Chasse à l’homme

• Le mood :

Coup de maître pour ce roman fragmentés.
Une chasse à l’homme comme la quête d’une vie qui se réaliserait par l’écriture d’un livre.
Auto-fiction brillante et passionnantes faisant aux échos aux très grands Sophie Calle et Roland Barthes.


• L’histoire :

Chasse à l’homme.
Livre chaman au pouvoir de faire apparaître l’amour d’une vie.
Un roman telle une mise en danger.
Une mise en garde pour qui utiliserait les mots sans connaître leur magie d’incantation…

« Cette histoire a commencé quelques fois déjà. Elle s’est terminée plus souvent encore. Chaque fois que je l’ai écrite, croyant la fin venue, une révélation faisait tout dérailler. Comme un spasme, une irruption du réel, une protestation. Alors je reprenais l’écriture, sachant que c’est une histoire qui n’en finirait jamais d’arriver. »

Après une dépression, Sophie entame un doctorat en littérature française à Montreal.
Incapable de se projeter dans l’avenir,
Une amie lui conseille d’aller voir une cartomancienne.

« Quand on me demandait ce que je ferais après le doctorat, je ne tentais même pas une pirouette. Je bafouillais. Or, les gens aiment les histoires qui se terminent bien, c’est-à-dire celles qui ont une fin. En général, les gens sont aristotéliciens. »

On lui dit qu’elle doit rencontrer « Un petit français. »
Mais, la cartomancienne la met en garde.
Ce ne sera pas lui l’homme de sa vie.
Elle le trouvera en écrivant.
Mais en écrivant un livre heureux.

« Il y a toujours eu l’idée qu’avec le prochain amoureux viendrait le prochain livre. »

Alors il faut partir à Paris !
Éviter les barbus et se lancer dans une vraie Chasse à l’homme !

« (…) j’ai longtemps cru que la séduction m’ennuyait. La vérité est que je suis écrivaine : il suffit d’un trait d’esprit pour que je me prête au jeu. »

Elle arpente les rues de Paris.
En quête de ce que la féminité est aux parisiennes.

« La plus belle ruse des hommes est de persuader les femmes que l’amour n’existe pas. C’est ainsi qu’ils le gardent pour eux. Quelle femme oserait comme les hommes affirmer qu’il est ridicule de vouloir être aimée ? »

À la recherche du petit français.
Car plus qu’une prédiction,
C’était en train de lui arriver.
Elle était là.
À Paris.

« Pour me guider dans cette enquête sur l’amour et l’avenir, je n’avais qu’un modèle : Sophie Calle. »

En filigrane de sa propre quête ; celle de Sophie Calle.
Les histoires se mêlent aux personnages qui les ponctuent.
Venus de temps différents mais apportant leur pierre à l’histoire de Sophie.

On passe avec délectation d’anecdotes de Romain Gary, de Proust puis de François Joseph le mari de Sissi mais aussi par David Foster Wallace et son suicide.

« Le syndrome de Paris nous apprend que l’on peut être farouchement amoureux d’une idée. C’est toujours imaginairement qu’on aime un homme, une femme, une ville.
L’image qu’on s’en fait. »

Des fragments.
Comme fragment d’un discours amoureux.
D’états en étapes.


• L’extrait :

«Si tout de cette histoire n’était pas écrit d’avance, comment expliquer que tu te reconnaîtrais dans le manuscrit que je t’enverrais ?»


• Mon avis :

Qu’il s’agisse de la construction littéraire, de la forme narrative, de l’intelligence du texte, ce roman de Sophie Létourneau m’a totalement conquise.

Elle mélange avec une grande intelligence deux maîtres de l’amour et du fragment : Roland Barthes et la photographe Sophie Calle.

Elle réinvente entièrement les codes de l’auto-fiction en nous plongeant dans un temps narratif qui nous fait basculer dans un monde où le temps finit par ne plus être qu’une simple invention humaine.

Alors que l’écriture et l’histoire qui prennent forme sous nos yeux semblent gouvernées par les forces d’un destin qui dicte ses propres étapes, le livre pourrait bien faire venir cet homme.
Une sorte de happening littéraire absolument grandiose.

Une écrivaine qui donne à son écriture le pouvoir de sa quête : trouver ce grand amour.
Un Graal qui ne pouvait naître qu’avec les mots qu’elle fait vivre, les symboles qu’elle y glisse et ses intercroisements entre sa propre histoire et celle de Sophie Calle qui l’a vécue et racontée avant elle.
Un roman inoubliable tant par sa forme que par sa justesse, ses références, ses anecdotes.
Difficile à décrire, comme une oeuvre d’Art, il faut aller à sa rencontre, la ressentir, la rencontrer.
Sophie Létourneau aura été pour moi une grande rencontre littéraire et artistique.

• L’auteur :

Sophie Létourneau*

 

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*Sophie Létourneau prépare actuellement une thèse de doctorat sur l’écriture dans son rapport au réel, à la mémoire et à la photographie. Elle est née à Lévis, en 1980, avec vue sur Québec et le fleuve pour consolation, mais elle préfère toujours la mer. Polaroïds est son premier ouvrage de fiction.

*Source : Babelio


• Références :

  • Chasse à l’homme
  • Auteur : Sophie Létourneau
  • Maison d’édition : La Peuplade
  • Date de publication : 05.03.2020

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