Par les routes

• Le mood :

Un voyage fabuleux au coeur des villes de France.
Une invitation à sortir de soi, un peu.
Une ode à la fraternité et aux sorties de route qui nous mènent là où l(on ne pensait pas pouvoir aller…


• L’histoire :

 

« Je tombais amoureux. Je cessais de l’être. Je ne sais pas si la pente naturelle de la vie est d’être seul d’abord, indépendant, nomade, puis peu à peu de se lier davantage, de se fixer, de fonder une famille. Si c’est le cas je régressais. »

20 ans après, Sacha retrouve un auto-stoppeur à V.
Petite ville du sud de la France après avoir fui Paris.
Le destin frappe.

« Il y a deux options face au destin : s’épuiser à lutter contre. Ou lui céder. »

L’auto-stoppeur avec qui il a tant voyagé, pouce levé.
Il le re-découvre aujourd’hui avec femme et enfant.
Comment était-ce possible de se retrouver là, tous les deux ?
Autant que le temps qui s’écoule et vous indique qu’une moitié de vie a déjà foutu le camp.

« J’ai regardé la totalité de mes possessions étalées devant moi dans la lumière, ordonnées, prêtes à l’emploi, volontairement réduites à l’exact nécessaire, pareilles aux instruments d’un chirurgien avant l’opération. J’ai pensé : on voit mieux dans le peu. On vit mieux. »

L’autostoppeur n’a pas changé.
Il part encore en auto-stop.
Sans savoir où il va.
Juste le plaisir de rencontrer.
Sans savoir qui.
Sans savoir jusqu’où.
Calmer cette peur de l’autre.
Par les routes.

S’il avait fallu couper les ponts un jour.
Ce courant, cette intelligence entre eux
N’avaient pas besoin de routes pour se trouver.
C’était là.

Il lui raconte.
Les rencontres. Les polaroïds de ses conducteurs.
Cette fille si belle qui l’a emmené dans un observatoire.
Cet ancien prisonnier de Tarascon.
Ces instants qui comptent parfois plus dans le souvenir que certains moments vécus.
Ces échanges de livres.

Sacha raconte ce temps qui passe et terrasse en nous les grands emportements de l’amour.
Il y a Jeanne.
C’est beau et simple.
Moins fou qu’avant.

« L’élan est difficile à prendre. On est plus lourd. Plus attaché à soi. »

C’est peut-être ça le temps.
Se détacher de l’autre, prendre le recul nécessaire pour l’aimer mieux en s’aimant soi.
Se demander si l’amour au fond, dorénavant ne serait plus qu’un supplément à cette solitude que l’on a fini par adopter.

« J’ai pensé qu’elle était belle, qu’elle me plaisait beaucoup.
Mais j’ai pensé aussi que je ne l’appellerais pas tout de suite.
Qu’elle non plus ne se presserait pas.
Que l’un comme l’autre nous y tenions, à notre solitude.
Avec un peu d’effroi je me suis demandée si désormais dans ma vie l’amour ne serait plus que ça : un supplément. »

L’autostoppeur a cette soif intacte du voyage.
De se perdre avec de parfaits inconnus.
Quand Marie, Augustin et lui restent à V.
Tous les trois dans le monde.
Lui, tout à fait en dehors.

Les avis se confrontent.
Jeanne qui aimerait plus de temps avec les gens qu’elle aime.
L’autostoppeur qui a besoin de s’éloigner des siens.
Sortir de cette ligne tracée du confort quotidien.
Juste pour un moment s’en écarter.
Savoir que l’on y revient l’instant d’après.
Le foyer, et la sécurité mais plein de ces vies croisées.
De ces multitudes de vies possibles.
Un collectionneur de vies.

Marie est un pont.
Sacha la désire plus souvent.
L’odeur de son écharpe.
Cette facilité entre eux…
Doucement, ce sont les absences et voyages de l’autostoppeur
Qui les guident…

« Enfant on rampe. On tombe. On sait le sol par les pieds et les mains. Intimement. Puis le sol s’éloigne. Être adulte c’est ne plus savoir tomber. C’est vivre dans un corps qui a perdu la mémoire du sol, qui ne sait plus vivre avec lui, qui en a peur. »

Il envoie lettres et Polaroïds de ces milliers de visages croisés.
Parfois juste une carte avec le nom du village pour seul message.
« Porte-Joie » « Les chéris » « Contres » « Saint-Augustin » « Viens »

En amour, il suffit parfois d’une phrase pour que tout prenne une direction qu’au fond, on aurait souhaité éviter.
Le corps reste figé dans le choc de l’inéluctable présent.
Plus de machine arrière possible.


• L’extrait :

« Nous rappeler sans cesse à l’exigence de vivre. »


• Mon avis :

Un roman fabuleux que j’ai dévoré en une journée.
Une photographie joyeuse des villages de France,
De ce qu’ils nous disent par leur nom.
Messages déposés ou signes envoyés pour les voyageurs et nomades du monde entier.
J’ai aimé ces belles propositions de l’auteur.
Invitation à sortir de soi, visiter le monde, les autres.
Fraterniser et sortir de la peur de l’autre.

J’ai aimé qu’il efface tous les points d’interrogation. 

Pas d’interjection.
Chaque question se pose comme une affirmation.
Le livre est entre le récit du passé mais un présent profond.


• L’auteur :

Sylvain Prudhomme

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© AFP / Joel Saget

*Sylvain Prudhomme est un écrivain français.

Il grandit à l’étranger (Niger, Burundi, Île Maurice) avant de venir étudier les Lettres à Paris. Après trois ans d’enseignement à l’université, il anime des ateliers d’écriture. Il est agrégé de lettres modernes.
Il part recueillir des contes dans le nord du Bénin (Contes du pays tammari, Karthala, 2003), participe à la création de la revue Geste. Il est également l’auteur de Les matinées d’Hercule (Serpent à Plumes, 2007), monologue romanesque sur le thème de l’homme qui dort et du voyage immobile et de Le Tanganyika Project (Léo Scheer, 2010).

« Là, avait dit Bahi » a reçu le prix Louis Guilloux 2012.

Il publie en 2014 « Les grands » qui a été élu « Révélation française de l’année 2014 » par le magazine Lire.

Paru en 2016, « Légende » a été finaliste du Grand prix de l’Académie française. Ce roman a également reçu le prix François-Billetdoux de la Société civile des auteurs multimédia (SCAM) et le prix Révélation de la Société des Gens de Lettres.

Il collabore chaque mois, depuis 2015, à la chronique « Ecritures » du quotidien Libération.

*Source : Babelio


• Références :

  • Par les routes
  • Auteur : Sylvain Prudhomme
  • Maison d’édition : Éditions L’Arbalète / Gallimard
  • Date de publication : 22.08.2019

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