Le complexe de la sorcière

• Le mood :

Une enquête bouleversante sur l’Histoire des plus grandes Chasses aux sorcières qui se mêle à l’histoire de toutes les victimes.
Disséquant comment les bourreaux, de tout temps, tordent l’esprit pour mieux l’assujettir.


• L’histoire :

D’où nous viennent ces images qui voyagent ?
Ce point commun que porte comme un tatouage chaque victime qui l’est ou qui le fut un jour ?
Se pourrait-il que les femmes se transmettent une Histoire par le sang ?
Par le feu ?

Une scène clé.
Une femme interrogée, recroquevillée dans l’angle d’une cellule.
Accusée par des hommes d’être une sorcière.
Derrière, le tintement d’instruments prêts à torturer ses chairs, l’esprit.

Une image comme une voix dans l’esprit de l’écrivaine,
Pour l’inciter à dire, à écrire, à enquêter sur ces générations de Chasses aux sorcières.
Ce qu’elle ne savait pas c’est que l’Histoire et la sienne allaient se rejoindre
Pour créer des ponts dont le Temps n’a que faire.

Isabelle Sorente enquête sur ces femmes accusées de sorcellerie et torturées.

« Lorsque je pense à ces femmes fouettées et huées, je ne sais pas pourquoi j’imagine leurs yeux sombres, graves, plein de honte, ou au contraire vengeurs et déterminés mais toujours noirs, si noirs qu’ils semblent liquides, comme ceux de ma mère, de ma grand-mère, de mon arrière-grand-mère et de ses soeurs. »

Aujourd’hui, c’est elle qui part en Chasse.

« Une femme cache toujours quelque chose. Il y a quelque chose de faillible en elle, quelque chose d’erroné. »

Deux siècles de chasse aux sorcières ont-ils pu laisser un traumatisme ?
Une empreinte qui se serait transmise aux générations suivantes ?

Si le mal est réel,
Les légendes de sorcières pour faire brûler réellement des femmes ont été colportées dans un livre écrit par Krämer et Sprenger en 1487.
D’après ce livre, l’Inquisition s’emploiera jusqu’à la fin du XVIIème siècle
À soumettre à la question et au feu des centaines de milliers de femmes.
Village par village.
Une chasse dont nos livres d’Histoire ne parlent jamais…
Pourtant nous étions brûlées pour avoir baiser avec le Diable,
Parce que nous voulions détruire l’humanité.

« Il existe un lien de feu entre la sorcière et les livres. »

Isabelle Sorente chasse le craquement de l’âme.
Ce moment où la conscience bascule sous les accusations.
Où ce craquèlement, ce doute secret en soi, devient une vérité offerte au feu, aux bourreaux qui ont immiscé le doute par la torture.

« Torture ».
Action de tordre.
Tordre la conscience en intimant la perte de l’identité de soi.
Ce qu’elle appelle : Le complexe de la sorcière.

Et si deux siècles de terreur étaient responsables d’une part de notre psyché féminine ?
Au fil du texte, la sorcière se manifeste en pensées, en images et en rêve.
Elle a peut-être d’ailleurs toujours été là.
Tapie dans un coin de sa conscience.
La guidant pour voir, savoir.

Les souvenirs remontent et se mêlent aux symboles de la traque.
Elle, chassée par les autres durant 5 ans au lycée.
Marquée au fer et terrifiée par l’anormalité qu’on pourrait lui attribuer.
Ce craquement en elle.
Comme ces sorcières des siècles avant elle.


