Alto Braco

• Le mood :

Est-on prisonnier du souvenir des terres d’où l’on vient ?
Ce roman sur les terres de l’Aubrac nous tenaille par son sujet passionnant sur la transmission, mais aussi sur un thème plus qu’actuel. Nos éleveurs français.


• L’histoire :

Nos parents et ancêtres nous transmettent-ils une forme de mémoire par les gênes ?
Reproduisons-nous des choses sans même savoir que nous mimons simplement le passé ?

« Ce jour là, une partie de moi allait aussi disparaître, ensevelie sous cette terre noire d’Aubrac que je connaissais si mal mais à qui je donnais, à qui je rendais ma grand-mère. »

Douce vient de mourir.
Brune, sa petite-fille reste auprès d’Annie ; la soeur de sa grand-mère.
Commence alors une longue enquête au coeur du souvenir et de sa propre histoire.

La petite cuisine en formica bleu,
Les odeurs de tarte aux poires,
Ce visage protecteur du haut de la fenêtre.
Les souvenirs affluent comme les vagues dérangent le sable.

« J’ai toujours eu plus de plaisir à manger qu’à faire l’amour. »

Sa mère morte en couche,
Brune a été élevée par celles qu’elle nomme « ses deux grand-mères ».
Douce avait ce visage racé de l’Aubrac.
La beauté des prairies sauvages.
Quand Annie cultivait sa laideur.

« Je n’avais pas connu ma mère, elle n’était qu’une auréole sur un tapis dont j’aurais parfois souhaité qu’il fut enfin passé au shampoing moquette. »

Devenu un juron entre elles ; il y a Lacalm.
Ce village de l’Aubrac d’où elles viennent.
Contre l’avis d’Annie,
C’est pourtant là-bas que Douce est enterrée.

Elles vivent depuis des décennies à Paris, dignes aveyronnaises tenancières d’une brasserie.
Le labeur avant tout !

« On ne voulait pas vivre à Lacalm mais on voulait y mourir. »

Végétarienne et arrière-petite fille de boucher,
Brune a grandi en grande phobique des couteaux.
Les secrets s’étiolent.
Certains témoignages se contredisent.
Toutes les peaux finissent par craqueler.

« J’ai rencontré des vaches plus malignes que ta grand-mère, a-t-elle sifflé. »

Soulever ce tapis du passé.
Ce père parti pour fuir ses responsabilités.
Cette Terre où il ne faudrait pas remettre les pieds.

Ce jour-là,
Douce déambule dans son tombeau,
La multitude de villageois est là.

Brune s’interroge.
Qui est cet homme ? Ce père absent.
Qui sont ces vaches Aubrac devenues Lozères puis croisées pour être vendues à des italiens qui les engraissent au maïs transgénique ?

À demi-mots les hommes parlent des bêtes pour éluder les secrets.
Un plongeon dans l’histoire de ces éleveurs d’Aubrac et des limonadiers de Paris.
Ces travailleurs nés.

Une nature sauvage et parfois ingrate pour qui la travaille.
Une région dont les vents vous malmènent et se retournent contre les hommes.
La perte de Douce vient réveiller un serment inviolable, des secrets inavouables.


• L’extrait :

« (…) je savais bien que dans l’ombre des poutres metalliques, c’était le visage de sa petite soeur qu’elle guettait (…) »


• Mon avis :

Un roman que j’ai dévoré !
Sans doute de par mes origines, le sujet m’a passionné.
La Normandie, mes grand-parents et leurs vaches laitières.

Vanessa Bamberger interroge la mémoire génétique tout en s’attaquant au lourd sujet de l’industrie de la viande.
Intarissable sur ce sujet, elle en révèle les contradictions, les mutations mais aussi le bon.

Et pose ces questions cruciales.
Quel est le pouvoir de la Terre ?
Nous laisse-t-elle cette trace mémorielle et génétique ?
S’affranchit-on des secrets ?
S’appartient-on totalement ou nos parents laissent-ils en nous les traits qui marqueront nos vies, les lignes qui les guideront ?

Tout cela sur fond d’un récit semé de secrets et de non-dits qui étouffent.


• L’auteur :

Vanessa Bamberger

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Crédit photo : Julien Falsimagne

*Vanessa Bamberger est une écrivaine française.

Après des études à Sciences Po Paris, elle a vécu plusieurs années à Londres et à New-York. Elle est aujourd’hui journaliste à Paris. Au cours de l’écriture de « Principe et suspension », son premier roman, elle a rencontré des dirigeants de PME et visité plusieurs sites de production en France.

(*Source : Babelio)


• Références :

  • Alto Braco
  • Auteur : Vanessa Bamberger
  • Maison d’édition : Liana Levi
  • Date de publication : 10.01.2019

Un commentaire sur “Alto Braco

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