Une chambre à soi

• Le mood :

Un essai grandiose de Virginia Woolf sur l’histoire et la place des femmes dans la littérature. L’analyse de leurs conditions et des raisons de cette absence quasiment totale dans la littérature.


• L’histoire :

« (…) il est indispensable qu’une femme possède quelque argent et une chambre à soi si elle veut écrire une oeuvre de fiction. »

Si aujourd’hui la voix des femmes gronde
Plus fort que jamais.
Si les murs tremblent de les avoir trop enfermées,
Il fut cette époque où une écrivaine,
Virginia Woolf, s’interrogeait dans un essai grandiose
Sur le rapport entre la femme et le roman.

Mais bien plus encore, sur la place des femmes
Dans la société du XVIIème siècle à 1928,
Et s’interroge sur le mutisme des femmes dans le monde littéraire.

Pour y répondre, elle adopte le sarcasme,
Décide de mêler la fiction à l’essai,
Se met dans la peau d’une « Mary »,
Et nous invite à nous promener avec elle,
Sur le fil de ses pensées.

Dès le début du récit les hommes entravent les idées et la pensée de Mary.
À l’université d’Oxbridge, on la défend de marcher dans la pelouse.
À l’entrée de la bibliothèque, on la repousse.
Les femmes n’y ayant pas accès.

« Tout en me faisant signe de reculer, il exprime à voix basse son regret de ce que les dames ne soient admises à la bibliothèque qu’accompagnées d’un professeur de l’université, ou pourvues d’une lettre de recommandation. »

Elle tourne et détourne ses réflexions.
Passe par les chants des poètes
Et s’en va par delà la vérité et l’illusion.

« Si Mrs Seton et sa mère, et la mère de sa mère avaient appris le grand art de gagner de l’argent, si elles avaient, comme leurs pères et leurs grands-pères, fait des legs destinés à la création de chaires ou de maîtrises de conférences, et de prix, et de bourses affectées à une personne de leur propre sexe, nous aurions pu dîner seules ici (…). Nous aurions pu explorer ou écrire. »

Fin 1800, les femmes n’ont pas droit de gagner leur argent.
Écrire est donc un passe temps que les hommes moquent.
Futilité, inutilité, fantaisie !!

Avec leurs 13 enfants,
Elles n’avaient qu’à bien tenir la maison.

« Quel est l’effet de la pauvreté sur le roman ? »

Peut-être justement l’absence des femmes.
Lorsque tous ces écrivains ont écrit les femmes sans jamais en être.

« Prophétiques et moraux ».

Mais si le monde écrit sur elles, alors pourquoi ne peuvent-elles écrire ?

Elle s’exaspère du fruit de ses recherches ne la menant nulle part.
N’ayant pas la méthode.
Nous fait rire de ses divagations
Et croquis moqueurs d’un sombre professeur.
LA COLÈRE

« Peut-être, lorsque le professeur insiste d’une façon par trop accentuée sur l’infériorité des femmes, s’agit-il non de leur infériorité à elles, mais de sa propre supériorité. »

D’un sarcasme grinçant elle défait l’égo maladive
Et les croyances des hommes de son époque,
Étouffant toute liberté d’expression chez l’autre.
L’homme, drogué au miroir des femmes.

« Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l’homme deux fois plus grande que nature. »

Alors qu’en penser quand la réalité était qu’elle été battue et contrainte au mariage dans le plus grand silence ?

Pourquoi aucune femme du temps de la reine Elisabeth n’a laissé de trace écrite ? Ni du temps des Stuart 200 ans plus tard ?

On passe alors par toutes les analyses.
George Sand, Shakespeare, Charlotte Brontë qui écrivit dans la rage de sa condition et Jane Austen dans le calme de ses observations, …

Celles qui furent poètes,
Celles qui écrivirent des romans,
Celles qui brisèrent les codes de l’héterosexualité.

