Sur les ossements des morts

• Le mood :

Un roman tel un polar fantastique brossé par une poésie dont la froideur des terres polonaises n’a d’égal que sa beauté.
Plongez dans une enquête dont les personnages principaux et les responsables d’étranges meurtres pourraient bien-être…les animaux.


• L’histoire :

Sans nul doute, le coup de coeur de mon confinement.
Je ne pouvais pas rêver une lecture plus proche de ce que nous vivons dans son sujet et sa réflexion.
Pas le confinement, ni le virus.
Mais une nature qui se soulève contre les hommes.
Un non-sens contre lequel une voix s’élève.

 

Nous sommes en Pologne dans un hameau de cinq maisons.
Juste aux abords de la Tchéquie.
C’est ici que vit Janina Doucheyko.
Ancienne ingénieure, amoureuse de la nature, de William Blake et passionnée d’astrologie.
Une petite vieille érudite et malicieuse ayant conservé en elle quelque chose de l’ordre de l’enfance.
Courageuse, elle porte avec hargne ses convictions et défend avec ferveur les animaux que les chasseurs du coin se plaisent à assassiner.

Quand, au coeur d’une nuit glacée, Matoga ; son voisin,
Entend la chienne de « Grand Pied » hurler à la mort.
Il réveille alors Janina.

« À peine sortis de la maison, nous avons été saisis par cet air glacé et humide qui, hiver après hiver, nous rappelle que le monde n’a pas été créé pour l’homme (…) »

C’est tous deux qu’ils traversent le bois gelé et recouvert de neige.
Deux yeux éclairent la pénombre.
Les biches sont là, tapies dans l’ombre, elles observent…

« Matoga se tenait en silence à mes côtés, grand, mince, osseux, telle une silhouette esquissée en quelques rapides coups de crayons. »

C’est alors qu’ils découvrent le corps de Matoga, étendu dans sa cuisine.
À même le sol sale.
Les ongles des pieds souillés et un os de biche coincé en travers de la gorge.

« C’est dans les pieds que se concentre tout le savoir sur l’homme ; c’est vers les pieds que converge l’essentiel de ce que nous sommes et que s’établit notre rapport à la terre. »

Plus loin, une tête de biche décapitée trône dans la cuisine.
Visage mortuaire de son dîner dont il semble s’être étouffé…
Les membres sont disposés juste à côté.

« Un être vivant en a mangé un autre, dans la nuit, dans le calme et le silence. »

Grand Pied n’était pas un enfant de coeur.
Il faisait partie du clan des chasseurs.
Ceux qui construisent les ambons, ces pièges à mort pour les animaux de la forêt.
Sa pauvre chienne était battue chaque jour durant.

« En contemplant le paysage noir et blanc du plateau, j’ai compris combien la tristesse était un mot important dans la définition du monde. Elle se trouve à la base de tout, elle est le cinquième élément, la quintessence. »

Au fil des mois, d’étranges meurtres vont être commis dans le hameau…
Se pourrait-il que les animaux se vengent des hommes ?
Que la nature se dresse enfin face à ceux qui la dévorent ?
Janina en est persuadée, ce sont les animaux.
Une enquête passionnante commence alors,
Et entre la police qui ne voit en Janina qu’une vieille folle et elle,
Un bras de force est engagé.
Découvrira-t-on la vérité ?
Je vous laisse toute la délectation de la surprise.

« Les matins d’hiver sont faits d’acier, ils ont un goût métallique et des bords acérés. Les mercredis de janvier, à sept heure du matin, on voit bien que le monde n’a pas été créé pour l’homme, et certainement pas pour son confort et son plaisir.»

