CASSE-GUEULE

• Le mood :

UN CHEF-DOEUVRE.
Des mots comme des lames. La beauté qui jaillit de la violence. Un texte tout en puissance.
Tout détruire, faire naître le chaos sur ce visage, ne rien vouloir réparer. Et s’il fallait disparaître pour enfin exister ?


• L’histoire :

« La beauté d’une femme n’est pas une substance, c’est une circonstance. Un frémissement — l’éclat de l’avenir en suspens.»

Retrouver la plume de Clarisse.
Ses mots comme des lames chirurgicales qui ouvrent chaque personnage
Pour regarder à l’intérieur.
Le corps. Élément fondateur de l’oeuvre de l’auteur.
Son empreinte ; unique.

Ce feu du verbe qui ne s’encombre d’aucune réalité
Et qui, pourtant, nous la colle là, sous notre nez.
C’est abrasif, violent, sensuel.
C’est la lave du volcan qui se répand sur chaque page.
Avec Clarisse il n’y a plus de repères. Explosés en route. Décimés.
Un destruction massive qui révèle autant de noirceur que de lumière.
Complètement barré oui…

Je découvre Ava, la gueule cassée, complètement détruite.
Errante en plein Paris, attirée par cette lumière si belle.

« Elle avait hâte de découvrir, sur la surface d’un miroir, cette toute nouvelle figure. »

Il me semble pourtant la reconnaître…
En fuite, elle ne veut rien réparer de son visage.
S’affranchir de la beauté et des regards qui l’emprisonnent.
Il n’y a pas de douleur. Elle l’accueille, la chérit.

Visage repoussoir. Elle s’impose à la face du monde.
Elle existe enfin. De chair et d’os.
Ne plus jamais être la victime consentante d’une mère névrosée,
du monde et ses diktats.

« Sans se l’avouer, toutes deux ont renoncé depuis le début à l’idée de s’aimer un jour. »

Il est trop tard.
Vous avez ouvert ce livre et c’est une machine inarrêtable. Incontrôlable.
Je ne comprends pas la passivité des personnages.
Ils sont comme des couloirs d’hôpital. Et j’adore ça.

La chambre magmatique d’Ava se fissure.
On a chaud, puis froid.
La beauté peut-elle naître du chaos ?
La liberté ne peut-elle s’acquérir qu’au seul prix d’une destruction totale ?
Un génocide du Moi pour pousser son premier cri.

L’auteur interroge les limites de la modernité, de l’uniformité.
Nous emporte aux confins du transhumanisme et d’une organisation mystérieuse « nYx ».
Elle pose la question du sens de notre image que l’on met en scène.
Que signifie vivre sans aimer ?

« Vous aimerez qui pendant tous ce siècle sur Terre ? À part vous-mêmes ? »

« Quelqu’un pleure ? Ça ne peut pas être Nicole, sa réserve lacrymale n’est pas reliée à son corps. »

Je referme ce livre. Je suis sonnée. Essouflée.
Un chef d’œuvre. Un vrai.


• L’extrait :

« Être trop affable c’est prendre le risque de créer des liens et les liens, ça colle aux doigts. »

 



• Mon avis :

Il y a ces livres qui vous laissent de marbre.
Il y a ceux qui vous traversent de leur vérité, parce qu’elle vous ressemble.
Il y a ceux qui vous bouleversent d’une phrase qui restera gravée.
Puis il y a ceux qui vous frappent, ne vous laissant pas le choix de leur empreinte.

Parce qu’ils sont entiers, complets. Une vérité dont vous ne pouvez pas détourner les yeux.
Une vérité qui fait écho en vous. Des phrases qui vous font chavirer. Et ce texte qui vous colle à terre de son poing. Vous ne résistez pas, vous acceptez avec délectation et plaisir cette violence.
Parce qu’elle vous parle tant.

Clarisse Gorokhoff fait partie de ces écrivains OVNI qui vont marquer le siècle de leur style, de leur plume.
Elle sait sonder nos paradoxes les plus profonds.
Cueillir la laideur du monde et en faire un Pollock. C’est ça Clarisse Gorokhoff.
Nous emporter dans sa fuite, sa quête de liberté.
Son écriture me met chaque fois un peu plus face à ce désir d’affranchissement, d’exister comme je l’entends.

On retrouve cette récurrence des thèmes qui font son écriture : la beauté et son lien à notre existence, à ce que nous sommes, le corps dans tous ses mécanismes, la fuite dans son désir de liberté, le monde dans son besoin d’affranchissement.
La construction du récit est toujours une grande excitation. Pleine de mystère.

Intelligent. Rien n’est inutile. Tout mène à la réponse.
Lisez-le, c’est Grand.


• L’auteur :

Clarisse Gorokhoff

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*Jeune écrivain, Clarisse Gorokhoff a vécu plus de cinq années à Istanbul où elle a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable. Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être -à la fois triviales et bouleversantes- qui forgent la société de nos jours.

*Source : Babelio


• Références :

  • Casse-Gueule
  • Auteur : Clarisse Gorokhoff
  • Maison d’édition : Éditions Gallimard
  • Date de publication : avril 2018

4 commentaires sur “CASSE-GUEULE

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