Guillaume Para – INTERVIEW • Ta vie ou la mienne •

• Bonjour Guillaume,
Ta vie ou la mienne est votre premier roman. Mais votre biographie dit de vous que vous êtes également journaliste.
D’où vous est venu ce besoin d’écrire ?

G.P : J’ai écrit un premier manuscrit il y a 4 ans. C’était une autofiction destinée surtout à exorciser certaines choses de ma vie, une sorte de thérapie par l’écriture. Avant cela, j’étais simplement un fêlé de littérature mais je n’avais jamais ambitionné de devenir auteur. Une fois achevé, j’ai dû ranger ce manuscrit dans un placard pour des raisons personnelles. Il intéressait pourtant une maison d’édition.

Je n’ai pour autant pas fait mon deuil de l’écriture, j’ai même vite compris qu’il n’y aurait plus de retour en arrière possible : j’avais désormais « besoin » d’écrire (votre terme est le bon). La bulle créatrice que l’on se construit lorsqu’on écrit m’était devenue indispensable. Une drogue dure. 


• Votre roman oppose deux mondes : la banlieue du 9-3 et la bourgeoisie de Saint-Cloud. Comment est née cette histoire ? Avez-vous vécu la banlieue ?

 G.P : Non. J’ai eu la chance de vivre dans l’autre monde : la bourgeoisie de l’Ouest parisien. Pas un milieu très marqué -ma famille n’était pas du tout « tradi » mais plutôt « bourgeois bohème »- mais un milieu aisé. J’ai par contre toujours eu des attaches avec la Seine-Saint-Denis car ma mère y est née et a passé son enfance/adolescence là-bas.
Ma grand-mère maternelle y a toujours vécu. J’ai aussi rencontré des gens qui venaient de « banlieues difficiles » comme on le dit un peu communément.

Grâce à eux j’ai eu l’occasion de côtoyer ce monde, de me rendre compte par moi-même des difficultés que rencontrent les habitants de ces quartiers. Cette histoire est née d’une volonté de raconter ces difficultés. Raconter aussi que quel que soit notre milieu d’origine, on peut être confronté à la violence.

Des violences qui prennent des formes différentes mais dont l’intensité est parfois équivalente. Je voulais partir d’un fait social réel mais très binaire, manichéen en surface : « on peut naître riche ou pauvre » pour décortiquer cette banalité et en faire ressortir toute sa complexité, toutes ses nuances. Notre société est faite de ces situations simplistes en apparence mais pourtant très complexes si l’on va au-delà des stéréotypes. 



• Contre toute attente, le milieu catholique bourgeois que vous décrivez dans le livre au travers du personnage de Léa n’a rien d’idyllique. C’était important pour vous de parler de cette violence silencieuse ?

G.P : Oui effectivement, j’y tenais. Là où j’ai passé les 20 premières années de ma vie, la communauté catholique d’extraction bourgeoise ou même aristocratique est majoritaire. Et là encore, je n’aurais pas qu’un seul discours la concernant. Là encore, la réalité n’est pas monolithique mais elle est faite de nuances. J’ai rencontré des gens passionnants, magnifiques au sein de cette communauté mais j’ai aussi côtoyé de près cette violence qui y est parfois très présente.

Celle-ci est particulièrement fascinante car elle est sourde et muette. Il y a une telle volonté d’opacité que tout est tu et beaucoup acceptent cette omerta. Il faut préserver les apparences avant tout or le non-dit est une arme puissante, destructrice, parfois mortelle.


• Votre livre est d’un réalisme poignant, déconcertant même sur l’univers carcéral. Est-un univers que vous connaissiez ? Ou avez-vous enquêter pour l’écriture du livre ?

G.P : Alors non je n’ai jamais fait de prison ! Par contre, je n’ai pas voulu écrire sur un sujet aussi grave sans connaître du mieux que je le pouvais l’univers carcéral. Je me suis beaucoup documenté, j’ai lu, regardé des reportages et rencontrer des gens.


• Pensez-vous comme Hamed que le béton colle à la peau ?

G.P : Nous ne sommes pas prédestinés mais certaines origines, certains héritages pèsent plus que d’autres. Passer son enfance et son adolescence dans un milieu où la violence est banalisée, où l’on se sent déconsidéré, dans lequel l’horizon parait bouché c’est forcément un fardeau. Heureusement, il y a beaucoup d’exemples de vies débutées dans ces quartiers qui ont pris un tournant tout autre mais cela demande plus de force, de volonté, de courage qu’à d’autres. C’est ce qu’on appelle « l’inégalité des chances ». Je ne sais pas si j’aurais eu cette force…


• Vous racontez le foot comme un fan de ballets russes, et c’est beau.
C’est plutôt osé d’intégrer cet ingrédient dans un livre non ?

G.P : D’abord Merci ! J’ai voulu décrire le football comme je le ressens et oui, pour moi son esthétisme est proche d’un ballet, la danse est d’ailleurs un art dont je suis passionné. Je savais que cela était osé d’évoquer le football dans un roman, surtout un premier roman. Personne ne vous connaît et vous intégrez dans votre récit un élément très peu répandu dans la littérature et très souvent déconsidéré par le monde littéraire.

