L’Albatros

• Le mood :

De la poésie en colère qui s’élève dans un monde qui a trop l’habitude de regarder à terre.
De l’amour qui fulgure, de l’art qui transcende, des mots qui nous livrent une danse qui ranime les feux, envoûtée par le chant.


• L’histoire :

Lire ce texte qui était encore secret.
Presque sacré.
Lui l’oiseau.
Le sorcier de la poésie des mots.

« Je savais déjà. On sait toujours quand ça arrive. »

Parfois on bloque.
Et pourtant on a cette folie d’avancer qui nous colle au corps.
On ne sait pas encore mais on sent.

Foudroyé par E. en un instant.
Cette histoire qui traverse sa vie comme on traverse la route
En se faisant percuter.
L’instant d’avant le silence encombrait les minutes.
Charlotte Rampling tapissait le temps.
Tomber en amour.
Tomber.

« Elle était belle comme un coup de folie. Elle ressemble aux chaînes que j’ai brisées. »

Parfois la défaite offre des choses inattendues.
La liberté.
L’audace et Patti Smith le jour de l’annif de Rimbaud !

« J’étais le gros cliché du mec qui croit qu’il a compris ce qui échappe au reste du monde. Et puis on est tombés comme tous ceux qui courent trop vite. 

Cette réalité de la fragilité.
De la mortalité.

« C’est léger de se dire qu’on mourra tranquille. On peut vivre l’intervalle. 

L’évidence du sang avec les artistes.
Baudelaire, Rimbaud, Patti.
Être eux, parce que l’on a mal.
Parce que l’on est un inadapté de la vie en pleine adolescence.
Parce que l’on a en soi la subversion rimbaldienne.
Parce qu’on ne sait pas être dans le rang. Comme Patti.

Je lis tes mots et te vois.
Toi ado, tout à ton Baudelaire.
Tout à ce noir du jeune âge sombre.

Et cette rencontre autour de Just Kids.
Une Patti Smith rien qu’à vous.
Gravée en votre histoire.

« J’étais disponible pour l’existence »

Puis ce concert.
Elle et toi.
Emprunter ces chemins différents.
Qu’on te place là où tu les emmerdes tous !
Je souris à tes manies au cinéma.
Ton amour d’y être seul.

« Il ne faut pas s’agripper comme des noyés aux secondes qui sombrent. »

Ce rapport au temps que tu dissèques.
Que devient-on ?

Je retrouve du Battistella dans ton village.
L’immuable.
Les âmes des craquelures des portes.
Ce temps révolu que tu embrassais de tes histoires.
L’inconscience du monde qui tourne.

Je marche sur la pointe des pieds.
Le museau dans l’embrasure de ta porte.
Je ne sais pas bien si j’ai le droit d’être là.

Tu as pleuré sur un robot.
Embrassant l’injustice du monde.
La solitude de l’enfance que l’on sépare des autres.

Je vois tes amis remplir ta vie.
Ces personnages, ces incarnations qui t’accompagnent.
Patti, Jim, Charles, …
Je lis et m’empiffre de ce manuscrit interdit.
Je goûte mon privilège avec la fierté d’un paon.

« On rejoue le pêché originel et on emmerde le paradis perdu. On vit. Parce qu’on est des accidents. Des malentendus. »

Cette différence marquée jusque dans les souvenirs d’un frère pourtant jumeau.
Toutes ces choses endeuillées à peine espérées.

Puis c’est ta mère.
Ta « promesse de l’aube » comme tu l’appelles.
Puis ce feu quand tu parles de Patti.
La chaman qui ranime les morts et leur pierres tombales.

Son regard sur chaque chose.
Le funèbre d’une photo.
Le vol d’un présent déjà mort.

« Bientôt on devinera derrière les regards la même lumière froide que dans ceux des robots sous tension. »

Et si l’amour vous délivrait de ce corps limité ?
S’il perçait au jour ce que vous n’êtes pas.
Vous apprenant ainsi à aimer ce que vous êtes.

« J’aimerais un jour avoir le courage de mes colères. »

Ce même amour
Qui vous vous jette votre infirmité au visage.
Le sol qui se dérobe.
Celui qu’on pensait être ; qui s’efface.

« J’étais décevant comme un lendemain d’ivresse. »

En vouloir à l’autre de nous confronter à l’insurmontable.
La colère. Ne connaître qu’elle.
La première expérience de vie.
Amputé. Anomalie. Erreur. Accident.
Ces mots me frappent.
Comment penser autrement quand les regards vous crient la différence de votre existence.

« On ne ressent la violence que quand on conteste l’autorité, ceux qui croient savoir, ceux avec qui on ne discute jamais. »

Il n’a jamais voulu être un intellectuel malgré sa maîtrise.
Jamais voulu plaire. Pas même à son directeur de thèse.
Jamais voulu emprunter ce ton sans exaltation ni sentiment.
Jamais rester là assis sur un banc.
Nicolas est un poète.
La norme tue les poètes.
Alors il y a Patti. Sa voix. Son chant.

« Tout en moi, d’aussi loin que je me souvienne, ressemble à ce pays des oiseaux. »

Apprendre à aimer ce corps qui accentue la vérité.
Qui la déforme, en en faisant une mélodie étrange et pleine de grâce.
Le deuil au corps, la mort si près qu’elle l’assaille mais le rend plus vivant encore.
Prendre conscience de sa finitude.
De la fragilité du monde. De nos existences.

Quand les mots volent la vie.
Vouloir aimer sans écrire.

« La vie appartient à ceux qui s’aiment. Pas à ceux qui se l’écrivent. »


• L’extrait :

« Ce n’est pas vrai qu’on s’habitue à son infirmité. On s’entraîne davantage à ne rien en voir. »


• Mon avis :

Un livre sublime et terriblement poétique qui nous parle de ce pouvoir transcendantal des arts sur nos vies.

D’un chant sauvage qui épouse les réalités de sa propre vie.
Ces incantations sacrées qui disent ce que l’on est, ce que l’on ne sera pas mais que l’on continue à rêver.

L’auteur nous livre son histoire entrecoupée des chansons du concert de Patti Smith.
Une rythmique unique.
Les souvenirs jaillissent.
Une communion entre la musique et soi.
Une danse impure et délicieuse avec l’amour, avec la vie.


• L’auteur :

Nicolas Houguet

nicolas_houguet.jpg

*Nicolas Houguet est chroniqueur littéraire.
Son blog, « L’Albatros », très suivi, lui vaut de nombreuses invitations dans les médias. Il vit en région parisienne. Il a organisé sa vie pour que son handicap ne soit pas une barrière à son parcours, notamment pour les invitations en librairie et dans les salons.

(*Source : Stock )


• Références :

  • L’albatros
  • Auteurs : Nicolas Houguet
  • Maison d’édition : Éditions Stock
  • Date de publication : 13.03.2019

Un commentaire sur “L’Albatros

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