La vraie vie

• Le mood :

Roman coup de poing.
Un livre qui vous prend aux tripes et démantèle la mécanique sordide et sadique de la violence familiale.
Du sang. De la survie. La fin de l’innocence.
Apprêtez-vous à entrer dans une traque dans laquelle vous serez aussi prisonnier que l’héroïne…


• L’histoire :

« Mon Père démolissait ma mère et les oiseaux s’en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. »

Elle a dix ans. Son petit frère Gilles en a six.
Ils vivent dans un lotissement de petites maisons grises.
Un quartier couleur de pluie.
Couleur de mur.

Sa chambre se trouve entre celle de Gilles et la chambre des cadavres.
La chambre interdite.
Zèbre, lion, ours, défense d’éléphant, hyène empaillée…
Autant de trophées que leur père expose fièrement.

Un père aux mains immenses.
De celles qui tuent. Qui détruisent.
Qui ne demandent qu’à s’abattre sur la chair, faire gicler le sang.
Quand elles ne tuent pas, elles tiennent une bouteille de whisky.

Leur mère ?

« Je n’ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n’est une profonde compassion. »

Terrorisée. Absente. Les yeux vides. Inexistante.
Le visage maculé de la violence du mari.
La narratrice ne ressent rien pour sa mère.
Elle la sait juste passionnée de chèvres naines.
Tapie dans l’ombre du monstre.

« Ma mère ne travaillait pas. Elle s’occupait de ses chèvres, de son jardin, de Coco et de nous. Elle s’en fichait d’avoir de l’argent à elle. Tant que sa carte de crédit passait. Ma mère n’a jamais semblé gênée par le vide. Ni pas l’absence d’amour. »

Gilles se blottit tendrement dans la chambre de sa sœur le soir.
La journée ils s’échappent ensemble.
Ils vont jouer dans le cimetière de métal, au milieu des carcasses de voitures.
Mais le mal rôde.
Ici, mais aussi chez eux.

Leur seule douceur est la glace qu’ils achètent chaque soir.
Au vieux monsieur du camion.
Avec de la chantilly pour elle, mais c’est un secret.
Puis un jour, l’accident.

Ce jour marque la mort de l’innocence.
La fêlure.
En Gilles grandit une bête féroce.
Elle le sait, elle peut entendre le rire de la hyène.

« Je l’avais bien observé pendant les jours qui avaient suivi le massacre de Cumin. Il avait léché chaque goutte du chagrin de ma mère. »

Et si remonter dans le temps lui permettait de tout changer ?
Elle sera comme Marie Curie.
Elle percera le secret de la science.

Mais il va falloir être intelligente.
Feindre. Mentir.
Ne pas attirer l’attention.
Elle est une proie parmi les murs.
Un chaos sordide est à l’œuvre.

La traque ne fait que commencer…


• L’extrait :

« Il avait toujours la même pose, un pied sur la bête, un poing sur la hanche et l’autre main qui brandissait l’arme en signe de victoire, ce qui le faisait davantage ressembler à un milicien rebelle shooté à l’adrénaline du génocide qu’à un père de famille. »


• Mon avis :

COUP DE POING AU COEUR.
Ce premier roman d’Adeline Dieudonné est brillant.
J’ai terminé ma lecture pleine de ce livre.
Digérer, laisser venir les images, tenter d’en chasser d’autres.

Un rythme soutenu, incisif et un suspense haletant.
Ce livre c’est le verbe d’une jeune fille qui porte la tendresse et le sang.
Les émanations de tripes et de corps.
La mort est là. Dès les premières pages.
Et elle ne vous lâche plus.
Les yeux de la Hyène guettent dans le noir.
Des forces profondes rappellent la vie à elles.

Ce livre et sa construction sont remarquables.
Je l’ai lu comme un roman initiatique. Non pas à la vie, mais à la survie.
La poésie laissant place à la nuit.
Il s’agit du récit d’une guerre.
Une guerre silencieuse que les murs d’une maison protègent de tous les regards, de tous ceux qui auraient pu les sauver.
Ils sont seuls à pouvoir le faire.
C’est l’histoire de la perte de l’innocence.

Du prix du mensonge pour gagner sa liberté et peut-être pouvoir tout changer.

Les liens familiaux sont narrés de manière très intéressante.
Ce lien mère-fille absolument inexistant. Qui naîtra pourtant à un instant où l’on s’y attendait le moins.Cette fusion frère-soeur qui s’évapore.

Un très beau roman qui risque de hanter longtemps mon esprit.

Un immense merci à Antoine de la Librairie Michel Fontainebleau, qui a finit par connaître si bien ma sensibilité et m’offre toujours des lectures marquantes, sinon de grands coups de coeur !


• L’auteur :

Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné
Adeline Dieudonné est une femme de lettres belge.
Sa première nouvelle, « Amarula », parue dans le recueil « Pousse-café » en 2017, remporte le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
La même année, elle écrit et interprète la pièce de théâtre « Bonobo Moussaka ». Elle a publié aux éditions Lamiroy un opuscule, « Seule dans le noir » (2017).

En 2018, elle publie un premier roman remarqué, « La vraie vie », qui remporte le Prix Première Plume 2018.
Elle habite Bruxelles.

*Source : Babelio


• Références :

  • La vraie vie
  • Auteur : Adeline Dieudonné
  • Maison d’édition : Éditions de L’iconoclaste
  • Date de publication : 28.08.2018

3 commentaires sur “La vraie vie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s