Aires

• Le mood :

Un livre virtuose qui dit les dérives de notre monde. Une construction qui relève du génie, de l’humour caustique, un regard féroce sur l’Histoire, les hommes et nos vies embouteilllées. Un entrecroisement de vies époustouflant.
À LIRE ABSOLUMENT.


• L’histoire :

« Pour comprendre la naissance d’une civilisation, les raisons de son avènement, il me paraît indispensable d’étudier le déclin et la mort de celle qui l’a précédée. Savoir, en somme, sur quel tas de fumier a poussé la rose. »

Aires s’ouvre sur un langage du futur.
Un temps où ni les roses, ni les animaux, ni le vent, ni la pluie n’existent plus depuis longtemps.
Assez pour qu’on en ait perdu leur signification.
Un monde de datalyse, de 0 et de 1.

Une invitation à plonger dans notre époque comme si nous l’analysions avec des yeux de créatures 600 ans plus vieilles.

Hérésie de notre ère.
Société consumériste.
Viol et déchéance sociale.

BNP, Renault, Intermarché.
Comme un ossuaire de beaufs que nous sommes.
Bêtes à conso.
Queue de peloton des intelligences terriennes.

Il y a Roland Carratero prof de techno, archétype du français modeste.
Il aime la météo. Se fie à sa banque sans rechigner.

« Ce n’est pas le monde qui est hostile, c’est l’inverse. Qui dévaste qui ? Qui corrompt et détruit ? Un fléau, un virus, l’homme, voilà ce qu’il est devenu. Un cancer pour la planète. »

Il y a la fin d’un amour.
Comment l’expliquer ?
Est ce aussi simple que ne plus aimer un jour le thé ?

« (…)elle adorait ça. Il n’a jamais réussi à comprendre. Ce n’est pas une question d’intelligence. Ce n’est pas idiot. Seulement, paraît-il, une zone différente du cortex qui est sollicitée. Une sorte de portail cérébral : il s’ouvre ou il reste clos. »

Pourtant un jour.
Au bord de mourir,
On se souvient qu’on a aimé.

« Je ne suis pas un littéraire mais je pense être capable de reconnaître quand une prose est mauvaise. Je ne voulais pas t’envoyer ça. Je ne voulais pas que tu gardes ça de moi. Les lettres, ça reste. La preuve, les tiennes je les ai toujours.»

Il y a aussi Peter Palmer, Frederic Gruson…
Des aires.
Des camionneurs et des autoroutes.
Des histoires d’enfances modestes. Des sorties de route.
Des récits entrecoupés de publicités pour entrepreneurs.

Ce livre est un manifeste génial, un miroir de notre société entière.
L’auteur y a consigné brillamment chaque détail des vies de chacun.
Politique, environnement, famille, classe sociale, consommation, marque, hypocrisie, amour, patriarcats, violence, femmes abîmées par des hommes tout puissants, toutes les dérives y sont.

« On ne peut pas dire que ça fleure bon la rose là-dedans — la rose blanche du Yorkshire. Mais Pierre, ou Peter, y est habitué. C’est l’odeur de son habitat. C’est le parfum de son existence, qu’il sent depuis si longtemps. »

Des vies à tombeaux ouverts.
Des peaux que l’on aimerait fuir.
Des destins qu’on n’a pas pu éviter.

Des débiteurs compulsifs qui achètent tout et n’importe quoi.
Les Ceaucescu fusillés.
La fermeture de Moulinex, les milliards des grands patrons.

Voyage en absurdie, celui de l’esprit des hommes.
Les liens entre les récits sont ténus, fins.
Des personnages d’une histoire qui se retrouvent sur la route.

« Toutes ces trajectoire parallèles qui finissent par se croiser. »

Oui, c’est exactement ça.

« Tout est possible. Le champ des possibles est infini. C’est ça qui est proprement fascinant ; voir comment les pièces s’emboîtent ou, au contraire, se heurtent, se repoussent. Et tenter de savoir qui ou quoi préside à cet assemblage. »

À travers ces histoires de vie, de mort, c’est un peu nous qui sommes sur la route.
Au volant d’une vie que l’on ne contrôle pas bien.
À la croisée des chemins, souvent.
L’éloignement qui tisse les entailles du souvenir entre les êtres.

