Une immense sensation de calme

• Le mood :

Ne cherchez pas le calme ici, mises à part les sublimes descriptions des paysages de la Taïga Sibérienne. Ce récit secoue. Sombre, il parle de notre bref passage sur Terre, de l’acceptation, des éléments et de leur pouvoir magnétique sur nos vies, de la guerre et de ses traces terribles sur les âmes et les êtres, mais surtout de l’amour immense qui illumine les souvenirs sur les terres sauvages de Sibérie.


• L’histoire :

Une jeune fille, orpheline, vient d’enterrer Baba.
Sa grand-mère.
Elle erre au milieu de la Taïga sibérienne. Le froid.
Puis elle rencontre Igor.
Cet être étrange.

Animal qui fait corps avec les rondeurs de la montagne.
L’empoigne à mains nues pour la gravir.
Il ne fait pas attention à elle.
Puis ses grands yeux bleus l’approchent.

C’est alors que tout son être se liquéfie pour répondre à l’appel de son corps.
Ses sens en ébullition.
Dans ce conte très sombre, les âmes se rencontrent.
Les désirs s’accouplent, même interdits.

Qui est cet homme étrange qui livre du poisson aux vieilles de la montagne ?
Qui sont ces hommes bannis que l’on nomme Les invisibles ?
On avance, comme aveugle, avec la jeune fille dans ce récit poignant.

« Chaque soir, la même histoire se répétait : le Soleil allumait ici ou là quelques brandons de colère, furieux de devoir quitter le monde, mais déjà la nuit mollissait l’incendie de ses vapeurs mauves, lénifiait sa violence pour laisser place au coassement gris du crapaud. »

Un souffle animal pèse sur la jeune fille qui découvre la nature en même temps que son corps.

« Mes jambes fléchissent à l’appui et s’allongent en bond, je renifle les baies et je halète. Je deviens femelle. »

Dans ce monde de vieilles et de cabanes vivent ces hommes sans âges,
Soumis aux légendes qui les dessinent tels des monstres qui chassent à mains nues.
Des abandonnés de la guerre.

Elle comprend peu à peu l’Histoire et celle d’Igor.
Elle découvre la longue attente de son retour de la forêt.
Elle doit renoncer aux explications.
Elle doit avoir confiance car toujours, il revient.

À son retour,
L’animal mort est sacré avant d’être mangé.
Chacun le pleure. Chacun le remercie.

S’affrontent le calme et la rudesse près du lac.
La survie des hommes et leur osmose avec la nature.
Jusqu’à cette guerre.
Ces oiseaux de fer qui lâchèrent leurs bombes sur la forêt.
Les hommes et leurs pauvres fusils pour seule défense.
Les souvenirs.

Un monde où l’on parle aux esprits du Grand Sommeil.
On l’on jette du sel pour les atteindre,
Où l’on ouvre la bouche dans l’air pour qu’ils prennent vie dans nos corps.

Un monde d’humains, bannis par les humains.
De secrets, de parricides et de parias.
Un monde où les sorcières ramènent à la vie.
Où les prières combattent la terre et la vie.
Une nature souveraine sur une terre qui ne donne presque rien.
Les liens du sang se perdent et se retrouvent dans un chant du renoncement.
La mort comme un passage.
Nous ne sommes que de passage…


• L’extrait :

« La mort de l’ourse habite sûrement son sommeil. Mais puisque les rêves ne se partagent pas, il est inutile d’imaginer quoi que ce soit. Mieux vaut le serrer fort sans me poser de question. »


• Mon avis :

Un récit qui ne m’a pas procuré qu’une sensation de calme.
Certains passages sont durs. La nature et les êtres rudes et violents.
J’ai été secouée, souvent.
Mais j’ai beaucoup aimé. Un style d’une force incroyable. Qui manie les éléments du conte et la nature en les inscrivant en nous.
J’avais les images, sans connaître la Taïga.
J’avais la douleur au ventre, sans jamais avoir donné la vie.
J’avais mal partout, face au renoncement après la lutte…
Je sentais l’amour de ces personnages si intensément.
Une poésie qui vous étreint.

Une belle surprise des 68 premières fois, une nouvelle fois 🙂


• L’auteur :

Laurine Roux

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Laurine Roux est une professeur de lettres modernes et auteur française.
Elle écrit des nouvelles et a reçu en 2012, le Prix International George Sand. Elle publie dans des revues, notamment «L’Encrier renversé» et la «Revue Métèque» et tient un blog du nom de « Pattes de mouche et autres saletés »

Lectrice de Giono, de Cendrars (dont elle fit l’objet de ses études universitaires) ou de Sylvie Germain, elle s’inspire de ses voyages dans le Grand Est glacial pour écrire ses premiers romans marqués, sauvages, organiques, non exempt de lyrisme ni de poésie.

 

*Source : Babelio


• Références :

  • Une immense sensation de calme
  • Auteur : Laurine Roux
  • Maison d’édition : Les Éditions du Sonneur
  • Date de publication : mars 2018

 

2 commentaires sur “Une immense sensation de calme

  1. Je reste profondément marquée par ce bouquin et je suis tellement, tellement ravie de voir qu’il fait son bout de chemin ! Mais contrairement à ton ressenti, j’ai bien perçu une immense sensation de calme en le refermant… Ta chronique est superbe, bel hommage !

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    1. Moi aussi c’est un livre qui m’a vraiment bouleversée, tellement que je pense que c’est pour ça que je me suis sentie plus chahutée que calme… C’est difficile d’accepter l’inéluctable, je les aimais ces personnages. Beaucoup de mal à les laisser partir 🙂

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