Dans les pas de Bárbara Dávalo

• Le mood :

Dans les pas de Bárbara Dávalo, c’est le récit de la naissance du temps des femmes en plein Buenos Aires de 1910. La fin de l’enfance, le désir d’affranchissement d’une jeune fille sous le joug des hommes en pleine crise nationaliste. C’est le récit des clivages entre les peuples. Les argentins d’origine espagnole puis les émigrés d’Europe, les étrangers, ces anarchistes qui menacent la haute bourgeoisie argentine…


• L’histoire :

Bárbara a recueilli Leonor.
Elle s’apprête à quitter l’enfance.
Le sang qui s’écoule et annonce le temps du polissage, de la soumission et du mariage.
Que faire de ce ventre qui se déchire ?

Alors Bárbara raconte la femme libre qu’elle a voulu devenir.
Nous sommes en 1910 en plein cœur de l’Argentine qui s’embrase.
Crise nationaliste.
D’un côté la haute bourgeoisie espagnole.
Et de l’autre, les émigrés européens, la peste de l’Argentine s’entassant par dizaine dans des habitats faits de taule.
Les Conventillos.

Bárbara est une fille de bonne famille.
Ses frères et sœurs n’ont d’ambitions que la fortune, la politique ou le bon mariage.
Alors chaque jour, elle s’évade avec son amie Amalia pour retrouver Tito et Giu.
Deux jeunes des Conventillos.
Une rébellion à son rang, à son père.
À ses lectures imposées qui prônent le rejet de l’étranger.

« Face à la société à présent grossissent les rangs des fainéants et des vagabonds, des orphelins et des ivrognes, des cocottes et des pédérastres, des mecheras et des madames, des compadritos et des migrants, des prostituées, des proxénètes, des anarchistes. Et même des voleurs de poules. »

Chez les Dávalo, on ne se mélange pas.
On ne sort pas seule non plus.
La rue n’est pas le territoire des femmes !
Toute violence est proscrite mais l’autorité fait foi de la civilisation.
Les fils sont dépucelés par des professionnelles.
Rien ne dépasse.

Mais Gabriela, sa nourrice, est là.
Elle veille sur son petit tigre sauvage.
Elle l’encourage à voir le monde.
Tito et Giu se battent chaque pour leur mère, Matilde, émigrée d’Italie.
Une femme élégante et virile, des blessures comme des lames.

« (…) un arrêt dans le temps en ces lieux d’utopie, la nôtre, celle qui nous faisait quitter le monde où notre devoir était d’être sérieuses et obéissantes. »

Entre deux mondes.
La fuite du leur. L’innocence encore permise.
Elle découvre le tango…
Cette liberté des corps qui se meuvent avec toute leur sensualité et leur bestialité.

« J’aurais aimé mouvoir ainsi mon corps sans autre résistance que la nécessité, celle de la danse, sans bourgeoisie, sans drame. »

Des personnages qui ancrent le sacre de l’enfance.
Quand on pense encore que l’on vieillira ensemble.
Que la vie nous liera comme cette passion qui enchaîne.
Des vestiges.

Tito l’a initié à Nietzsche.
La voilà qui parle philosophie et fait des traits d’esprit.
S’écartant de la pensée normée.

Le cœur des femmes grondent à Buenos Aires.
Puis c’est la trahison.
Le vol de l’enfance par Amalia qui décide de se marier.
La fin de leur lutte contre leur prison dorée.
Bárbara ne pense plus qu’à s’extirper de sa vie, de cette comédie faite de dentelles et d’interdits.
Mais la liberté a un prix…


• L’extrait :

« C’est le vestige de l’enfance, le respect du sacre de notre lien et de cet âge, l’écho des promesses qui résonne toujours dans nos artères adolescentes. »


• Mon avis :

Un roman très fort. Une poésie et un lyrisme somptueux.
Une fin qui a empoigné mon cœur. Je verse rarement dans les larmes, mais mes yeux s’en sont emplis à sa lecture.

La construction est remarquable.
On oscille entre le jeu de la narratrice, parfois Bárbara devient « je ».
Et parfois on la retrouve avec cette distance de la troisième personne qui nous permet de pouvoir l’observer mieux encore.

On navigue entre les faits historiques de l’histoire Argentine de cette époque, le thème fondamental de la liberté des femmes, leur affranchissement, la mort de l’enfance, mais également les clivages sociaux qui n’ont jamais été autant présents qu’aujourd’hui même.
On croise également la route de Marie Curie en plein combat pour la place des femmes dans le monde à la suite de son premier Nobel.

En nous ramenant au début du XXème siècle et en nous narrant l’histoire de ce nationalisme argentin comme un fléau et la bataille des femmes pour exister c’est également sur les Terres de notre temps que Mélanie Sadler nous dépose.
Un récit très émouvant qui résonne comme une claque sur ma joue.
Je n’en ai pas perdu une seule ligne.


• L’auteur :

Mélanie Sadler

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* Mélanie Sadler est une ancienne élève de l’ENS de Lyon, agrégée d’espagnol et docteure en civilisation latino-américaine.
Spécialiste de l’Histoire argentine, elle enseigne à l’université Paris 3.
« Comment les grands de ce monde se promènent en bateau » (2015) est son premier roman.

*Source : Babelio


• Références :

  • Dans les pas de Bárbara Dávalo
  • Auteur : Mélanie Sadler
  • Maison d’édition : Éditions Flammarion
  • Date de publication : mars 2018

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