Concours pour le Paradis

• Le mood :

Un roman absolument passionnant qui vous immerge au cœur de la Venise Renaissante pour vous faire découvrir les rivalités entre les plus grands maîtres de la ville.  Tintoret et Véronèse n’auront de cesse de lutter pour remporter le concours afin de réaliser l’immense toile du Paradis.
La noirceur de l’Inquisition mêlée aux mœurs légères de l’époque et à l’humour de certains personnages. Juste grandiose !


• L’histoire :

Venise. 20 décembre 1577.
Le Palais des Doges brûle.
Avec lui ses bancs sculptés et sa fresque du Paradis de la salle du Grand Conseil.
Un Paradis en proie aux flammes des Enfers.
Embrasé, en feu. Calciné.

Les hommes se relaient pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être.
Les vitraux éclatent. Les hommes tombent, meurent. Brûlent vifs.
Puis la pluie.

« Tout était dévasté, consumé, calciné. C’est de cet enfer qu’allait renaître le Paradis. »

Le Doge Vénier préside alors une assemblée afin de lancer un grand concours pour élire le Maître qui aura l’honneur de proposer son nouveau Paradis.
Mais attention, cette décision est politique.
Les ordres picturaux émanent du Pape, l’Inquisition surveille et tous les membres de l’Assemblée n’œuvrent pas dans le même sens…

« Le pape Grégoire XIII en pâlira de jalousie, sa Chapelle Sixtine et son fresquiste Michel-Ange seront relégués au rang de survivance pittoresques… »

Nous sommes sous la Venise des prodiges de la création.
Son éclat céleste et religieux.
Cinq peintres sont nommés.
Les rivalités commencent et opposeront pendant des années Véronèse à Tintoret.
On découvre alors un Véronèse au génie absolu des scènes sacrées et religieuses.
Pourtant le plus grand coureur de tout Venise !
On s’amuse des scènes libertines avec ses muses et modèles.

« C’est le paradoxe des hommes de la Renaissance que d’être à la fois coureurs et croyants, amateurs de parties fines et de messes somptueuses, célébrant le vice d’un satyre et représentant le jour-même une Vierge en grâce. »

On se rit des envolées philosophiques des membres de la commission pour la rédaction du programme du concours.
Des membres atteints de réunionïte aigüe.
Leur question : devons-nous représenter les Saints nus ou bien vêtus ?

Chacun s’affronte dans les détails qu’il souhaite voir dans son Paradis imaginaire.
Les égos des Maîtres qui tentent d’imposer leurs styles picturaux sont mis à mal.

« On devra peindre comme c’était avant, la Gloire des Élus au Paradis. »

Véronèse est pris de fièvre et tombe en panne d’inspiration.
Les coups les plus bas sont permis. Même le plagiat…
Les trahisons familiales fleurissent.
Mais les temps changent. Le doge meurt.
Le danger rôde.
Le successeur est un héritier de l’église.
Rien de ce qui fut ne sera plus. L’inquisition menace.
Deux peintres seront élus. Véronèse et Bassano.

L’inquisition guette le moindre faux pas, la modernité est dangereuse.
Les lignes de fuite des deux peintres ne se rejoignent pas.
C’est un échec !
Véronèse se désintéresse puis abandonne.
Sa mort rendra le Paradis à celui qui en rêvait depuis 20 ans déjà. Tintoret.

Venise est en proie aux tourments politiques et religieux.
Conservateurs et réformistes s’affrontent.
L’influence du Pape est redoutée comme la peste.
Les poisons du Paradis…
Le temps de la gloire des hommes sous leurs feux vaniteux.

De Tintoret, le Paradis passera sous les pinceaux de Domenico son fils.
Une vision nouvelle, pleine.
Surveillés par les inquisiteurs, Tintoret ne tardera pas à être convoqué.
Accusé d’hérésie, de trahison, de pensée Calviniste.

« La rumeur tue autant que les armes et un bruissement suffit. »

Il perdra Marietta, sa fille. La fin.

« Comment pouvait-il discuter du paradis alors que toute forme de bonheur lui avait été arrachée en même temps que la vie de sa fille ? »

Fuir le clair-obscur écumé par ses contemporains.
Devenir une nature morte.
Un crâne sans la peau.

« (…) l’un venait de prendre conscience par son autoportrait de son retrait du monde et de sa capacité à regarder la mort en face, tandis que l’autre, par ce portrait inséré dans cette toile si symbolique, s’élevait enfin à la stature du peintre. »

Si le Paradis a bien failli avorter de lui-même,
C’est un chantier pour l’immortalité qui dura 28 années.
On aimerait pouvoir regarder ce Paradis en face.
Y entrevoir peut-être notre mort et la suprématie des élus qui survivent aux siècles qui passent.


• L’extrait :

« Une vraie mère, ça cherche son enfant toute une vie, toute une mort. »



• Mon avis :

Un roman prodigieux qui m’a fait revivre cette Venise que je ne connaissais mal.
Ces grands Maîtres de la Renaissance reprennent sous la plume de Clelia Renucci leur juste place.
On y découvre les mœurs de l’époque, les lois qui nous semblent complètement absurdes aujourd’hui.

Le poids des décisions et des ordonnances Papales. Je n’imaginais pas que les peintres de l’époque étaient autant régis par les règlementations de l’Eglise. Aucune codification douteuse n’était permise. L’Inquisition guettant le moindre faux pas ou cassant d’hérésie le moindre opposant.

On y découvre également la place des femmes, qu’elle soit maritale ou courtisane.
Cette oppression des libertés de tous côtés qui pourtant jamais n’arrêtait le talent créatif des Maîtres et leurs ruses pour transcender les règles établies.

Si la majeure partie du livre nous conte les ruses, les drames et les trahisons qui parfois sont même très drôles, la dernière partie du livre prend des allures poétiques.
On pénètre dans l’atelier de Tintoret avec toute la charge émotionnelle de son histoire, en silence.
respectant la douleur du peintre, puis celle du père.

On exulte de la puissante sensualité du pinceau de Domenico, son fils, amoureux éperdu et maladroit qui cache le visage de sa belle dans cette immense toile sacrée.
On termine le livre en se disant, que si l’on pouvait, on en demanderait encore…


• L’auteur :

Clélia Renucci

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*Clélia Renucci a 29 ans.
Après avoir travaillé dans la publicité, elle est professeur de Lettres Modernes.
En préparant son sujet de thèse sur Balzac, elle s’est rendu compte que de nombreuses héroïnes de « La Comédie Humaine » étaient des cougars. Elle a alors élargi ses recherches à la littérature française et étrangère, découvrant que les romanciers sont bien loin des stéréotypes qui touchent ces femmes aujourd’hui.
« Libres d’aimer » est son premier essai.

*Source : Babelio


• Références :

  • Concours pour le Paradis
  • Auteur : Clelia Renucci
  • Maison d’édition : Éditions Albin Michel
  • Date de publication : 23 août 2018

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