La maladie de la mort

• Le mood :

Un texte aussi sauvage et imprévisible que la houle.
Duras dit l’empêchement d’aimer comme personne.


• L’histoire :

« Vous lui dites que vous voulez essayer, essayer plusieurs jours peut-être.
Peut-être plusieurs semaines.
Peut-être même pendant toute votre vie.
Elle demande : Essayer quoi ?
Vous dites : D’aimer. »

Un homme paye une femme.
Elle ne doit pas crier.
Ni dire sa jouissance.
Elle dort, le sourire apaisé.
Il la regarde dormir.

 

« Vous dites qu’elle devrait se taire comme les femmes de ses ancêtres, se plier complètement à vous, à votre vouloir, vous être soumise entièrement comme les paysannes dans les granges après les moissons lorsque éreintées elles laissaient venir à elles les hommes, en dormant (…) »

Au loin le bruit de la mer.
Dedans, les vagues de draps blancs
Dans la chambre, un malheur envahit les peaux.Alors elle lui dit.
Qu’il est atteint de cette maladie.
Laquelle ? Elle ne le sait pas.
Ou bien si.
La maladie de la mort. 

« Un autre soir vous le faites, comme prévu, vous dormez le visage dans le haut de ses jambes écartées, contre son sexe, déjà dans l’humidité de son corps, là où elle s’ouvre. Elle vous laisse faire. »

Il n’a jamais aimé auparavant.
Jamais désiré non plus.
Jamais regardé une femme.
Pourtant, il revient en elle,
Plus pénétrant que jamais.
Essayant encore, d’aimer.Les larmes.
Si le coeur est mort, alors que dit le corps ?
Et si le corps est mort, que dit son coeur ?

« Jusqu’à cette nuit là vous n’aviez pas compris comment on pouvait ignorer ce que voient les yeux, ce que touchent les mains, ce que touche le corps. Vous découvrez cette ignorance. »

Un huit clos dense de silence,
Une valse des vagues et des flux et reflux du sommeil de cette femme.
Un homme qui ne pleure que sur lui.
Aveugle et sourd aux autres et à l’amour.

« Vous dites que vous voulez essayer, pleurer là, à cet endroit-là du monde. »

C’est peut-être ça être mort quand on est en vie.


• L’extrait :

« Elle serait toujours prête, consentante ou non. C’est sur ce point précis que vous ne sauriez jamais rien. »


• Mon avis :

Un texte court d’une poésie incomparable.
D’une écriture tendue, sensuelle, érotique dont chaque silence crie l’empêchement, l’impossibilité jusque dans l’autre.
Pénétration morte.

J’aime retrouver Duras, ses vagues au loin, seul décor des solitudes de l’homme.
Seul accompagnement sonore au déferlement des corps.
Il y a ce mystère qui vous envoûte.
Certainement l’un des plus beaux textes de Duras que j’ai lus aujourd’hui.

 


• L’auteur :

Marguerite Duras*

marguerite_duras
Copyright : PHOTO DR

*Marguerite Duras, nom de plume de Marguerite Donnadieu, est romancière, dramaturge, scénariste, réalisatrice et journaliste française.

Elle passe toute son enfance au Vietnam. En 1932, alors qu’elle vient d’obtenir son baccalauréat, elle quitte Saïgon et vient s’installer en France pour poursuivre ses études. Après des études de mathématiques, sciences politiques, et une licence de droit, elle est secrétaire au Ministère des Colonies, de 1938 à 1940. Elle épouse Robert Antelme (1917-1990) en 1939. En 1942, elle accouche d’un garçon mort-né dont elle ne saura jamais faire le deuil.

Marguerite Donnadieu cosigne, au printemps 1940, avec Philippe Roques, « L’Empire français », son premier livre. Pendant la guerre, elle entre dans la Résistance. En 1945, elle s’inscrit au Parti communiste qu’elle quitte en 1950. En 1947 Marguerite Duras divorce et se remarie avec Dionys Mascolo (1916-1997) dont elle aura un enfant prénommé Jean. En 1956, elle se sépare de son second mari.

Marguerite Duras publie son premier roman, « Les Impudents », en 1943. En 1950, elle est révélée par un roman d’inspiration autobiographique, « Un barrage contre le Pacifique ». C’est le début d’une œuvre de fiction importante avec des romans comme : « Le Marin de Gibraltar » (1952), « Le Square » (1955), « Moderato cantabile » (1958), « Le Ravissement de Lol V. Stein » (1964), ou encore « Le Vice-Consul » (1966).

En 1984, « L’Amant » est publié et obtient le prix Goncourt. C’est un succès mondial. Jean-Jacques Annaud en tire un film en 1992.

Elle écrit aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme « Le Square », représenté en 1957, ainsi que de nouvelles pièces, telle « L’Amante anglaise » (Prix Ibsen 1970) ou « Savannah Bay » en 1982. Elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais, qui lui vaut d’être nommée pour l’Oscar du meilleur scénario original à la 33e cérémonie des Oscars.

Elle réalise elle-même des films originaux comme « India Song » (1975), avec Delphine Seyrig, « Le Camion » (1977), avec Gérard Depardieu, ou encore « Les Enfants » (1985), avec Daniel Gélin.

En 1985 elle met en scène « La Musica deuxième » au théâtre Renaud-Barrault, puis elle publie « Yann Andréa Steiner » (1992), dédié à son dernier compagnon Yann Andréa, « Écrire » (1993) et « C’est tout » (1995).

*Source : Babelio


• Références :

  • La maladie de la mort
  • Auteur : Marguerite Duras
  • Maison d’édition : Les Éditions de Minuit
  • Date de publication : 01.01.1983

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