Prendre refuge

• Le mood :

Un roman graphique aussi beau que poétique.
Lourd de sens, de messages à l’heure où une partie du monde gronde sans qu’on ose un regard.
Un texte libre sur l’amour hors du temps, des frontières et des guerres.
Un roman plein d’espoir et d’étoiles.


• L’histoire :

Deux époques différentes.
La nôtre avec un architecte berlinois, Karsten, qui tombe amoureux d’une syrienne sans papier, Neyla.
La langue se mêle aux premiers mots.
Quand les astres tombent.
Que le ciel est gris comme la neige.
Que plus rien n’existe à Alep.
Même en regardant le ciel.
Un berlinois tombe amoureux d’une astronome syrienne.

Puis les années 40, alors qu’Hitler envahit la Pologne…
Sous le chasseur d’Orion et tout près d’un scorpion, deux femmes tombent amoureuses en plein milieu du désert de l’Afghanistan.
À l’insu de leurs deux maris.
Observant les constellations sous le ciel étoilé.
Près des grandes statues bouddhistes et des vestiges archéologiques aujourd’hui totalement détruits.

« J’ai peur de ce nouveau pays…et de cette ville où mes yeux ne peuvent attraper les yeux des autres. »

Les ciels se rejoignent entre ces deux histoires.
Les dessins et le fil narratif est d’une extrême poésie.
Une grande douceur.
Je me suis surprise à prendre ce même plaisir que lorsque j’étais enfant.
Me gardant cette lecture et sa magie pour le soir.
Plusieurs fois Aurore du blog C’était pour lire m’avait encouragée à sortir de ma « zone de confort ».
On a souvent peur de ce que l’on ne connaît pas.
C’est aussi une partie de cette histoire.
Et lorsque l’on dépose la peur.
Que l’on décide de la terrasser. Alors il reste l’amour.
Il ne reste que ça.
C’était peut-être d’ailleurs les premiers mots du monde.
L’amour.


• L’extrait :

« Le temps que l’orage passe, on y prendrait bien refuge. »


• Mon avis :

C’était mon tout premier roman graphique (du coup je crâne un peu sur la photo).
Et je vous assure que ça ne sera pas le dernier.
J’ai été très émue par la poésie des dessins, par ce que l’image peut dire sans les mots qu’elle contient.
Les deux auteurs se sont librement inspirés de l’histoire de deux écrivaines Anne-Marie Schwarzenbach et Ella Maillart qui se sont arrêtées auprès de deux archéologues en Afghanistan en 1939 avant la Déclaration de Guerre.

J’ai trouvé la construction très intéressante avec cette mise en abîme narrative du personnage principal Karsten qui découvre l’histoire de ces deux femmes en Afghanistan dans le livre Prendre refuge.

Ce roman graphique tient une résonance immense pour moi.
Pour ces milliers de personnes, exilées, qui traversent la mer chaque jour et meurent dans l’espoir d’atteindre nos Terres.
Pour ces milliers de regards que nous détournons pour ne pas voir.
Pour tous ces vestiges qui disparaissent chaque jour sous les bombes et qui ne seront jamais plus.
Pour cet Amour pourtant, qui même sous les bombes, ne périra jamais.
Parce qu’Il est le plus ancien des langages.
Parce qu’Il est notre Terre. Notre mère à tous.


• Les auteurs :

Zeina Abirached
Zeina Abirached est une dessinatrice de bande dessinée et illustratrice.

Elle a passé son enfance dans une maison située sur « la ligne verte », zone de démarcation qui coupait en deux la ville de Beyrouth pendant de la guerre civile. Sa mère lui invente chaque jour une histoire pour lui cacher la réalité de la guerre qui se déroule à quelques mètres de leur rue. Dans « Je me souviens : Beyrouth » elle raconte une partie de son passé.

Elle suit des études de graphisme à l’Académie libanaise des Beaux-arts (ALBA) d’où elle sort diplômée en 1999. En 2004, elle intègre à Paris, l’École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD), elle enchaîne aussi les petits boulots dans le graphisme.

En 2006, elle sort ses deux premiers albums, « (Beyrouth) Catharsis » et « 38, rue Youssef Semaani », et participe au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Son petit film d’animation, « Mouton », produit dans le cadre de ses études aux Arts-Déco, a été sélectionné au cinquième festival international de l’animation de Téhéran.

En 2007, son livre « Mourir, partir, revenir – Le jeu des hirondelles » est sélectionné au festival d’Angoulême. Ce livre sera traduit en douze langues. Suivent « Je me souviens Beyrouth » (2008), « Mouton » (2012), et « Agatha de Beyrouth » (2012), une collaboration avec le poète OuLiPien Jacque Jouet.

En 2015, elle publie « Le piano oriental » qui obtient le Prix Phénix de littérature 2015 et qui fait partie de la Sélection officielle du Festival d’Angoulême 2016. « Prendre refuge », sur un scénario de Mathias Enard, est paru en 2018.

Zeina Abirached a illustré également plusieurs romans. Elle dessine aussi des couvertures de livres, fait des pochettes de disques et réalise des affiches pour des festivals.

Mathias Enard
Mathias Énard est un écrivain et traducteur français.

Après une formation à l’École du Louvre, il suit des études d’arabe et de persan à l’INALCO. Après de longs séjours au Moyen-Orient, il s’installe en 2000 à Barcelone. Il y anime plusieurs revues culturelles.

Il participe aussi au comité de rédaction de la revue « Inculte » à Paris et, en 2010, il enseigne l’arabe à l’Université autonome de Barcelone.

« La perfection du tir », son premier ouvrage, paraît en 2003. Il est récompensé l’année suivante par le Prix des cinq continents de la francophonie, et Prix Edmée-de-La-Rochefoucauld. Il est aussi sélectionné au Festival du premier roman 2004.
En 2008, Actes Sud publie son roman « Zone », caractérisé par une seule phrase à la première personne, de cinq cents pages. Il est récompensé par plusieurs prix, dont le Prix Décembre 2008, le Prix Candide et le Prix du Livre Inter 2009.

Il publie en 2010 aux éditions Actes Sud un petit conte, « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants », sur un épisode probablement fictif de la vie de Michel-Ange. L’ouvrage est couronné par le prix Goncourt des lycéens 2010.

En 2012, il publie « Rue des voleurs » chez Actes Sud, récit de voyage d’un jeune Marocain errant en Espagne lors des printemps arabes et du mouvement des indignés. Lors du Salon du Livre francophone de Beyrouth (26 octobre – 4 novembre 2012), il reçoit le premier prix Liste Goncourt : Le choix de l’Orient décerné par un jury composé d’étudiants d’universités du Liban et d’autres pays du Proche-Orient.
En 2012, Marion Laine adapte au cinéma « Remonter l’Orénoque » (2005) sous le titre « À cœur ouvert », avec Juliette Binoche et Édgar Ramírez.

En 2015, il se voit décerner le prix Goncourt pour son roman « Boussole » qui traite de la vision de l’Orient par l’Occident. Il obtient également le Prix des libraires de Nancy et des journalistes du Point 2015.

Il est le scénariste de « Prendre refuge » (2018) dessiné par Zeina Abirached.

Féru d’art contemporain, Mathias Énard a par ailleurs créé en 2011 les éditions d’estampes « Scrawitch », et sa galerie homonyme à Paris. 

*Source : Babelio


• Références :

  • Prendre refuge
  • Auteurs : Zeina Abirached et Mathias Enard
  • Maison d’édition : Casterman
  • Date de publication : 05.09.2018

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