonge au coeur de la beauté d’une jungle qui allait disparaître.
Un roman initiatique sur la destruction et l’amour, sur le choix et la profondeur d’une nature humaine que l’on juge parfois avant même de la regarder.


• L’histoire :

« Il y a des chemins en ce monde que peu de gens empruntent, des chemins où le flot de vies étonnantes se croisent et s’écoulent dans le lit caillouteux de rivières inconnues. »

Il y a des moments de vie qui sont comme des traversées.
Ce roman est une de mes lectures confinées.
Je n’avais envie de rien d’autre que de nature.
« De la forêt » a été comme un cri, venu du fond d’un banyan sacré.

« C’est de mes mains que cette nature sauvage et libre a été détruite, et je sais que les divinités de la forêt ne me le pardonneront jamais. On dit que le poids du péché est plus léger si le pêcheur le confesse. Tel est l’objet de ce récit. »

Satyacharan est un jeune diplômé criblé de dettes.
Il cherche depuis un an du travail dans les rues de Calcutta,
Après avoir quitté son poste de professeur.


Un jour de fête de la déesse Sarasvati,
Il croise sur son chemin un ami
Qui lui propose un poste au coeur de la jungle.
La mission ? Installer des métayers dans les forêts du District de Purnea au Bihar.

Seul ; il arrive dans cette forêt.
Il n’en comprend pas le dialecte.
Les journées lui semblent éternelles
Et lui font presque regretter le jeûne et la pauvreté de Calcutta…

C’est sans compter ce fameux soir
Où le vieux Goshta vient le trouver.
Il ne doit pas s’inquiéter.
Car très bientôt lui dit-il, la forêt prendra possession de lui.
De la ville, il ne voudra plus jamais.
Satya s’étonne. Comment imaginer vivre ici ?
Et puis qu’y-a-t-il à voir ?

« La forêt vous possédera.
Petit à petit vous ne supporterez plus l’agitation ni la foule. »

L’ignorance nous dresse trop souvent contre les évidences.
Pour lui, ces gens sont des sauvages, des ignares sans éducation.


« Les gens de ce pays étaient ignorants, des sauvages, qui ne comprenaient pas quand on leur adressait une parole aimable. Me faudrait-il vivre en leur compagnie jour après jour ? »

Pourtant, jour après jour,
D’étonnantes rencontres le guident hors du monde.
Faisant de lui l’un des derniers témoins d’un écosystème fragile,
Qui n’existera plus demain.

Il découvre la forêt de tamaris sauvages,
D’herbes de kans en savane.
Une jungle qui ne se laisse pénétrée d’aucun homme.
Peuplée d’acacias, d’épineux et d’arbres enlacés.

« Je ne revenais parfois que tard dans l’après-midi et, parfois, les étoiles s’étaient levées au-dessus de la savane et Jupiter brillait de tous ses feux. Les nuits de lune, l’air était tout embaumé du parfum des fleurs sauvages ; le jappement des chacals sonnait les heures et les criquets crissaient en choeur. »

Avant l’aube,
Les nuits loin de la ketchari sont peuplées d’antilopes nilgai, de tigres et d’ours.
Le feu est la seule frontière entre l’homme et la bête.

Si la forêt gagnait son coeur petit à petit,
Les hommes aussi.
Ganu Mahato et ses cinq buffles.
Yugalprasad qui repeuple la forêt de nouvelles espèces,
Un jeune garçon qui danse le Tourbillon…
La pauvreté ici, se porte tel un collier.

« C’était la première fois que j’entendais dire qu’une casserole en métal avait tant de qualités et que des gens rêvaient la nuit d’en posséder une. Il y a sur terre des populations si misérables que posséder une casserole en fer leur semble le paradis… »

Il découvre des points d’eau boueuse
Après de longues heures à cheval sous une chaleur écrasante.
Des eaux où chacun boit.
Des lieux où aucun homme ne chasse le serpent, le buffle sauvage qui s’abreuve ou le bébé Nilgai.

