Rose Désert

• Le mood :

Mon grand coup de coeur de cette Rentrée Littéraire 2019.
Un texte intime dans lequel s’imposent des sujets tels que la quête de soi, la domination masculine, la passion.
Dans cette langue féroce et sensuelle si propre à Violaine Huisman.


• L’histoire :

Le rose ; sédiment désertique, fossile du désert.

Traverser le Sahara seule, en plein été,
Sans autre guide que ses propres questions.
Sans connaissance des règles qui jonchent le sol brûlant Mauritanien.
Inconséquence du coeur ?

« Était-ce donc lui, ou cette relation calamiteuse, qui m’avait envoyée écoper mon coeur noyé de larmes sur les rives du Sahara occidental ? L’amour est-il justiciable de nos pires fourvoiements ? Sans doute. »

Violaine est partie suite à une séparation avec son ex.
Se persuader que ce doit être la dernière.
Que toute cette eau ne peut plus couler de soi.
Se souvenir.
La violence du corps assujetti à la passion.
Redemandant encore la jouissance de l’autre.
Lui offrant chaque parcelle,
Chaque orifice en réponse à ce feu qui dévore.
Appartenir entièrement.
Se faire dévote d’une luxure affamante.

« (…) j’ai trouvé son jeu de clés à côté d’un post-it, avec écrit au crayon xo – voulant dire hugs and kisses, câlins et baisers, ou par litote, je t’aime, ou par euphémisme, oui je te prends bien pour une conne, chérie – signé de son nom. »

Donner un nom à celui qui l’a tant blessée.
Avant le suicide de sa mère rapatriée de Dakar,
Elle entame le deuil de cet amour immense.

« Seulement, maintenant ce parcours m’apparaît comme une répétition générale de la perte. »

Nos fuites sont elles symptomatiques de la perte, de l’abandon ?
De la quête d’une réponse au membre désormais manquant ?
Le coeur.
Cet organe fantôme qui continue de démanger et de faire souffrir terriblement après l’amputation.

« (…) j’aurais aimé avoir des somnifères, mais comme j’avais grandi dans une maison à la pharmacie suicidaire, je n’avais qu’un tube d’aspirine effervescente, des gélules homéopathiques et un flacon de Rescue, dont j’ai avalé le contenu. »

Puis un homme rencontré là, à Nouakchott.
Serge. Il boit de la bière dès le matin.
Lui propose de l’emmener à la Palmeraie.
Le suivre, sans savoir pourquoi.

« (…)nous nous adressons l’un à l’autre par brefs mouvements de menton, un langage de goélands. »

Ces débuts où l’on s’affaire à voir des signes venus d’ailleurs et des astres.
Des coïncidences trop grotesques pour en être.
Une évidence, un destin, des « hallucinations d’indices. »
Le coeur a ce pouvoir certain de la persuasion servile et aveugle.

Courir au danger dans une ville
Où les femmes sont des proies qui ne peuvent déambuler seules.
Violaine brave le destin.
Un désert aride.
La rudesse de la survie et la mort qui vous guette ouvre des portes en chacun.
Prendre conscience de soi.
Espérer trouver une voie
Sur des chemins minés.

L’autopsie de l’errance, du désespoir et de cette force plus grande que tout, plus grande que nous.

La seconde partie du roman revient sur l’adolescence de Violaine.
La folie de Catherine, sa mère.
Sa sexualité exubérante et pourtant prohibée à ses filles,
Exhibées sous leurs yeux.
La dépendance affective.

« Elle ment comme elle respire. Ou alors sa version de la réalité diverge du rationnel. Elle vit dans un univers parallèle où ses actions n’ont pas le même historique que pour le commun des mortels. »

Écho au superbe Fugitive parce que Reine ,
Comme des symptômes de vie énumérés pour mieux comprendre
Ce qui pousse, ce qui porte son voyage jusqu’à Dakar.

 


• L’extrait :

« Pour rendre compte de la fulgurance de la douleur adolescente, il faudrait avoir retenu en soi cette vulnérabilité organique qui met la chair à vif, qui donne au moindre coup dur des relents funestes, il faudrait se souvenir qu’on a aimé Rimbaud, Baudelaire ou Mallarmé, à en pleurer de vraies larmes. »


• Mon avis :

Je l’attendais ardemment.
Cette écriture si singulière faite de poésie et de silex, avec l’éloquence de cette voix férocement sensuelle et féminine.
Les hommes sont centraux dans le récit de Violaine Huisman.
Elle explore leur pouvoir au travers de la sexualité de sa mère, puis de la vision des hommes avec laquelle elle a grandi.
Le corps est perdu entre ce désir ardent de soumission à l’autre, d’appartenir… Et cette volonté féroce de rester libre, quel qu’en soit le prix.
Un texte puissant. Mon plus grand coup de cœur de cette rentrée littéraire.


• L’auteur :

Violaine Huisman

 

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Copyright : Gallimard

Violaine Huisman vit depuis 1998 à New York, où elle a fait ses armes dans l’édition et se charge actuellement des événements littéraires pour BAM (Brooklyn Academy of Music), le plus vieux théâtre des États-Unis. Elle a traduit Un crime parfait de David Grann pour les éditions Allia.

Son premier roman, « Fugitive parce que reine », publié chez Gallimard, a reçu les prix Françoise-Sagan et Marie Claire du roman féminin 2018.

Source : (*Source : Babelio)


• Références :

  • Rose Désert
  • Auteur : Violaine Huisman
  • Maison d’édition : Gallimard
  • Date de publication : 22.08.2019

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