Sous le soleil de mes cheveux blonds

• Le mood :

C’est l’histoire des grands disparus de nos vies.
C’est l’histoire d’une amitié, des folles années de la jeunesse, des amours, puis de l’âge adulte qui compte ses absents.
Un fil narratif autour de la maternité et du rêve qui nous révèlent le coeur de l’intrigue.
Pourquoi Brigitte a-t-elle disparu ?


• L’histoire :

Il y a tant à dire d’un livre qui commence par une référence de France Gall et Christian Bobin.

Qui tisse au fil des pages l’histoire d’une jeune femme brûlante d’amour et délaissée, ignorée d’un homme comme l’est BB dans Le Mépris de Godard.
(L’un de mes plus grands films…).
Qui installe son histoire en semant des indices dignes d’une BO de film.
Un récit construit autour de ce que nos premiers amours, nos premières et plus grandes amitiés déterminent de nous.Un roman funambule. J’ai cette image.
Parce que chaque mot sous-pèse le vide immense de la disparition d’un être dans nos vies.

« Les gens disparaissent parfois de nos vies sans mourir, sans guerre et sans cris. »

Parce que disparaître sans un mot, sans raison est parfois pire que d’affronter l’absence définitive d’un mort.

« Je dois faire le deuil de toi vivante. L’absence est pire que la mort (…) »

Parce que la corde sur laquelle l’écrivaine avance est celle de la maternité.
Cette corde de nos vies, qui tremble parfois.
Trébuche et décide pourtant de prendre tous les risques.

C’est l’histoire de Brune.

Un livre à la double temporalité.
L’adolescence de Brune et son amie Brigitte.
BB.
Toutes deux fusionnelles.
Et leur vie d’adultes des années plus tard. L’une sans l’autre.

Deux physiques contraires, jeunes lycéennes elles se reconnaissent pourtant.
Elles vivront tout ensemble.
Ardemment.

Chacune nourrit une rébellion qui s’attire.
Une faim inassouvie qui se termine dans les toilettes.
Seule manière de terrasser le manque d’amour.

« Tu es la plus belle robe de soirée, mon champagne le plus euphorisant, mon plus long sms. Mon plus bel amour inachevé. »

Elles se meuvent ensemble dans les rues.
Hilares et hermétiques au reste du monde.

Pourtant les trahisons glissent sur le sol de leur amitié.
Telles des serpents.
Brune pardonne, mais n’oublie jamais, tel un animal blessé.
Elle rencontre un jour Valéry, jeune homme de bonne famille.
Catho coincé.
Un trio se forme sur les bancs de médecine.

Ils n’ont que 20 ans et se marient un bébé plus tard.
Pourtant Brune n’a jamais été si seule.

« La déception chez une femme ne s’efface jamais. Elle se superpose seulement à d’autres. L’amour d’une femme se mesure à la quantité de déceptions que son ventre peut supporter. Une fois qu’elle a pénétré l’âme, le mépris qui l’accompagne ne peut s’en déloger. »

Puis c’est la prépa.
Le cercle d’amis s’agrandit sans briser l’équilibre.
Le corps qui parle pour sortir de cette salle.
C’était écrire que Brune désirait, mais l’esprit lui refusait.

Le morne et plat de sa vie laisse place aux rires et à l’exultation.
La naissance d’une féminité qui crevait le moindre désir.
Accueillie par la lune et bercée par la nuit, deux regards qui se tiennent des deux côtés d’un cratère prêt à les engloutir tous les deux.

Brûler pour écrire.
Choisir le feu plutôt que le lit de la rivière calme et monocorde.

« On dit que les rêves des femmes peuvent changer le monde.
Que leur puissance hypnotique s’apparente à de la voyance.
Qu’ils ressuscitent les âmes et les disparus. »

C’est dans le ventre que cette histoire prend place…
C’est dans les eaux sombres et amniotiques que tout explose 10 ans plus tard.
Les rêves de Brune enceinte appellent enfin la vérité.
Mais pourquoi ?
Comment peut-on disparaître en laissant une absence plus grande encore que la mort ?

Une histoire d’amour et d’amitié d’une violence telle qu’elle grave dans la pierre que le romantisme n’est pas mort.
Que la folie dans l’amour existe encore.
Que deux âmes jumelles se rejoignent où qu’elles soient dans le monde.
Damnées ou condamnées.
Montaigu ou Capulet.


• L’extrait :

« De tout ce que nous reprochons aux hommes, nous pardonnons plus facilement leurs actes que leur absence d’acte. »


• Mon avis :

Comme le disait Sylvia Rozelier il y a peu dans une de ses publications, il n’y a pas plus grande nudité qu’un écrivain qui écrit.

Ce livre je l’attendais immensément, je l’ai lu comme quelque chose de très intime parce que je découvrais pour la première fois la plume d’Agathe, celle de l’écrivaine.
Si je loue son courage d’avoir osé être qui elle est, auteure, je savoure d’autant plus sa plume. Sans enjambe, entière, sincère et vraie, qui vous prend avec elle.
D’une sensualité terrible, d’une colère qu’elle explore au travers de son personnage Brune, d’une liberté qu’elle se permet autant qu’elle nous l’offre.

C’est un livre à la construction ambitieuse.
Aux retours en arrière qui vous tiennent en haleine,
Aux rêves qui nous révèlent les plus subtiles mensonges.
Je ne vous surprendrai pas bien sûr si je vous dis que je n’ai qu’une hâte, déjà, c’est de lire son prochain second roman.


• L’auteur :

Agathe Ruga

agathe_ruga.jpg

Agathe Ruga est écrivain et chroniqueuse littéraire sous le nom d’Agathe.the.book.
Elle a fondé le Grand Prix littéraire des blogueurs ainsi que la distinction L’Été en poche. Elle vit en Bourgogne. Avec Sous le soleil de mes cheveux
blonds, elle signe un premier roman ultra-contemporain, percutant et sensible.

(*Source : Éditions Stock )


• Références :

  • Sous le soleil de mes cheveux blonds
  • Auteurs : Agathe Ruga
  • Maison d’édition : Arpège – Éditions Stock
  • Date de publication : 27/02/2019

 

3 commentaires sur “Sous le soleil de mes cheveux blonds

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