 


• L’extrait :

«La colère fait que l’esprit devient plus clair et pénétrant, elle permet de mieux voir. Elle domine les autres émotions et exerce une maîtrise sur le corps. Pas de doute, c’est de la colère que vient la sagesse, car seule la colère est capable de dépasser toute frontière. »


• Mon avis :

Un roman d’une puissance folle !
J’en ai été totalement subjuguée.
Entièrement conquise par le personnage de Janina ; touchante, érudite, bravant le courage que les hommes n’ont pas. Drôle aussi.
Chaque personnage nous est servi d’une psychologie d’une finesse incroyable.
Portraits souvent brossés par Janina qui lit en les êtres autant que dans les astres.

Un bijou de littérature, sa poésie nous ensevelis dans un décor sombre, glacé dans lequel on évolue à pas feutré, et que l’on ne veut plus du tout quitter.
J’avais découvert Olga Tokarczuk avec Les enfants verts grâce à L’ivresse littéraire, un conte fantastique dont l’intrigue se passe au XVII ème siècle en Pologne et use du thème de prédilection de la romancière : la nature et les hommes.

Prix Nobel de littérature en 2019, j’ai aujourd’hui l’envie de lire toute l’oeuvre d’Olga Tokarczuk, c’est dire !


• L’auteur :

Olga Tokarczuk*

Olga_Tocarkzuk
© Ulf Andersen / Aurimages

 

*Olga Tokarczuk est une romancière et essayiste polonaise.

Nationalité : Pologne
Né(e) à : Sulechow , le 29/01/1962

Biographie :

Adolescente, c’est d’abord la poésie qui l’attire. Après un long silence, elle publie le roman « Voyage des gens du Livre » (1993) bien accueilli par la critique. Cette oeuvre est en quelque sorte une parabole moderne : la quête ratée d’un Livre mystérieux et le grand amour que vivent les deux personnages principaux.

Son premier succès est « Dieu, le temps, les hommes et les anges » (1996). Un village mythique, situé prétendument au centre de la Pologne, constitue le microcosme archétypique où se rassemblent toutes les joies et les peines connues de l’homme.

Son roman suivant, « Maison de jour, maison de nuit » (1998), change de genre et de ton. Un petit recueil de prose contenant trois récits, « L’armoire », est bel et bien paru en 1997, mais il faudra attendre 2001 et la publication de « Jouer sur plusieurs tambours » pour admirer son talent en tant qu’auteure de nouvelles.

Elle a également publié un essai « La Poupée et la Perle », (2000), proposant une relecture d’un chef-d’œuvre de Boleslaw Prus, écrivain polonais de la fin du XIXe siècle.

En 2004, elle a été l’instigatrice du grand festival de la nouvelle qui a eu lieu à l’automne. la même année, elle publie un recueil de nouvelles sous le titre « Récits ultimes ». Son roman « Les Pérégrins » (2007) reçoit le prix Nike en 2008 et le Prix international Man-Booker en 2018.

« Sur les ossements des morts » (2009), est adapté pour le cinéma par la réalisatrice Agnieszka Holland sous le titre « Spoor » en 2017. Elle est également co-autrice du scénario. Le film reçoit le Prix Alfred-Bauer lors de la Berlinale 2017 et est sélectionné pour l’Oscar du meilleur film international en 2018.

Après dix ans de recherche, elle publie « Les Livres de Jakób » qui raconte l’histoire de Jakób Frank, un chef religieux du xviiie siècle. Le livre se vend à 170 000 exemplaires en Pologne et reçoit le Prix Nike 2015.

En 2019, elle a obtenu le prix Nobel de littérature 2018 pour « une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, représente le franchissement des frontières » (la cérémonie a été reportée d’un an, en raison d’accusations d’agression sexuelle, causant des controverses au sein de l’académie Nobel).

Lauréate de nombreux prix et distinctions et reconnue par le public et la critique, elle est l’écrivain polonais le plus traduit hors de son pays.

*Source : Babelio


• Références :

  • Sur les ossements des morts
  • Auteur : Olga Tokarczuk
  • Maison d’édition : Libretto
  • Date de publication : 06.11.2014

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