« Il déboutonne sa chemise et les pans flottent le long de ses flancs comme les ailes anesthésiées, flétries, d’un papillon de nuit. »

Un enfant peut-il oublier son père ?
La justice peut-elle retirer ce droit ?
L’amour disparaît-il un jour et comment ?
Les vieux sont-ils le meilleur business ?

Chaque détail compte pour Maltes. Même un papillon qui s’invite à table.
Ces choses touchées par la grâce.

Nos trajectoires.
Nos passions dévastatrices.
Celles qui vous plaquent au sol une vie durant.

Un final absolument grandiose.
Un acte qui se répercute comme une onde à la surface de l’eau.

 


• L’extrait :

« Quand tu ris aujourd’hui ce n’est plus qu’un bruit, pareil à celui d’une chaîne qu’on secoue, c’est un relent sonore, un rot moqueur ou sarcastique, ce n’est pas le fer de lance joyeux jaillissant dans les airs et accrochant le reflet du soleil. »


• Mon avis :

Marcus Malte a tout du génie littéraire.
Équilibriste et inventeur linguiste, il mêle l’Histoire à des brèves vies sous une forme caustique, sensible, éclairée, pointant chaque dérive.
Il nous dépose des indices temporels et médiatiques au travers d’un fond sonore de radio qui s’entrelace avec le texte.
Cette lecture est exigeante, profonde, j’en suis ressortie moins sotte, et le plus étrange c’est que j’avais choisi cette lecture juste avant que le monde soit confiné, cause de nos erreurs, de nos dérives…


• L’auteur :

Marcus Malte*

Marcus malte
© Télérama

 

*Nationalité : France
Né(e) à : La Seyne-sur-Mer (Var) , le 30/12/1967
Biographie :

Après un bac littéraire, Marcus Malte (Marc Martiniani) passe un CAP de projectionniste et obtient une Licence d’études cinématographiques. Puis il devient musicien de rock, de jazz et de variétés dans les bals de village et projectionniste pour la Fédération des Œuvres Laïques – Ciné 83 avant de se consacrer finalement à la littérature.

Le premier roman de Marcus Malte, « Le Doigt d’Horace », est publié en 1996 au Fleuve Noir. Il est suivi chez le même éditeur du « Lac des singes » (1997) et de « Carnage, constellation » (1998). « Le Vrai con maltais » sort en 1999 aux éditions Baleine dans la collection « Le Poulpe » créée par Jean Bernard Pouy.

En 2001, il rejoint les éditions Zulma où il publie notamment « Et tous les autres crèveront » (2001), « Mon frère est parti ce matin » (2003) et « La Part des chiens » (2003, Prix Polar dans la ville 2004).

Après la publication de « Plage des Sablettes, souvenirs d’épaves » (Autrement, 2005), du recueil de nouvelles « Intérieur Nord » (Zulma, 2005, Prix du Rotary Club de la nouvelle) et des polars pour la jeunesse « Il va venir » (Syros, 2006), « Le Chapeau » (Syros, 2006), « De poussière et de sang » (Pocket jeunesse, 2007), « L’échelle de Glasgow » (Syros, 2007) et « Le Chat Machin » (Syros, 2007), Marcus Malte publie en 2007 chez Zulma « Garden of Love ». Le livre est distingué par de nombreux prix littéraires dont le Grand Prix Paul Féval de la Société des Gens de Lettres, le Prix Michel Lebrun, le Prix Cannes Polar, le Prix Sang d’encre des lycéens, le Prix Millepages, le Prix Cœur noir de Saint Quentin en Yvelines et le Prix des Lectrices de Elle 2008, catégorie Policier.

En 2016, « Le garçon » obtient le prix Fémina. En juin 2017, il reçoit pour ce même roman le prix Cardinal-Perraud, des mains de Mgr Benoît Rivière.

Lorsqu’il n’écrit pas pour les enfants ou les adolescents, Marcus Malte cultive, dans ses œuvres, un univers tourmenté et mystérieux, porté par une maîtrise singulière de l’art du récit.

*Source : Babelio


• Références :

  • Aires
  • Auteur : Marcus Malte
  • Maison d’édition : Éditions Zulma
  • Date de publication : 03.01.2020

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