Le berceau

• Le mood :

Un roman qui se dévore comme on pourrait regarder dix fois un film que l’on a aimé.
Une intrigue qui nous tient au corps. Une langue magistrale et maîtrisée dans la différence de ses personnages. À LIRE ABSOLUMENT !


• L’histoire :

J’ai lu cette histoire en me disant à chaque page
« il faut absolument que ce livre soir adapté au cinéma. »
J’avais même envie de dire « la photographie du livre est sublime ».
La langue, la profondeur des personnages, l’humour bravant l’insondable.

Joseph façonne un berceau pour cette enfant tant attendue.
Il couche ses mains rocailleuses sur le bois qu’il modèle.
Lui, le veuf.
L’agriculteur laitier qui ne sait plus raconter la naissance de son fils.
Emmanuel.
Les souvenirs perdus dans une absence à peine contenue.
Ah ça oui, raconter les mises bat de ses vaches ça il pourrait cet homme du grand air !
Ce normand accroché à sa terre, vraie tête de mule.

« Comme son garçon, le père Lecerf était habitué à écraser le mégot de sa tendresse sous ses chaussures et ils se comprenaient parfaitement ainsi tous les deux. »

Mais l’ordinaire ne vous protège pas des drames qui vous mettent à terre.
L’avion de son fils et son fiancé, Béranger, a disparu des radars.
Ils partaient au Canada passer les derniers mois auprès de leur mère porteuse.

Joseph est incapable de réaction.
Les mots sont comme des chats dans la gorge.
Kiki et Jean-Guy, les beaux-parents aristo-catho débarquent à Roissy.
C’est qu’ils ne vont pas se laisser faire ! Ils vont la payer la mort de leurs fils !
Tribunaux, avocats, cour Suprême s’il le faut !
Mais les cris ne réveillent pas les morts.

« Le marbre qui recouvre le sol donne l’impression de glisser sur des tombes. »

Pourtant le Bichon, il le connaît le chemin de la mort !
Lui qui habite face au cimetière du village.
Mais pour son fils, le cimetière est une immensité océanique.

« Une organisation souterraine, invisible de prime abord, régit les rapports humains, coordonne le deuil, oblige à inventer du sens. »

Et la petite alors ?
Cette vie liée à son fils qui subsiste quelque part à l’autre bout du monde.
Il ne connaît rien de sa porteuse. Ni nom. Ni adresse.

Mais il désire cette enfant plus que tout.
Commence alors la quête d’une vie.
À la rencontre d’une étrangère, farouche, coriace, qui parle comme on meugle !

Fanny Chesnel offre une photographie d’un monde rural en mutation.

« Le rapport avec l’animal n’est plus le même. On est moins présent, plus performant. Gérer son cheptel depuis le canapé, il comprend que la perspective fasse rêver. Il n’a jamais aimé l’idée d’être un vieux con, c’est probablement la raison pour laquelle il s’est endetté comme les autres. »

Des technologies qui nous entravent jusque dans la mort.
De ces mots de passe secrets à la con.
Joseph me fait rire dans ses vociférations,
Lui qui reste là, le menton digne.

« Il arrache le moindre bruit, le moindre prétexte, le moindre sursaut de vie, épilant le silence jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. »

L’auteure se joue des langues, des styles.
L’agriculteur, les cathos-chics, les canadiens…
Avec Fanny Chesnel, les personnages sont entiers.
Par un geste. Une manie. Une maladresse.
On les connaît.

« La tendresse enfantine n’est pas légère, ce n’est pas vrai. Comme chez les bêtes, elle change les secondes en déclaration, restaure l’essentiel d’un geste anodin. »

À la poursuite d’une môme fumante, insouciante et en cloque de 8 mois.
Joseph entame la course de sa vie.
Le coeur en timbale.
Se sentir enfin père quand il ne l’est plus.
S’éveiller à la vie et sa liberté après avoir passé sa vie tenaillé.


• L’extrait :

« Il embrasse son peton glacé, puis caresse le silence en observant la vague jaune lécher les bûches devant eux. »


• Mon avis :

Un vrai coup de coeur !
L’auteure explore la mort et ses contradictions.
Le vide immense et la vie qui tressaute.
C’est l’histoire d’un homme, qui, au travers de la mort de son fils devient enfin père.
Redevient enfin l’homme qui s’était perdu. Son désir.
C’est le sourire indécent d’une photo quand la vie s’est enlisée au fin fond d’un océan.
Le fuck au drame tant qu’il y a encore un espoir qui tenaille ses entrailles.
Ce sont ces familles modernes qui se fichent bien des modèles.
C’est vivre, tout simplement.


• L’auteur :

Fanny Chesnel

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© Roberto Frankenberg pour Flammarion

*Titulaire d’un DEA en lettres, Fanny Chesnel a gagné deux années consécutives le concours de la nouvelle universitaire de France.

Après avoir été responsable du développement de Calt Productions (2005-2008) puis de Legende Films (2008-2009), Fanny Chesnel se consacre à l’écriture.

Elle publie en janvier 2011 son premier roman, « Une jeune fille aux cheveux blancs », salué par la critique et lauréat du prix Confidentiel 2011.

Il a été porté à l’écran en 2013 par la réalisatrice Marion Vernoux sous le titre « Les beaux jours », qu’elle a co-scénarisé. Fanny Ardant joue le rôle principale.

Depuis 2013, elle travaille comme scénariste ou consultante sur différents projets de long métrage.

Elle a co-scénarisé « Le Baiser » (2013) de Marion Vernoux, puis « L’Ex de ma vie » (ou « Divorce à la française ») (2014), de Dorothée Sebbagh, avec Géraldine Nakache et Kim Rossi Stuart.

Fanny Chesnel a publié son deuxième roman, « Le berceau », chez Flammarion début 2019.

(*Source : Babelio )


• Références :

  • Le berceau
  • Auteurs : Fanny Chesnel
  • Maison d’édition : Éditions Flammarion
  • Date de publication : 06.02.2019

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