Chaleur

• Le mood :

Un récit magnifiquement tragique.
Une intrigue aussi étrange que profonde.
Joseph Incardona sonde la capacité de l’homme à éprouver la grandeur, l’absolu au travers de la rivalité.


• L’histoire :

En lisant le résumé de ce livre j’étais amusée, étonnée, intriguée…
Mais surtout je me demandais bien ce qu’un mélange de concours de sauna, de porn et de Finlandais allait bien pouvoir donner !
Et bien j’ai ADORÉ !

Heinola.
Une petite ville de Finlande qui sonne comme le nom d’une actrice porno alternatif. Celui du plaisir.
Une ville où l’on s’ennuie du trop de nature et de la désertification des usines.

On s’y occupe comme on peut avec des championnats du monde en tout genre.
Écrasement de moustiques et jeter d’épouses.
Mais aussi les championnats du monde de sauna ! (Véridique).

C’est l’histoire de deux concurrents.
Igor, un Russe ancien sous-marinier d’1m59 perpétuel challenger du grand Champion.
Igor ne vit que pour cet instant.
Dans l’attente de cet instant.
Il n’a plus rien d’autre dans sa vie.
Pas même une femme.
L’idée de sa victoire pour seule compagne.

« Il dort. Paisible. Peu d’individus vont au bout d’eux-mêmes. Il lui reste cette dernière chose à accomplir et puis la lumière s’éteindra. Trois jours. »

Niko est triple champion du monde de compétition de sauna.
C’est aussi un hardeur du porn traditionnel.
Le respect de l’autre, pas de prise de risque.
Doué pour trois choses : la baise, la picole et la chaleur.

« Sa chevelure blond platine se détache des groupies, il est venu directement du parking en tongs et couvert d’un peignoir en soie au motif léopard. »

Chacun s’amuse de l’indifférence qu’ils se prêtent.
Igor est en place pour les qualifications pendant que Niko batifole encore dehors avec des groupies en chaleur.

Le perdant gagné par l’espoir.
Le gagnant assailli par le doute de la défaite. La perte de soi.
La vanité et la gloire ne font pourtant pas tressaillir Niko.
Il est simplement concentré sur la tâche à accomplir.

Deux rivaux aux caractères et vies complètement opposés.
Mais un respect immense.

« Comme si le géant finlandais et le Russe miniature étaient les derniers spécimens sur le radeau. »

Parfois, la rivalité donne des ailes pour atteindre la grandeur.
Sauf que pour chacun d’eux, ce sera leur dernière compétition.
Une intrigue qui peut sembler légère et pourtant.
L’humanité de ces deux êtres pathétiques et adorables nous rend toute la profondeur du roman.

Niko se réfugie sous une cascade.
Fuyant le bruit.
On ne le touchera pas ici.
Son corps fatigué, plein d’une nouvelle vieillesse qui le précipite vers la chute.
Le silence et loin de la vie.
Le retrait du monde.
Ils ne savent rien de lui.

Igor est condamné.
Étrange Terminus qu’ici.
Chaque personnage évolue dans une profonde solitude malgré les effets superficiels d’une vie que chacun s’est dessinée.
Ces corps machines.
Prisonniers d’eux-mêmes.

Des âmes errantes abreuvées de vodka.
En recherche de pardon.
Ou d’amour.
D’autres encore d’un plaisir sexuel introuvable.
Une tragédie qui vous serre la gorge. Magnifique et glaçante.

« Je vais vous montrer les champs où poussent les orgasmes, Alexandra Azarov. »

L’homme et sa capacité d’absolu.
De tragique et de grâce.
Et si c’était la dernière nuit de l’amour ?


• L’Extrait :

« La boîte est un vaisseau spatial éclairé dans la nuit noire. Une musique électro marque des éclats de lumière, interférences sur les têtes des danseurs qui sont des vagues sur un océan sans bords. »



• Mon avis :

Une construction parfaitement menée.
Une plume affutée, subtile et noire dans sa clarté.
Le verbe jongle en fonction de l’esprit du personnage.
Parfois poétique et parfois vulgaire.

Sous ses allures d’histoire légère, l’auteur nous emporte vers les fonds de l’âme humaine.
Sa complexité et ses secrets.
La subtilité des êtres et de l’espoir qui les anime même pour les choses les plus ridicules de la vie.



• L’auteur :

Joseph Incardona

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Joseph Incardona est un écrivain, scénariste et réalisateur suisse.
Né d’un père italien et d’une mère suisse, il a vécu notamment à Paris et Bordeaux avant de s’installer à Genève.

Riche de sa culture suisse et italienne, admirateur de la vitalité des écrivains de la péninsule, il puise ses références dans le roman noir – « roman social » par excellence – et la littérature américaine du XXe siècle (John Fante, Jack Kerouac, James Lee Burke, Charles Bukowsky.).

Auteur d’une dizaine de romans et de deux pièces de théâtre, il est également scénariste de bande dessinée et réalisateur d’un long métrage « Milky Way » (prix du public au festival international du film policier de Liège en 2014).

En 2008, il obtient le 2ème Prix de la Cinémathèque suisse pour son court métrage, « Annonciation ».
« Lonely Betty » paru en 2010 chez Finitude, éditeur bordelais, a obtenu le Grand Prix du Roman Noir à Beaune.
En 2015, son roman « Derrière les panneaux il y a des hommes », publié aux Éditions Finitude, remporte le Grand prix de littérature policière.
En 2018, « Permis C » obtient le Prix du Roman des Romands.

Son site : http://www.josephincardona.com

*Source : Babelio


• Références :

  • Chaleur
  • Auteur : Joseph Incardona
  • Maison d’édition : Pocket
  • Date de publication : 16.08.2018

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