Nirliit

• Le mood :

Un livre sur les conditions des femmes en terres inuit.
Un récit poignant, incisif et poétique qui dit toute la beauté mais aussi toute la déshérence de ce peuple soumis à l’alcool et aux rudesses du coeur.


• L’histoire :

« La route est longue jusqu’à chez toi, Eva. »

Une jeune fille du Sud vient par les airs, comme les oies,
Rendre visite à la Terre Inuit, de son amie Eva.
Disparue.

« Il a jeté ton corps dans l’eau, ton corps fragile dans les eaux sombres et agitées du détroit d’Hudson, ton corps tout au fond. »

Ici les Inuits ne parlent pas aux blancs.
La rivière se jette dans une baie de plastique.
Chaque fois, elle espère voir Eva dans cet aéroport.

« (…) tu m’as appris à dire plein de choses dans ta langue de poésie rugueuse (..) »

Lizzie lui raconte.
Non. Pas de corps.
Pas de cérémonie.

« Ton corps dans l’eau et ton esprit partout, sur la mer, dans la toundra, au ciel jamais noir de l’été arctique, danse Eva, danse, je dis avec le même français cassé que le tien « Je manque toi. »

Elle aussi a perdu ses trois hommes au fond du fjord…
Les eaux sont cruelles.
Pas de place pour pleurer ceux que l’on a aimés.

« (…) bien au-delà de la limite des arbres, Salluit roulé en boule au pied des montagnes, Salluit le fjord au creux des reins (…) »

Elle porte alors ce regard sur son peuple.
Les blancs, ceux qu’elle appelle les nouveaux missionnaires.
Les moralisateurs du monde
Quand les Inuits clopent et se remplissent de sodas
En achetant une fortune des fruits pourris à la Coop.

Les enfants sonnent chez elle pour être nourris.
Ne pas les laisser entrer.
Les nourrir comme des chatons sur le pas de la porte
Le tiers monde sur les terres givrées.
La violence est bien là.
Eva en a fait les frais.

Ce pays où les enfants sont adorés même si mal aimés.
Eva a été cette mère fille à 16 ans.
A eu ce fils, Elijaah.

« Ils sont nombreux à goûter le sel de votre peau, les Blancs en oublient leur jalousie et vos Ski-Doo, ils vous pardonnent tout cet argent gagné à ne rien faire pour se vautrer dans le ventre de vos filles. »

Elle raconte ces jeunes filles belles à 13 ans
Et déjà si vieilles à 14…
La drogue et la mal-bouffe.
Les Blancs qui viennent goûter leur chair.

« Vous autres les inuits vous ne parlez pas, et nous autres les Blancs, on parle trop, je suis tellement d’accord Eva, si tu savais le nombre incalculable de conversations à mourir d’ennui qu’il nous faut supporter jour après jour. »

La canadienne traverse le fjord avec Tiivi.
Et ne peut s’empêcher de chercher Eva
Dans les eaux noires d’un fond insondable.

Si leurs enfants n’ont pas froid
Beaucoup finissent comme de petits caribous abandonnés
Quand ils ne tombent pas dans des familles
Où l’alcool et les cris remplacent les câlins du soir.

« Nous ne nous souvenons plus de rien, et dans les villes où le béton cache le ciel, des gens occupés marchent sans se regarder sur les routes qui ont fendu la forêt (…). »

Lieu hostile et impitoyable,
Le coeur est mis à rude épreuve.
Là-bas, Aimer est plus complexe qu’un simple mot.

Dans un monologue puissant et percutant,
Mêlant poésie, douceur et violence,
Elle nous raconte les vies de ces villages dans la toundra.
Les vices, les drames, le quotidien, les cris, l’alcool,
Ces enfants qui « ne comptent pas ».

Un récit comme un cri d’amour.
Une voix offerte aux femmes, à la beauté qu’il faut cacher,
aux violences qui leur sont faites, aux rumeurs,
aux enfants abandonnés, aux chiens qui meurent…
Alaku, Gina, toutes celles qu’Eva n’a pas pu sauver…

 

« C’est la vie magnifique et fragile, une fleur sur la toundra, j’ai le goût de brailler, je l’ai dit, j’ai souvent le goût de brailler parce que tout est trop beau ou trop dur ici, je regarde un lagopède sur la montagne et je veux pleurer pendant que dans le village les enfants et la violence. »

Certaines Inuk s’en sortent.
Une perle d’espoir comme les étoiles du soir.
Dans ce monde où les villages s’appellent Purvinituq « odeur de chair pourrie » et Quastaq « ver intestinal ».
C’est le Far North.

Elle essaie souvent de défendre ces terres désolées.
Nunavik. Mais la tendresse a déserté les coeurs.
Les animaux sont plus doux.

Puis vient le temps d’Elijah, le fils d’Eva.
Et de son coeur : Maata.
Elijah cherche sa mère chaque année dans le fjord à la saison de la débâcle.
En quête d’un fantôme pendant que Maata serre un autre homme entre ses bras.

« Cacher ses tempêtes dans le soleil de juillet. »
Les non dits écrasent la terre de glace.
Une terre où les coeurs ne se rejoignent jamais.
Les corps se goûtent en pensant à cet autre qu’ils aiment en silence.
Les couples se dédoublent dans un brouillard épais.
Les pères ne le sont pas, les « chums » ne le sont plus.

Un auto-génocide organisé
L’alcool n’étanchant plus ni l’ennui ni la peine…


• L’extrait :

« Je t’abandonnerai aussi, Eva, un jour je laisserai ton corps pourrir au fond du fjord sans jamais plus chercher désespérément sous les flots. Je n’aurais pas semé d’enfants aux yeux bleus et bridés, je n’aurai pas brisé de coeur de guerrier, mais je vous abandonnerai, tous. »


• Mon avis :

Un livre absolument superbe aux chapitres courts.
Aux pensées parfois douces et incisives.
Un entrechoc de vies, comme si l’on regardait à travers une fenêtre d’en face, ces couples et ces familles tenter de vivre au milieu de leurs drames.
Embarrassés d’amour déçus.
La jalousie qui crève les ventres, la mort, peuplant les eaux.
J’aime tant cette langue du nord. Cette écriture qui sonde le vrai de ses yeux noirs.
Je n’ai pas terminé le voyage. Nirliit me poursuit.

 


• L’auteur :

Juliana Léveillé-Trudel

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Copyright – ici.radio-canada.ca

*Née à Montréal en 1985, Juliana Léveillé-Trudel pratique l’écriture dramatique et a fondé le Théâtre de brousse. Elle travaille dans le domaine de l’éducation au Nunavik depuis 2011. Nirliit est son premier roman.

*Source : Babelio


• Références :

  • Nirliit
  • Auteur : Juliana Léveillé-Trudel
  • Maison d’édition : Éditions de La Peuplade
  • Date de publication : 05.10.2015

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