L’amant

• Le mood :

La sulfure adolescente.
Les réminiscences des corps, de leurs odeurs, leurs élans.
Cette nostalgie profonde, proche de la mort, un verre d’alcool à la main qui tenaillera Marguerite jusqu’à la fin.
Cet amant rencontré aux abords du Mékong qui disparaîtra et réapparaîtra dans son amour intact.

C’est son histoire qu’elle nous dépose sans rien attendre. Cette famille. Sa disparition.
Et c’est somptueux.


• L’histoire :

Ahhh Marguerite…
Ces souvenirs qui naviguent paisiblement
Comme s’écoule le Mékong.

15 ans.
Cet âge où l’on ne cherche pas l’amour mais le corps.
Comprendre le sens.
Appartenir. Passer le rite.
L’apprentissage et la jouissance.

Duras nous conte son « Amant de Cholen »
dans l’Indochine de l’entre deux-guerres.
Le froissement des draps, l’initiation amoureuse.
Sexuelle. Avec cet homme d’une décennie son aîné.

Elle raconte ce visage qui, si tôt a pris les traits que l’alcool a sculpté dans sa vie.
Ces rides profondes.
Ce visage de la jouissance. Indécent.

Elle redessine son enfance.
Ce grand frère qu’elle aurait aimé tuer pour sauver le petit.
Ramener la lumière que sa mère seule possédait.
Et qu’elle lui avait offerte. À lui. Le grand.

« Je voulais tuer, mon frère aîné, je voulais le tuer, arriver à avoir raison de lui une fois, une seule fois et le voir mourir. C’était pour enlever de devant ma mère l’objet de son amour, ce fils, la punir de l’aimer si fort (…) »

Elle revoit alors cette mère.
Son désespoir de vivre tel qu’elle en oubliait de laver ou nourrir ses enfants.
Ce mariage, son ennui, la maladie.

Elle sait que les parures sont un mensonge.
Que de l’esprit émane ce que l’on veut faire croire.

« Je suis avertie déjà. Je sais quelque chose. Je sais que ce ne sont pas les vêtements qui font les femmes plus ou moins belles ni les soins de beauté, ni le prix des onguents, ni la rareté, le prix des atours. »

La petite ne veut pas faire de mathématiques.
Elle veut écrire.
Sa mère jalouse, détourne le regard.

« Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée. »

Puis cet homme. La rencontre.

« À partir de son ignorance à lui, elle sait tout à coup : il lui plaisait déjà sur le bac. Il lui plaît, la chose ne dépendait que d’elle seule. »

Cet amour comme un acte contre la mère.
S’appartenir toute entière en s’offrant.
Un secret. Le sien.
Vouloir être sa putain.
Exulter. Vouloir le voir recommencer.
Ne pas l’aimer. Jamais.
Le voir se déchirer de l’interdit. De l’absence d’avenir.

Puis Hélène Lagonelle.
Ses seins, sa beauté, ses dix-sept ans et ce qu’elle ne sait pas.
Ce désir grandissant pour elle.
Sujet de jouissance fantasmée.
De vie, mot qu’elle connaissait si peu.

Cette envie de mourir collée au corps qui ne la quittera plus.
Comme cette folie d’écrire qui l’empêchera sans doute de mourir tout en l’y précipitant.
Écho de sa mère.
De la violence de son frère aîné.
Sa pulsion de tuer tout ce qui vit.
Anéantir.

« Nous sommes ensemble dans une honte de principe d’avoir à vivre la vie. »


• L’extrait :

« Les deux étaient morts aux heures des oiseaux, des images. De là sans doute l’admiration que nous avions pour le savoir de notre mère, en toutes choses, y compris celle de la mort. »


• Mon avis :

Il a été L’amant de mes vacances…

J’avais délaissé Duras il y a des années.
J’ai eu envie d’y revenir. Et elle me parle tant.
Cet entre-deux âges du désir qui nous consume.

Ce secret qui n’appartient plus qu’à nous quand notre existence toute entière est encore sous le joug de nos parents.