• L’extrait :

« Si le complexe de la sorcière est lié aux mystères, aux mystères de la nature et à ceux de l’esprit, à la façon dont les images se transportent d’un esprit à l’autre, à la peur de ces passages qui relient entre elles des choses qu’on voudrait ne jamais relier, alors résoudre le complexe revient à raconter la découverte d’un territoire. Mais cela suppose de choisir les mots qui soient ceux de la découverte et non ceux de la conquête. Nous ne sommes pas les conquérants de notre esprit, dit la sorcière. Les images sont comme les plantes, dit-elle, il faut beaucoup les aimer pour savoir celles qui sauvent et écarter celles qui tuent, les avoir goûtées, avalées, recrachées, s’être tordue de douleur sur les sentiers mal éclairés. Si je dis que je n’ai pas subi un traumatisme mais une intitiation, c’est parce que cette façon de raconter l’histoire est bien plus proche de l’adolescente que j’étais, parce qu’elle ne détruit pas la vérité classique, celle de mon premier récit psychanalytique, mais qu’elle la prolonge.    »


• Mon avis :

BOUM ! Alerte Coup de coeur  !

Une émotion immense et une grande colère de lire l’histoire d’Isabelle Sorente,  harcelée pendant des années, à l’âge où l’on est le plus vulnérable.
De lire l’anéantissement du moi.
De l’image de soi.

Ce livre du complexe de la sorcière
C’est aussi l’histoire du pardon à travers les êtres et les époques.
Les bourreaux et leurs victimes.
Les traumas et les souvenirs.

Elle convoque des images passées, d’un autres temps, mais aussi ses souvenirs, les voix de cette sorcière, cette du Docteur George.
Tous l’accompagnent autant que ses livres dans cette quête de chasse aux démons.
Elle nourrit son texte d’éléments historiques aussi passionnants que l’analyse qu’elle en fait.

Comme l’examen qu’elle fait de ce qu’est l’Inquisiteur.
Celui qui veut interdire l’espace féminin.
Cet espace dont Virginia Woolf parlait si bien dans Une Chambre à soi.
Ce que beaucoup de femmes protègent comme une identité.

Il y a l’amour aussi.
La forme que nous lui donnons et qui résonne en la Terre que nous changeons.

Il y a ces mots qui résonnent dans ma tête.
Ce modèle auquel on tente à tout prix d’appartenir.
Il y a notre force qui parfois effraie les hommes.
Parce que nous ne sommes pas assez fragiles. Pas assez vulnérables.

Peut-être que tout arrive quand on décide de lâcher prise avec l’image que l’on porte.
Et de vivre réellement ce que nous sommes.
Ce à quoi nous avons toujours aspiré.
Notre spiritualité.
Nos individualités qui ont besoin d’amour mais qui ont avant tout besoin d’exister.

Une merveille qui fait réfléchir et s’adresse tout autant aux hommes qu’aux femmes.


• L’auteur :

Isabelle Sorente*

 

sorente_isabelle
Copyright photo : France Inter

*Isabelle Sorente est une écrivaine française.

Passionnée par les mathématiques, elle s’oriente d’abord vers des études scientifiques. Reçue major aux Mines de Paris, elle choisit finalement d’entrer à Polytechnique, puis à l’École Nationale de l’Aviation Civile en corps de l’État, où elle passera son brevet de pilote privé, et s’essaiera à la voltige aérienne.

Elle suit en parallèle des cours de théâtre, notamment au Lucernaire et au cours Florent, où elle écrit et monte ses premières pièces.

Le succès rencontré en 2001 par son premier roman, « L« , consacré au thème de l’addiction et à l’infantilisation des femmes dans une société conformiste, va la tourner définitivement vers l’écriture.

Son roman, « 180 jours » (2013), a reçu un très bel accueil critique et l’a installée comme l’une des voix les plus fascinantes du roman contemporain. « La Faille » (2015) est à la fois le portrait d’une femme, Lucie Scalbert, et la description minutieuse d’une relation d’emprise amoureuse.

En 2008, Isabelle Sorente a fondé la revue Ravages, avec Frédéric Joignot et Georges Marbeck. Elle fait aussi partie des fondateurs du magazine Blast.

*Source : Babelio


• Références :

  • Le Complexe de la sorcière
  • Auteur : Isabelle Sorente
  • Maison d’édition : JC Lattès
  • Date de publication : 08.01.2020

Un commentaire sur “Le complexe de la sorcière

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