Au grand lavoir

• Le mood :

Une merveille. Un immense coup dans mon coeur.
Du tragique et des fleurs.
Un livre sur la longue et difficile quête du pardon.
Un récit qui s’inscrit au coeur d’une sous-préfecture. Ces lieux parfois oubliés, ces villes parfois désertées que l’auteure aime tant.


• L’histoire :

Quand Sophie Daull fait du banal des bouquets merveilleux.
Je suis éblouie par la beauté du récit.
Par la poésie qu’elle cueille dans les petits riens.
Par toute la délicatesse des ambiguïtés du sentiment humain qu’elle sème en nous.
Je me suis sentie moi-même perdue dans mes propres sentiments.
Dans mes propres convictions sur ce grand thème du Pardon.

Nous sommes à Nogent-le-Rotrou.
Un ancien détenu travaille paisiblement comme jardinier municipal.
Il est végétarien. Parle a Jeannette de la boutique bio chaque matin.
Un soir, il est devant sa télé.
Quand soudain, il tombe sur une romancière qui participe à une émission littéraire pour la sortie de son premier livre.
Elle n’est autre que la fille de celle qu’il a massacrée 30 ans plus tôt.
Elle vient dans cinq jours dédicacer son livre dans la librairie de la ville.

Tout vacille. Plus de tranquillité.
Que trouvera-t-il dans ce livre ?

« Alors je suis resté avec ma boule à l’estomac qui pesait plus lourd que toute la boue du rond-point collée sous mes semelles. »

Un compte à rebours. L’étau qui se resserre.
Et si le remord et la faute venaient enfin de le frapper de la nécessité du pardon ?

« J’avais glissé le bouquin sans emballage dans mon blouson. Dans la poche de poitrine ça cognait fort ; je me demandais qui tirait sur qui. Mon coeur à chaque battement semblait perforer le carton de la couverture (…) »

Puis c’est la fille de la victime qui prend la parole et raconte.
Ce besoin d’exorciser les démons. Ceux qui remontent.

« Alors j’irai au grand lavoir là-bas, où la mémoire se récure contre le granit rugueux, où la langue se rince au torrent qui mousse comme un savon d’encre, où la fiction fait javel. Je regarderai l’eau crasseuse s’écouler dans une grande synovie de mots et je laisserai sécher les éclaboussures au soleil de leur consolation. Grande lessive. »

Le jardinier n’a plus l’esprit aux fleurs.
Malgré Gilbert, son collègue qu’il critique mais qu’il aime.
Pour sa façon de parler aux clématites et de protéger les fleurs du vent.
Ses râleries contre le système.
Les déjeuners chez Francine.
Qu’auront-ils aujourd’hui ? Cimetière ? Stade ou rond-point ?

En lisant son livre, ses digues craquent.
La femme, l’enfant et son amant.
La mort et les âmes le mettent à nu.
Le monstre au regard du monde.
Lui le chouchou de l’administration et des psys.
Le planqué. Le protégé.

L’auteure est là, tout près de nous.
Et commente certaines actions de ses personnages.
Elle observe. Se surprend.
Se moque du pathos de son jardinier qui larmoie sur la mort de son amant.

Le jus sale, putride et marronasse laissera-t-il la place à une eau plus claire ?
Le bien, le mal…il n’y en a plus.
On est au-delà.
Mais certaines tâches sont tenaces.

« L’indigo profond des hématomes. »

L’auteure raconte les derniers vestiges d’avant la mort.
Les derniers mots écrits comme des adieux.
Elle raconte cette vie qui abîme.
Elle raconte les abîmés.
De quoi les charognards journalistes et Média se nourrissent.
Elle raconte ces frontières infimes.
Elle fait apparaître les énigmes humaines.
La réparation des vivants au contact du bois mort d’un vieux tilleul.
Lebienlemal.
Chaque personnage porte sa quête de réparation intime.
Être étrangère à la haine.
Comment lave-t-on les âmes ?
Et quand bien-même, le peut-on ?


• L’Extrait :

« Monsieur Leliêvre, un peu flottant dans son uniforme vert frappé aux armes de la Ville, m’apparaît soudain comme le tuteur discret de la plante grimpante qui s’enroulera autour des barreaux de nos cages, prison ou chagrin, jusqu’à en fendre le mortier. »


• Mon avis :

Au grand lavoir, un roman qui m’a totalement bouleversée.
L’écriture de Sophie Daull que je ne connaissais pas m’a semblée tout à coup essentielle à la littérature.
Il y a ces révélations que l’on ressent devant de grands livres.
C’en est une.

Sophie Daull se fait la voix d’un silence qui vous prend à la gorge.
De l’imperceptible. De l’ambiguïté.
Elle nous emporte dans un lieu où il nous semblerait presque que plus aucun train ne passe.
Que la vie s’est arrêtée sous le poids d’un passé aux tons marronés.
Quelque chose de sale que l’on tente à tout prix de laver.

Au grand lavoir des âmes.
Au grand lavoir des vies.

Ce livre est tout simplement sublime.


• L’auteur :

Sophie Daull

sophiedaull.jpg

Sophie Daull est née dans l’Est de la France. Comédienne, elle vit à Montreuil et travaille partout.
« Camille, mon envolée » est son premier roman. Suivra « La suture« , dans lequel l’auteur se penche sur la passé de sa maman.

*Source : Babelio


• Références :

  • Au grand lavoir
  • Auteur : Sophie Daull
  • Maison d’édition : Philippe rey
  • Date de publication : 23.08.2018

Un commentaire sur “Au grand lavoir

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s