Dans L’amant, elle revient sur ses souvenirs d’enfance avec une sincérité saisissante.
Elle ne cherche pas à plaire. Mais à comprendre, en prenant ce recul nécessaire sur ces images qui défilent.
Cette distance des mots.
Les souvenirs ressurgissent sans ordre apparent.
La nostalgie aspire la ponctuation.

La mort se fait l’ombre des pages.
Cette maladie de la vie que porte sa mère et qu’elle prend elle-même si jeune.
Une tragédie qui la fera pourtant écrire toute sa vie.
Elle nous raconte avec cette résignation qu’ont les grands sages la mort de ce petit frère.

L’abandon de la folie de sa mère.
Je referme le livre et laisse cette enfant terrible à ses souvenirs.
J’étais face à la mer. C’était un moment hors du temps.
Où je tentais d’écouter le bruit de l’eau en m’imaginant ce port. Cette robe transparente et ces bateaux.


• L’auteur :

Marguerite Duras

marguerite-duras_1737025_800x400-750x400.jpg

Nationalité : France
Né(e) à : Gia Dinh , le 04/04/1914
Mort(e) à : Paris , le 03/03/1996
Biographie :

*Marguerite Duras, nom de plume de Marguerite Donnadieu, est une femme de lettres, dramaturge, scénariste et réalisatrice française.

Elle passe toute son enfance au Vietnam. En 1932, alors qu’elle vient d’obtenir son baccalauréat, elle quitte Saïgon et vient s’installer en France pour poursuivre ses études. Après des études de mathématiques, sciences politiques, et une licence de droit, elle est secrétaire au Ministère des Colonies, de 1938 à 1940. Elle épouse Robert Antelme (1917-1990) en 1939. En 1942, elle accouche d’un garçon mort-né dont elle ne saura jamais faire le deuil.

Marguerite Donnadieu cosigne, au printemps 1940, avec Philippe Roques, « L’Empire français », son premier livre. Pendant la guerre, elle entre dans la Résistance. En 1945, elle s’inscrit au Parti communiste qu’elle quitte en 1950. En 1947 Marguerite Duras divorce et se remarie avec Dionys Mascolo (1916-1997) dont elle aura un enfant prénommé Jean. En 1956, elle se sépare de son second mari.

Marguerite Duras publie son premier roman, « Les Impudents », en 1943. En 1950, elle est révélée par un roman d’inspiration autobiographique, « Un barrage contre le Pacifique ». C’est le début d’une œuvre de fiction importante avec des romans comme : « Le Marin de Gibraltar » (1952), « Le Square » (1955), « Moderato cantabile » (1958), « Le Ravissement de Lol V. Stein » (1964), ou encore « Le Vice-Consul » (1966).

En 1984, « L’Amant » est publié et obtient le prix Goncourt. C’est un succès mondial. Jean-Jacques Annaud en fait un film en 1992.

Elle écrit aussi pour le théâtre, souvent des adaptations de ses romans comme « Le Square », représenté en 1957, ainsi que de nouvelles pièces, telle « L’Amante anglaise » (Prix Ibsen 1970) ou « Savannah Bay » en 1982. Elle écrit en 1959 le scénario et les dialogues du film « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais, qui lui vaut d’être nommée pour l’Oscar du meilleur scénario original à la 33e cérémonie des Oscars.

Elle réalise elle-même des films originaux comme « India Song » (1975), avec Delphine Seyrig, « Le Camion » (1977), avec Gérard Depardieu, ou encore « Les Enfants » (1985), avec Daniel Gélin.

En 1985 elle met en scène « La Musica deuxième » au théâtre Renaud-Barrault, puis elle publie « Yann Andréa Steiner » (1992), dédié à son dernier compagnon Yann Andréa, « Écrire » (1993) et « C’est tout » (1995).

*Source : Babelio


• Références :

  • L’amant
  • Auteur : Marguerite Duras
  • Maison d’édition : Éditions de Minuit
  • Date de publication : 1984

5 commentaires sur “L’amant

  1. J’étais curieuse de lire ton avis sachant que c’est un de mes livres préférés. Je l’associe à un moment précis de ma vie, et rien que ça fait que j’ai envie de le serrer fort contre mon cœur (j’espère ne pas être la seule cinglée à vouloir faire ça).
    Je suis contente de voir qu’il a résonné en toi aussi !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s