Le Roi n’a pas sommeil

• Le mood :

Un roman sombre sur notes de vieux bourbon.
Le conte tragique d’un fils maudit.
Thomas Hogan parle peu. Mais quelque chose coule en lui. Le drame, tapit dans ses yeux.
Un décor poétique qui prend place sur ses Terres. Les pins, les biches et les cerfs.
De ces bourgs, comme des royaumes, dont on ne s’échappe pas. De ces vies noircies et charbonneuses.


• L’histoire :

« Puppa s’était rendu compte qu’il ne savait pas pourquoi Thomas avait pris le mauvais tournant au moment où tout lui souriait. »

Mary pousse un hurlement déchirant.
Un hennissement venu du fond de l’âme.
Personne ne sait ni ne comprend alors.
Un mois plus tard, tout le monde saura.
Le vieux Puppa observe la scène.

« Personne n’a jamais su. »

Nous sommes à Haven.
Un bourg dont personne ne revient.
William Hogan, le père, était ouvrier.
Travailleur. Sept jours sur sept.
En rentrant il avait Mary.
Douce. Serviable.
De ses yeux pleins d’alcool il la transperçait.
Ses mains fondaient sur elle.
Puis les coups.

À sa mort, Thomas, leur fils, ne ressent rien.
O’Brien, le médecin et ami d’enfance sombre.
La culpabilité.
Le village se réunit, les vieilles sont aux cuisines.
La graisse des fourneaux et le silence des moineaux.
Les hommes ne sont pas venus pour le père.
Ils empestent le tabac, la fumée et l’alcool leur collent au palais.

Tout en Thomas rappelle la violence contenue de William.

« (…), il y avait quelque chose de son père en lui, un mauvais sang qui roulait dans ses veines : l’écume avant l’orage. »

Dans ce bourg les hommes boivent
Le bourbon rempli l’air de ses effluves âpres
On ne défait pas la noirceur ni les mauvais souvenirs.

« L’ouvrier portait en lui cette horreur fréquente chez les hommes de la campagnes, cette humeur noire qui anéantit tout autour d’elle. »

Thomas grandit en silence auprès de Mary.

« Le fils Hogan n’était plus le gosse aux bras maigres. Il était devenu un de ces hommes dont le silence pèse plus que la pire des injures. »

Puis il y a Paul. Son ami.
Qui, très vite, devient comme ces autres.
Alors c’est l’alcool, puis les pokers au Blue Budd.
C’est la bande à Calvin et les arcades fracassées.
Grandir. Entre les pins et l’odeur de la mort.
Le répit est celui qu’on s’accorde. Un whisky.

« Son âme ressemblait à un miaulement sorti d’un bunker. »

Mais quand est-ce que tout a basculé ?
Le pas lourd dans l’escalier
Le retour du démon.

Il perdra Donna.
Puis le drame. Terrible.
Il perdra sa liberté.

On ne fuit pas son royaume.
Il est le roi sur ses Terres.

Un village qui comptent plus de cimetières que de vie.
Le possible s’est arrêté ici.
Les murs encerclent les esprits.

Personne ne s’échappe.
On plonge ou l’on survit.
Un autre monde qui semble venir d’un royaume d’outre-tombe.

Cécile Coulon fait parler les silences des hommes.
Elle fait crisser les blessures des mères.
Elle ressuscitent les défunts.
Elle fait partie de celles qui nous entrouvrent les portes de ce que l’on regarde si peu.
Qui fait jaillir la lumière sur des mots sombres.
Non. Personne ne s’échappe.


• L’extrait :

« Personne ne peut fuir le lieu de sa naissance, préférer les bras d’une demoiselle, si jolie soit-elle, à ceux d’un royaume paisible. Un roi ne doit jamais quitter son palais, parce qu’il ne sait pas ce qu’il peut trouver au retour, si retour il y a. »


• Mon avis :

J’avais découvert Cécile Coulon en 2017 sur le plateau de François Busnel lors de sa sortie de Trois saisons d’orage.
Je souhaitais lire un livre plus ancien de cette auteure avant de lire ce dernier.

Je suis scotchée. Un grand coup de cœur.
Ces vieux bourgs où presque plus rien ne naît je les connais.
Ces hommes sans voix qui travaillent la terre, acharnés, je les revois.
Ces villages dont on ne s’échappe jamais, je m’en souviens.

Cécile Coulon fait parler la Terre, redonne une voix à ces hommes de l’ombre.
Elle semble comme peuplée des fantômes de ces drames, de ces hommes avachis sous le poids de leur vie. De leurs secrets.

Sa plume est d’une poésie qui s’illustre sous les images de ses mots.
On navigue entre le conte et le roman sans oser dire un mot.
Décrire ce livre serait l’abîmer.
Il faut la lire.

Ce qui est certain, c’est que je vais lire ses autres œuvres, et puis la suivre.
Ne plus la lâcher.


• L’auteur :

Cécile Coulon

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*Cécile Coulon :
Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, Cécile Coulon poursuit des études de Lettres Modernes.
Ses passions : la course à pied, la littérature, le cinéma et la musique.
Son premier roman « Le voleur de vie » et son recueil de nouvelles « Sauvages » ont paru aux Éditions Revoir.

La lecture de « Méfiez-vous des enfants sages » évoque irrésistiblement « Le Coeur est un chasseur solitaire » de Carson McCullers et « L’Attrape-coeurs » de Salinger.

Elle publiera ensuite « Le roi n’a pas sommeil » (2012, prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur), « Le rire du grand blessé » (2013), « Le cœur du pélican » (2015), « Trois saisons d’orage » (2017, prix des libraires).
Publication la plus récente à ce jour, premier recueil de poèmes « Les Ronces », au Castor Astral.

*Source : Babelio


• Références :

  • Le roi n’a pas sommeil
  • Auteur : Cécile Coulon
  • Maison d’édition : Éditions Viviane Hamy
  • Date de publication originale : 12 janvier 2012

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