Satya est venu détruire cette nature dont il est tombé amoureux.
Blessures humaines.
L’argent n’habite par ce lieu sylvestre,
Mais il finit par déchirer la nuit, son silence lourd et plein.

« Effrayées par la foule, les déesses sylvestres s’enfuiraient et, avec l’arrivée des hommes, l’enchantement de la forêt disparaîtrait, toute beauté perdue. »


Il vient réveiller le ventre des hommes affamés
De son cri sorti de la bouche putride d’un monde qui allait alors tous les engloutir.

« J’avais eu tort de pénétrer sans permission en ces lieux déserts, en pleine nuit, là où les fées s’ébattent au clair de lune. »


• L’extrait :

« Le don que fait la nature à ceux qui l’aiment n’est pas de peu de valeur, mais elle ne fait ce don qu’à celui qui l’a servie longtemps. C’est une maîtresse au tempera jaloux ! Si l’on veut la nature il faut vivre uniquement en son sein ; un simple coup d’oeil ailleurs, et telle une jeune fille blessée, elle ne se découvrira plus. »


• Mon avis :

Je me suis laissée glisser dans ces forêts de sal, habitées d’ours, de tigres et de choses qui portent des noms que je ne connaissais pas mais qui me transportent : saptaparna, arjuna, piyal.

De la forêt est l’un des tout premiers romans écologiques mais il est aussi et surtout un texte qui vient nous éclairer de l’humanité de certains hommes.
Le début d’une conscience fondamentale.
Écologique.
Ce sentiment secoué du vertige de l’humanité qui allait vaciller.
Un livre publié dans les années 30.
Un texte que j’ai contemplé comme un vestige des premières vérités terrestres.
Nous savions déjà tout.

Mais la beauté et l’amour de quelques hommes pour la nature n’ont pourtant pas arrêté la barbarie de l’argent qui allait, un à un, nous retirer toute forme de liberté.
Car lorsque nous n’aurons plus une seule forêt,
Nous n’aurons même plus les cris des animaux de la nuit
Pour pleurer et hurler aux hommes ce qui restera perdu à jamais.


• L’auteur :

Bibhouti Bhoushan Banerji*

Nationalité : Inde
Né(e) à : Ghoshpara-Muratipur, Bengale-Occidental , le 12/09/1894
Mort(e) à : Ghatshila , le 01/11/1950
Biographie :

Romancier et nouvelliste bengali, Bibhouti Bhoushan Banerji (Bibhutibhushan Bandopadhyay) est né à Murapitur, dans le Bengale-Occidental.
Il passa son enfance dans un village du delta du Gange avant de faire des études supérieures à Calcutta.
Tantôt enseignant en milieu rural, tantôt exploitant forestier, il partagera sa vie entre Calcutta et sa région et l’État voisin du Bihar.

Enfin, il publie en 1921 sa première nouvelle, Upekshita, dans Probashi, un des principaux magazines littéraires du Bengale de l’époque. Toutefois, il ne retiendra l’attention des critiques qu’à partir de 1928, avec la publication de son premier roman, « La Complainte du sentier » (Pather Panchali). Avec La Complainte du sentier Bibhutibhushan accède immédiatement au rang des grands noms de la littérature bengalie.

Elle a été adaptée au cinéma en 1955 par Satyajit Ray, ainsi que la suite L’Invaincu (Aparajito), dans la trilogie d’Apu.

Le film Pather Panchali, le premier du réalisateur bengali, est la révélation du Festival de Cannes 1956, cette œuvre possède la puissance documentaire du néoréalisme italien.

*Source : Babelio


• Références :

  • De la forêt
  • Auteur : Bibhouti Bhoushan Banerji
  • Maison d’édition : Édition Zulma
  • Date de publication : 05.03.2020

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