La fêlure

• Le mood :

Un recueil de quinze récits autobiographiques de F. Scott Fitzgerald qui retracent la chronologie de sa vie.
Qui nous révèle la solitude de l’écrivain, ses doutes et ses ratés.
Son malaise d’écriture.
Sa fascination pour un milieu de riches duquel il restera sa vie entière le pur étranger.
Une ironie incroyable, un oeil terriblement aiguisé au grand Âge du Jazz…


• L’histoire :

Un recueil qui rassemble quinze récits écrits par Fitzgerald, assemblés de telle sorte à nous rendre le mieux possible la chronologie de ce que fut la vie de l’écrivain.
Adulé, aveuglé par le succès.
Puis délaissé dans l’ombre de sa plume.

Quarante quatre courtes années.
Lorsque Zelda dansait le charleston sur les tables et Scott plongeait dans les fontaines…
Un succès bien court soufflé par la crise de 29.
Fitzgerald retombe dans l’oubli et l’alcool.
Oscillant entre des écrits qu’il jugea plutôt mauvais et parfois fulgurants.

Il meurt seul.
Celui qui voulait alors mourir à 30 ans.

Ces nouvelles mettent en lumière sa vie.
Il ne savait écrire sur ce qu’il ne connaissait pas.
Celui qui avait fait de sa vie une imposture au milieu des riches nous raconte un univers fascinant et qu’il disait inaccessible pour celui qui n’était pas né ainsi.

Un monde duquel il s’est toujours senti étranger.
Déjà impopulaire au collège, cela n’a jamais changé.
Il écrit les destins ratés.
Les illusions qui se perdent.
Les notes d’hôtels puis les dettes.
Les dorures qui disparaissent et s’enlaidissent.

Prophète de malheur.
Il endigue les regrets de sa vie dans la littérature.
Ses regrets de n’avoir jamais fait partie de l’équipe de football de Princeton.
D’avoir été ce pauvre au milieu de l’élite.

Un exilé des sociétés humaines.
La femme comme nouvel interdit à gravir.
Le monde des riches à conquérir.

« Je n’étais pas pauvre — personne n’allait me faire croire ça. Être pauvre, c’était se sentir déprimé et habiter une petite chambre au diable, prendre ses repas au grill du coin, alors que moi… enfin je ne pouvais pas être pauvre, impossible ! Je logeais dans le meilleur hôtel de New-York !»

Dans ses nouvelles, le lecteur évolue dans les milieux de la middle-class et de la haute bourgeoisie.
L’argent et les castes au coeur des récits.
Comment vivre avec 36 000 dollars par an ?
Comment vivre avec trois fois rien ?

Scott ironise.
Mais garde l’oeil et critique ces écrivains américains qui ne s’attachent qu’au matériau littéraire.
Ce qu’il faut écrire, ce qui sera bien vu plus que ce qui les habite vraiment.

« Ces sept dernières années ont constitué une ruée comparable vers l’or littéraire et, en dépit de nos protestations de sincérité et de sophistication, cette matière première se retrouve sur le marché toute aussi crue et mal digérée qu’auparavant. »

Il conspue ceux qui partent en voyage dans l’idée de ramener des récits de loin édulcorés de romanesque.

« Dans l’histoire de la culture, aucune notion purement esthétique n’a jamais pu servir d’arme offensive. »

Admirant Hemingway et son talent.
Le citant plusieurs fois ; le nouveau souffle au milieu des romans de gare.

Puis le jazz. Cette décennie qui se refusait à mourir.
Une critique acerbe de l’Amérique qui avant 1919 avait oublié jusqu’à sa constitution des Droits ressortis par Mencken.

« Il est trop tôt pour écrire sur l’âge du jazz avec la perspective nécessaire et sans se voir suspecter d’artériosclérose précoce. »

Il raconte aussi la montée de la violence en Amérique.
La folie qui s’empara vite de ses amis. Suicide, meurtres…

Scott est un grand nostalgique.
Il fait preuve d’une conviction de vie et d’écriture qui est que rien ne demeure jamais et qu’il nous faut alors profiter.