J’ai voulu prendre ce risque pour rendre hommage au football, évoquer sa beauté, sa noblesse. J’ai tenté d’en faire une matière littéraire car, selon moi, la symbolique du football est puissante. C’est d’ailleurs Camus dont la passion première était le foot qui disait : « Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois… ».

Dans mon roman, j’établis un parallèle entre ce sport et l’existence de mon héros, Hamed. Mais ce n’est pas un roman sur le football, je ne le mets pas en scène d’une manière omniprésente, loin de là. Par contre, de manière sous-jacente, invisible mais permanente, je voulais que le ballon rond tourne durant tout le récit. Il tourne plus ou moins vite au gré des aléas de l’existence de mon personnage principal mais il tourne. 


• J’ai adoré le personnage du père de François, Pierre. Mi grossier gros-dur, mi père au cœur tendre.
Il participe encore plus à cet ancrage du réel, et à nous faire rire aussi. Il existe ou vous l’avez complètement inventé ?

G.P : J’ai entièrement inventé ce personnage. J’ai beau chercher, je ne connais personne qui lui ressemble…C’est un personnage que j’aime aussi beaucoup. Je me suis pris d’une grande affection pour lui et j’ai adoré le dessiner.  


• Il semblerait que vous soyez en train d’écrire votre deuxième roman (on a le droit de le dire ?;)), vous êtes piqué ça y est ?

G.P : Work in progress… !
Pas encore Charlotte mais bientôt j’espère !
L’épreuve du deuxième roman est quelque chose de particulier mais il y a une part de défi à relever très stimulante je trouve. Et oui, je suis clairement piqué !

L’écriture s’est imposée à moi et l’espace de créativité qui lui est lié m’est devenu indispensable. J’ai désormais le besoin d’écrire, d’exprimer des émotions, d’inventer des histoires. C’est une chance fabuleuse de pouvoir s’échapper par les mots même si c’est parfois difficile à conjuguer avec un job ou une vie de famille. C’est devenu ma came et je ne sais pas si j’arriverai à retirer la seringue un jour. Je n’ai aucune volonté de le faire d’ailleurs !


• Vous pensez rester dans le registre du roman fictif ou peut-être un jour vous rapprocher du roman plus autobiographique ?

G.P : Dans mon prochain roman, je me situe bien plus dans l’autofiction.
J’y parle notamment du journalisme, de mon rapport à mes origines mais tout cela en passant par la fiction. Il y aura une part de moi, un aspect introspectif plus important que dans « Ta vie ou la mienne » mais mon imaginaire reste mon moteur principal.
Je préfère le dire par avance : le personnage principal de mon deuxième roman, ce n’est pas moi.



• Où écrivez-vous ?

G.P : Chez moi à Paris mais j’essaie de bouger le plus possible…J’ai mes coins, des espaces de coworking géniaux principalement dans le quartier latin.

L’écriture isole mais parfois on ressent le besoin d’être au moins entouré. Sinon j’écris au bord de l’océan où j’ai la chance d’avoir une maison. Je surfe –autre de mes passions- et j’écris. L’océan est quelque chose de fantastique notamment pour se  nettoyer l’esprit.

Il vous lessive, vous enveloppe, vous malmène, demande toute votre attention. J’en ressors le plus souvent l’esprit plus léger et plus disponible pour écrire. Le rappeur Kery James dit dans l’un de ses morceaux : « la tête trop lourde pour l’avoir dans les nuages » et c’est exactement ça, il faut pouvoir avoir la tête dans les nuages en étant, pour quelques instants, débarrassé de ses soucis  pour créer.  



• Si vous deviez citer un ou plusieurs livres qui vous ont plu dernièrement ?

G.P : Je lis peu en phase d’écriture mais dernièrement, il y a incontestablement le roman de Gabriel Tallent « My Absolute Darling » qui ressort. Je l’ai trouvé sidérant. L’auteur arrive à installer une atmosphère lourde, suffocante, dérangeante de manière magistrale. C’est un grand roman.
J’ai aussi lu « Le lambeau » de Philippe Lançon qui est un récit très fort. Je n’avais jamais lu « Martin Eden » de Jack London et c’est chose faite depuis peu. Il est bien-sûr bien au-delà de tous les autres. Nous sommes là dans le domaine du génie.
Sinon, depuis que j’ai entendu Yann Moix parler du dernier livre de Diane Ducret, je me dis qu’il faut absolument que je le lise !


• Si vous deviez citer LE livre de votre vie, quel serait-il ?

G.P : Difficile de choisir un seul livre lorsqu’on est fou de littérature. Je dirais « Yiddish Connection » du journaliste et auteur américain Rich Cohen.

Ce n’est pas un roman et il n’atteint pas, bien-sûr, la puissance poétique, littéraire de mes romans préférés (« Le soleil se lève aussi » d’Hemingway, « Le Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, « L’Attrape-Cœur » de Salinger, « Le nœud de vipères de Mauriac », « L’Assomoir » de Zola ou « Sur la route » de Kerouac) mais c’est le livre que j’ai le plus lu.

Il raconte l’histoire des gangsters juifs américains du début du XXème siècle à la fin des années 30. Les vies de ces truands sanguinaires constituent ma propre mythologie, mon Iliade, mon Odyssée.


• Références :

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