À la ligne

• Le mood :

Un livre absolument singulier que j’ai dévoré.
Joseph Ponthus raconte la vie d’usine dans ses feuillets et nous livre le secret qui chaque jour l’a sauvé.
Trenet et la littérature.


• L’histoire :

Ne cherchez pas de point ici.
Trouvez votre souffle, et retrouvez l’auteur un peu plus bas.
À la ligne.

« La servitude est volontaire
Presque heureuse »

N’y être pas rentré pour écrire et pourtant.
De l’agro pour les sous.
Pas pour écrire, évidemment.
La pénibilité cache une beauté impalpable
Quand on ne l’a pas approchée d’assez près.
Que disent ces corps ?
Ces pensées toutes à leur tâche et pourtant loin ailleurs.
Les crevettes et les poissons, sa cathédrale

« Depuis je loucedé sous mon tablier avec ma triple paire de gants qui me coupent de l’humidité du froid et de tout le reste pour décortiquer et manger ce que j’estime être à tout le moins une reconnaissance en nature »

L’esprit endormi par la répétition des gestes
La fatigue de la nuit trop courte

« Et l’usine
Quand tu en sors
Tu ne sais pas si tu rejoins le vrai monde ou si tu le quittes »

L’esprit s’interroge, voyage.
D’où viennent ces machines et qui les fabrique ?

« On ne quitte pas l’usine sans regarder le ciel »

L’auteur dit la subtilité de la renomination des postes, des choses, des handicapés.
Envelopper tout ça dans du papier et hop !

Passer d’ouvrier à petit chef.
Chef de vacanciers handicapés.

« La cheffitude chez les mongolitos
C’est fini. »

Se sentir des leurs.

Le corps qui trinque des horaires de nuit.
L’organisme en souffrance.

« Au distributeur de canettes je me prends un Perrier à la fin de ma nuit
Champagne »

Trenet et contrepèteries aident à tenir l’égouttage du tofu.

« Je me dis qu’il faut avoir une sacrée foi dans la paie qui finira bien par tomber dans l’amour de l’absurde ou dans la littérature
Pour continuer »

Barbara, Beckett, Brel, Proust, Marx tous là derrière lui, à l’usine.
Le traversant de mots, de chansons et de pensées.

L’usine comme une guerre contre la machine
Aucune liberté
Si ce n’est la transgression de goûter les pinces de crabes que l’on écrase entre deux portes

« Et je veux croire que ma guerre est jolie
Un demi-étage en dessous de la tuerie
À nettoyer la merde et les mamelles »

Travailler pour payer les croquettes de Pok Pok et continuer à sourire à la femme aimée.

« L’usine est un divan »
Terre de fer de l’esprit.
La joyeuse marmaille des collègues
Qui suçotent leurs bonbons Lutti

Hypokhâgne si loin
Et pourtant Hypokhâgne qui sauve.


• L’extrait :

« « J’écris comme je travaille
À la chaîne
À la ligne »


• Mon avis :

Si l’auteur raconte l’aliénation des corps qui répètent, de l’esprit qui voit, entend des choses parfois insoutenables à lire.
Alors que reste-t-il ?
De la noblesse. Oui c’est ce que Jospeh Ponthus raconte de tous ceux qu’il a croisé.
Celle de se faire beau pour se rendre chaque matin à l’usine,
Celle de rire et sourire malgré les chiffres qui annoncent une sale journée.
Celle d’aider les copains, un coup de main.

Un texte très beau jonché de références littéraires
Qui parfument des passages aux odeurs de crevettes et de bulots.
Qui disent l’essentiel.
Un texte d’une grande humanité,
Qui ne se victimise jamais.
Qui colère parfois,
Mais voit le beau à chaque pas.

Mille mercis à Jérémy Guyot de m’avoir fait découvrir ces magnifiques feuillets d’usine.


• L’auteure :

Joseph Ponthus

Ponthus
©Philippe Matsas Opale

*Joseph Ponthus-Le Gurun est un écrivain français.

Après des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, il a exercé plus de dix ans comme éducateur spécialisé en banlieue parisienne où il a notamment dirigé et publié « Nous… La Cité » (Éditions Zones, 2012).

Il chroniquait également, jusqu’en 2015, le quotidien de sa vie « d’éducateur de rue » dans le journal libertaire Article 11.

Ancien ouvrier dans le secteur alimentaire, Joseph Ponthus a écrit son premier roman, un livre sans ponctuation qui se lit comme un long poème témoignant du quotidien à l’usine, de la pénibilité du travail et des divagations induites, intitulé « À la ligne » (2019).

Joseph Ponthus-Le Gurun remporte le Grand Prix RTL-Lire 2019 pour « À la ligne » (Éditions La Table Ronde).

Il vit et travaille en Bretagne.

(*Source : Babelio)


• Références :

  • À la ligne
  • Auteur : Joseph Ponthus
  • Maison d’édition : Éditions De la Table Ronde
  • Date de publication : 03.01.2019

Un commentaire sur “À la ligne

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