Nous, l’Europe

• Le mood :

Laurent Gaudé nous livre un texte court et puissant écrit en vers libres sur l’urgence d’unir l’Europe. De réveiller les humanistes, de voir le vivant, ce qui peut être sauvé plutôt que le progrès, les machines à écraser le temps.


• L’histoire :

« Qui sommes-nous ? Héritiers de quel passé ? Traversés par quels tourments ? Fautifs de quels crimes et porteurs de quelles utopies ? Que voulons-nous ? Notre continent a inventé des cauchemars, fait gémir ses propres peuples, mais il a aussi su faire naître des lumières qui ont éclairé le monde entier. C’est cette contradiction-là qui nous constitue. »

À l’heure où les extrêmes s’esclaffent.
Où certains veulent diviser,
Où l’on oublie qu’un jour,
Nous serons peut-être les exilés, les réfugiés ;
Ce recueil de Laurent Gaudé gronde dans ma poitrine.

À sa lecture mon coeur
Tonne des tambours de guerre.
Le texte est rapide et tranchant.
J’imagine la terre avaler tous ces corps
Les mers boire tous ces hommes
L’Europe a souffert et continue de guerroyer.

Comment passer de ce désir de domination à une volonté civilisationnelle ? Humaniste ?

« Non plus régner, mais créer, en toute autonomie, les contours d’un territoire de lumière. »

Il écrit cette paresse européenne.
L’impossibilité à entrevoir au-delà de nos petites personnes.
À laisser crever des milliers d’autres.
À oublier ce qui est si proche.

L’auteur soulève ce grand constat :
À quelle époque a-t-on déjà vu 27 nations s’inviter à un grand banquet des peuples ?
Combien de nos ancêtres en ont rêvé ?
Les bannis de l’Histoire, ceux qui ont dû fuir et emporter leur pays dans leur coeur ?

Sommes-nous des enfants vieux ?
Traversés de guerres, de frontières ?
L’Europe est cette histoire que nous devons raconter.
L’auteur nous en offre un morceau
En rêvant que d’autres écrivains européens complèteront.

Passent alors l’ère industrielle et notre dévoration.
Le génie détruisant les paysages tels que nous ne les connaîtrons plus.
Un XIXème siècle charbonneux.
Manger le monde.
Soumettre les peuples.
Asservir l’Afrique, couper les membres.

« L’Europe s’entraîne, je vous dis.
À soumettre, sans ciller. »

Les effigies à Leopold II partout dans le monde malgré ses martyrs.

« Ce que nous avons mangé a fait de nous ce que nous sommes
Et pendant des siècles, nous avons mangé le monde. »

Dévorer l’autre.
Le génocide immense de nos guerres d’imbéciles.
Les corps que la terre n’a jamais rendus.

« Des mers traversées,
Pour finir au grand festin de la guerre.
L’Europe a invité le monde entier à son suicide
Et à la fin, elle a tué tous les invités. »

La Pologne que l’on a laissée aux mains de ceux qui voulaient la détruire.
Puis c’est Prague.
Et le mur à l’Est.

Un texte en vers libres profondément humaniste,
Qui ne tait ni les fautes ni les crimes.
Mais appelle au rassemblement,
À nous voir à nouveau,
À ne pas détourner les yeux.
Et à ne jamais oublier pourquoi nous avons ouvert ce grand banquet des nations !


• L’extrait :

«  C’est peut-être lui, le modèle européen : le peuple du tourment qui cherche une réponse à ce harcèlement de l’Histoire et la trouve dans l’humanisme dont il se sert comme d’une boussole dans son errance.  »


• Mon avis :

Un texte absolument magnifique qui revient sur les grands personnages qui ont dessiné l’Europe.
Les monstres, les martyrs, les résistants, ceux qui ont décidé de s’unir plutôt que de guerroyer encore.
Des mots puissants pour un monde dans l’urgence de s’unir.


• L’auteur :

Laurent Gaudé

*Laurent Gaudé est un écrivain français.

Ancien élève de l’École Alsacienne de Paris, il a fait des études de Lettres Modernes à Paris III et d’Études Théâtrales. Il prépare l’agrégation mais ne sent pas d’attirance pour l’enseignement. Son sujet de thèse porte sur le théâtre. Il décide de vivre de sa plume et publie sa première pièce, « Onysos le furieux », en 1997.

Ce premier texte sera monté en 2000 au Théâtre national de Strasbourg dans une mise en scène de Yannis Kokkos. Suivront alors des années consacrées à l’écriture théâtrale, avec notamment « Pluie de cendres » (2001) jouée au Studio de la Comédie Française, « Combat de Possédés » (1999), traduite et joué en Allemagne, puis mise en lecture en anglais au Royal National Theatre de Londres, « Médée Kali » (2003) joué au Théâtre du Rond Point et « Les Sacrifiées » (2004).

Parallèlement à ce travail, Laurent Gaudé se lance dans l’écriture romanesque. En 2001, âgé de vingt neuf ans, il publie son premier roman, « Cris ».

L’année suivante, en 2002, il obtient le Prix Goncourt des Lycéens et le prix des Libraires avec « La mort du roi Tsongor », son deuxième roman.

En 2004, il remporte le prix Goncourt ainsi que le prix du jury Jean-Giono avec son roman « Le Soleil des Scorta » qui sera également un succès de librairie (80 000 exemplaires vendus entre la parution du roman et l’attribution du prix Goncourt).

Paraîtront ensuite « Eldorado » (2006), « La Porte des Enfers » (2008), « Ouragan » (2010), « Pour seul cortège » (2012). En 2015, il publie « Danser les ombres » qui se situe à Haïti lors du tremblement de terre de 2010.

« De sang et de lumière », son premier recueil de poésies, paraît en 2017.

Romancier et dramaturge, Laurent Gaudé est aussi auteur de nouvelles, d’un beau livre avec le photographe Oan Kim, d’un album pour enfants, de scénario.

son site : http://www.laurent-gaude.com/

(*Source : Babelio)


• Références :

  • Nous, L’Europe
  • Auteur : Laurent Gaudé
  • Maison d’édition : Actes Sud
  • Date de publication : 01.05.2019

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