Ce que l’homme a cru voir

• Le mood :

Un roman de haute voltige. De la grande littérature. Par sa poésie, pour ses mots, pour la complexité de sa construction et parce que vous ne le lâcherez pas.
Ce que l’homme a cru voir c’est l’histoire d’un homme qui efface les réputations numériques d’autres hommes. Qui s’est lui-même affranchi d’un passé qui revient, malgré lui, hanter sa vie…
Que s’est-il passé ce fameux jour de juillet ?


• L’histoire :

Simon Reijik, petit fils d’émigré polonais, est un nettoyeur.
Sombre, taciturne et évitant les hommes,Il fait disparaître les réputations corrompues ou embarrassantes d’hommes sur le Web.

« Les nouvelles technologies avaient crucifié la vie privée. »

Un droit à l’oubli.
Laissant chacun libre de cacher sa part d’ombre.
Il libère du poids des vies. Du passé.
Mais qu’en est-il du sien ?

Nous ne savons rien de Simon, ou peu de choses.
Il vit avec Laura,
Une prof de lettres dans un collège de jeunes sauvageons.
Il n’aime pas les quiches.
Il n’aime pas se mélanger aux autres.

« Il se souciait peu qu’on puisse le trouver sympathique. Les gens bien élevés finissent souvent par assassiner leurs femmes. »

Par le passé, il a vengé Laura d’un homme qui l’avait alors traumatisée.
Simon est caverneux. Silencieux.
Vivre avec Laura c’est se fondre dans le monde.
En faire enfin partie. Lui qui l’évitait tant.
Elle caresse sa cicatrice. Ils se connaissent si peu…
Ils auraient pu être heureux.

« On se soucie moins d’aimer lorsque la crainte a disparu. Le confort empoisonne les sentiments. »

On avance à tâtons, cherchant à comprendre.
Le corps en fuite.
Le passé qui déborde.

Pour lui, les médicaments sont des œillères.
Xanax, Donormil, Simon est addict.
Calmer les angoisses.
Mettre un filtre entre lui et le monde.
Que tente-t-il de faire taire en lui ?

Certains souvenirs réapparaissent, au chant de l’océan sur la grève.
Ses parents. Une future naissance.
Un sentiment d’abandon à venir.

« L’écume, le sable, le vent.  Le destin de ces éléments était de s’échapper. Disparaître pour de bon, quelle chance. »

Puis un appel. Sarah.
Simon part sur le champs et revient malgré lui sur ses Terres Gasconnes.
Toulouse, puis Verfeil, ce petit village qu’il a fui.
Il y a 20 ans déjà.

Antoine est mort.
Un ami d’enfance qui n’en était plus un.
Pourquoi ?
Simon se retrouve prisonnier de la maison de cet ami

Et de son corps mort en attendant la morgue.
Mais rien ne l’assaille.
Si ce n’est les souvenirs.
La nostalgie est dangereuse.

« Si nous écrasons nos morts sous plusieurs couches de terre, c’est pour ne plus en entendre parler. »

La morgue ne devrait pas tarder.
Les choses semblent glisser sur Simon.
La mort ne l’effraie pas.
Il ne ressent rien.
Mais son enfance revient, les personnages aussi.
Les fantômes de sa vie.

« L’amitié naît souvent de la rencontre de deux solitudes qui décident de faire un bout de chemin ensemble. »

Antoine était un enfant battu.
La mère de Simon l’a accueilli comme un oiseau fragile.
Il les regarde alors s’aimer, lui, l’enfant qui voulait tant de l’amour de sa mère.
Puis il y a ce petit frère. Benjamin.
En retrait du monde.

Simon voudrait se faire aimer de lui.
Mais jamais ses cris n’atteignent son cœur.
Puis le drame survient dans leurs vies.

« Il n’est jamais prudent de croire en la beauté du monde. »

Simon avait éloigné Antoine de ses souvenirs pour ne plus penser.
Oublier Antoine pour oublier Benjamin.
Mais tout remonte.
Les morts meurent plusieurs fois.
Les larmes coulent enfin.

L’amour se réveille d’un long sommeil.
Peut-on fuir si longtemps ?
Les villageois disent savoir.
Mais qu’est-ce que l’homme a cru voir ?

« Les gens sont obsédés par la vérité mais ils ne la supportent pas. »



• L’extrait :

« Il fait jouer ses phalanges. M’excuser serait ridicule. On ne justifie pas une telle absence. Je ne saurais par où commencer. Je suis parti, c’est vrai, mais pourquoi serais-je le seul fautif ? Mon père me propose une cigarette, je refuse du bout des lèvres. »


• Mon avis :

Je ressens une excitation incroyable à la lecture de ce roman.
Je mords, je ne mâche pas les mots je les avale.
C’est ça la littérature. La rencontre de l’auteur et du lecteur.

Les mots roulent en moi.
Je me demande en avançant ce qui appartient à l’auteur et ce qui est imaginaire.
Les personnages me semblent avoir existé.
Je vois les photos. Je marche au milieu de leurs souvenirs…

Je suis bouleversée lorsque le récit passe de la troisième personne à la première.
Tout bascule. Précisément. À cet instant.
J’aimerais en dire tellement plus de ce chef d’œuvre.
Mais il appartient au lecteur de faire son propre chemin au milieu de ce puzzle.
De se construire sa vérité à travers les indices dispersés par Gautier Battistella.

On avance dans cette lecture comme si nous étions dans l’esprit du narrateur.
Un peu ivre.
On vagabonde, on se heurte, on revient en arrière, on piétine avec Simon, on croit comprendre, on trépigne.
Ce livre, c’est l’histoire des amours volés de Simon.
C’est nos mondes qui s’entrechoquent.

C’est l’histoire d’un silence qui hurle parmi les noms.
Ce sont des personnages qui apparaissent puis disparaissent, laissant leur part de mystère au lecteur.

C’est juste brillant. Puissant.
Un récit tellement riche qu’il me faudrait des pages encore pour vous l’exposer tel que je le ressens.
Alors pour ne casser aucun mystère, je ne cite pas tous les personnages, tous les noms.
À vous de les découvrir.


• L’auteur :

Gautier Battistella

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Gautier Battistella est né à Toulouse en 1976. Son premier roman, Un jeune homme prometteur(Grasset, 2014) a notamment reçu les prix Québec-France et Jean-Claude Brialy. Ce que l’homme a cru voir est son deuxième roman.


• Références :

  • Ce que l’homme a cru voir
  • Auteur : Gauthier Battistella
  • Maison d’édition : Éditions Grasset
  • Date de publication : 22. 08. 2018

3 commentaires sur “Ce que l’homme a cru voir

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