Le romanesque résultant de ces années d’observation de vie des salons et des esprits qui s’y promenaient.
La femme étant toute assignée à résidence.
Sans pièce pour elle, et pour se retirer.

La condition d’écriture pour une femme serait donc,
D’avoir une pièce à elle.
Et aussi 500 livres de rente.

Mais elle fait également cette analyse brillante,
Que l’esprit masculin ne saurait être totalement masculin et inversement.

« Il est néfaste d’être un homme ou une femme ; il faut être femme-masculin ou homme-féminin. »

Un soulèvement contre le patriarcat.
Un encouragement passionnant à ne plus se taire.
À écrire enfin.


• L’extrait :

« Il serait infiniment regrettable que les femmes écrivirent comme des hommes ou vécurent comme des hommes, car si deux sexes sont tout à fait insuffisants quand on songe à l’étendue et à la diversion du monde, comment nous en tirerions-nous avec un seul ?  »


• Mon avis :

S’il m’a fallu une vingtaine de pages pour plonger réellement dans cet essai, j’ai été totalement conquise l’instant d’après.
Cette fougue militante, parfois drôle, parfois terrible et grinçante.
Une force d’analyse psychologique des grandes écrivaines et de leurs conditions d’alors.


• L’auteur :

Virginia Woolf

Virginia-Woolf.jpg


*Virginia Woolf est une femme de lettres anglaise.

Elle est une petite fille fragile qui ne pourra suivre ses études normalement. Fille du philosophe et écrivain Sir Leslie Stephen, Virginia est marquée par l’enseignement de son père, érudit et austère, qui encourage sa curiosité intellectuelle. Elle perd sa mère en 1895 puis son père en 1904 et s’installe ensuite à Londres dans le quartier de Bloomsbury. Elle souffre déjà de dépression et se consacre alors entièrement à l’écriture.

À cette époque, elle reçoit dans sa maison un cercle d’amis (Bloomsbury Group), dont Leonard Woolf qu’elle épousera, et Vita Sackville-West, avec laquelle elle entame une liaison qui durera tout au long des années 1920. Après la fin de leur liaison, les deux femmes resteront amies. Cependant, Virginia et Léonard ont des liens très forts et fondent ensemble la maison d’édition Hogarth Press en 1917 qui publiera K. Mansfield et une bonne partie de l’œuvre de T. S. Eliot. Elle commence à militer pour le droit de vote des femmes et participera toute sa vie à la cause féministe (« Une chambre à soi », 1929). En 1922 paraît « La Chambre de Jacob », texte novateur qui tente de s’éloigner des canons de la narration (influence de Proust et de Joyce).

Son style est constitué de voix intérieures, de rythmes poétiques, d’envolées lyriques. Elle se révèlera comme une des grandes voix sensibles de la littérature avec ses deux romans suivants, « Mrs. Dalloway » et « La promenade au phare », publiés respectivement en 1925 et en 1927. Son roman « Les vagues » lui donne une reconnaissance auprès du grand public.

Également critique, elle dissèque les œuvres de Wells ou de Galsworthy. Régulièrement en proie à de graves crises dépressives, elle se sent devenir folle.

Elle poste son dernier manuscrit « Entre les actes » puis dépose, le 28 mars 1941, une lettre sur le bureau de son mari où elle annonce son suicide (elle se jettera dans la rivière Ouse près de sa maison dans le Sussex). Elle lui écrit : « J’ai la certitude que je vais devenir folle : je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles. Je sens que je ne m’en remettrai pas cette fois-ci. Je commence à entendre des voix et ne peux pas me concentrer. Alors je fais ce qui semble être la meilleure chose à faire. Tu m’as donné le plus grand bonheur possible… Je ne peux plus lutter, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler.»

*Source : Babelio


• Références :

  • Une chambre à soi
  • Auteur : Virginia Woolf
  • Maison d’édition : Éditions 10.18
  • Date de publication : 10.05.2001

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