« (…) et tout cela paraît tout rose et romantique à ceux d’entre nous qui étions jeunes en ce temps-là, car jamais plus nous n’éprouverons des sentiments d’une intensité comparable à l’égard du monde qui nous entoure. »

Il se confit aussi sur son malaise d’écriture. Ses faux départs. Ses avortements.
Son incapacité à écrire sur autre chose que ce qu’il aurait vécu ou ressenti de près.
Puis la perte de sommeil.
La nuit et ses regrets.
Ce qu’il n’a pu être, ce qu’il n’a pas fait, celle qu’il a fait souffrir, ses manquements.
Une fêlure qui intervient bien des années plus tard. À retardement.
Le passé venant frapper de plein fouet le présent.


• L’extrait :

« Si l’insomnie doit jamais faire partie de votre lot, c’est vers la fin de la trentaine qu’elle fait son apparition. »



• Mon avis :

Je découvre F. Scott Fitzgerald au travers de La Fêlure, et j’en suis ravie.
Je pense que ce recueil en dit l’essence, de ses maux, ses fêlures.
J’ai trouvé ses textes Grands dans leur imperfection.
Dans cette syntaxe qui parfois se cogne et ces fulgurances qui nous cueillent de leur cruelle vérité.
J’aime cette idée d’imparfait.
Ce doute qu’il n’aura cessé d’écrire dans la seule conviction de vie qu’il lui fallait écrire.
J’aime sa folie, sa fascination pour ce milieu qui l’attire autant qu’il le rejette.
Et j’ai hâte de continuer à le découvrir…
À noter également cette sublime préface de La Fêlure par Roger Grenier.


• L’auteur :

F. Scott Fitzgerald

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F. Scott Fitzgerald, de son nom complet Francis Scott Key Fitzgerald est un écrivain américain.

Il entre dans la célèbre université de Princeton en 1913. Frustré de n’être ni athlétique, ni brillant, ni riche, il consacre son énergie à l’écriture de comédies musicales. Fitzgerald qui se rêve homme d’action vit avec déception de ne pouvoir rejoindre la guerre qui s’achève. Sa rencontre avec la belle et excentrique Zelda Sayre va faire basculer sa vie.

Grâce à ses efforts, il parvient finalement à vivre de sa plume et en 1920, c’est l’immense succès de « L’Envers du Paradis ». Avec Zelda, il va incarner l’époque « Jazz Age » (il écrit les nouvelles « Les Enfants du jazz » où figure « L’Étrange Histoire de Benjamin Button »). Ils s’installent à Paris comme leur ami Ernest Hemingway. Ces années sont des années de beuveries, de chaos, d’argent facile.

Fitzgerald écrit « Les Heureux et les Damnés » où il exprime ses angoisses. Avec sa femme, il s’installe ensuite au Cap d’Antibes et ils ont une fille, mais déjà, l’état de santé mentale de Zelda se détériore. C’est en France que Fitzgerald achève « Gatsby le magnifique » dont les adaptations cinématographiques vont lui permettre de mener encore une vie facile.

Lors de la Dépression de 1929, le couple se trouve sur la Côte d’Azur. Fitzgerald boit de plus en plus et Zelda finit par être internée en Suisse. Cette dernière écrit un roman « Accordez-moi cette valse ». De retour aux États-Unis, Fitzgerald écrit « Tendre est la nuit » qui ne trouve pas son public malgré sa qualité.

Ne vendant pas assez de livres, Fitzgerald se lance dans la lucrative mais détestée activité de scénariste pour Hollywood. En 1939, il commence « Le Dernier Nabab » mais boit plus que jamais. Il meurt d’un arrêt cardiaque laissant son roman inachevé.

Fitzgerald est un pilier de la littérature américaine à l’égal d’Hemingway dont il fut l’ami et en qui il voyait un modèle. Son œuvre est profondément marquée par sa liaison passionnée avec Zelda (de l’amour idéalisé de « Gatsby » à la déchéance du couple dans « Tendre est la nuit »).

*Source : Babelio


• Références :

  • La fêlure
  • Auteurs : F. Scott Fitzgerald
  • Maison d’édition : Folio
  • Maison d’édition originale : Gallimard
  • Date de publication : 17.07.1981

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