De la bombe

• Le mood :

Quand la beauté des mots va de pair avec la violence des bombes.
Une histoire de fuite, une histoire folle qui nous tient jusqu’à la dernière ligne.
De la Bombe vous pète à la figure, c’est foudroyant !


• L’histoire :

BOUM ! C’est de la bombe de la vraie !
Dans un luxueux hôtel d’Istanbul, au bord du Bosphore, Ophélie va poser une bombe.
Laisser le fracas assourdir le choc.
Que le monde tremble.

« J’aime le Bosphore qui se gonfle d’orgueil sous les regards ébahis des voyageurs et qui, la nuit, avale des milliers de cadavres en secret. »

Elle pourrait la poser dans la suite 432. L’objet de la vengeance.
Mais ce sera près de la piscine dans laquelle elle faisait des bombes à la nuit tombée.
Pour passer ses nerfs.

Ophélie aime Sinan. Un homme plus âgé, riche, il la domine de toutes ses humiliations.

« Tu n’as pas l’âme d’un écrivain, ça se sent tout de suite. »

Un homme pour qui elle s’affame. Son seul désir étant de lui plaire. « Riche et visqueux ».
Sinan est un homme qui écrase. Ophélie est sa chose, son jouet.

« On me propose un remake de cinquante nuances de Grey. (…) dès le premier RDV il ordonnait du satin noir. »

Un appartement qu’il a trouvé et a décoré à son goût.
Une garde-robe qu’il a lui-même choisie pour répondre à ses instincts les plus féroces.
Un insecte dans un verre. Une souris dans un piège.

Ophélie laisse des traces et salis les sols de fluides et de corps quand Sinan est absent.
Un drame se prépare dans l’ombre des absences.
Ce désir plus fort que tout. L’odeur de la mort comme celle de la liberté.
Éliminer l’autre pour exister. Revenir au monde.

Si elle ne peut être aimée de lui, alors elle sera haïe de tous !
Splendeurs et décadences.
La cour des riches qui ne va pas tarder à être arrosée avec autre chose que du champagne.

Cette bombe elle devait la poser avec Derya, la femme de chambre, une beauté sombre aux boucles noires, mais le plan a changé.

O. Est inquiète de tout. Du monde. De sa laideur. De la solitude, de son enfance, des mensonges, des corps et des sirènes d’ambulance.

« J’avance. Quelque chose va se produire, quelque chose va basculer. Tu es prêt le monde ? »

O. boit et s’enivre pour entrer dans le monde, s’ouvrir. Oublier cette sobriété qui prolonge la souffrance et l’intensifie.

L’alcool désaltère les pages et les personnages.
Bières, whiskies. Toute classe sociale, personne n’est sobre ici !

O. quitte Sinan.
Elle aime les naufrages, les ruptures.
Elle l’aime autant qu’elle souhaite l’éliminer.

Et puis c’est l’explosion.
Les crimes.

Un enchevêtrement qui mêle le destin de plusieurs personnages à celui de la mort qui semble n’effrayer personne d’autre dans ce livre que le lecteur.

Les corps se rapprochent entre Ophélie, un homme tout juste rencontré et un cadavre en décomposition.
Tout est étrange mais on jubile !
Ne pas crier car la nuit abrite la mort toute proche.

Un roman à l’odeur de sexe, de musc, de substances illicites, de vin, de tabac froid, de joint, de sang, d’illusions désertées, d’amour anéanti, de langue qui soulève les creux brûlants, de cœur séché, de besoin d’exister, de respirer par chaque pore au travers de la mort.
Un hublot sur la vie.

Une ode à la pauvreté qui tente de s’élever dans un monde trop bas et aux nantis bien nés de ne plus descendre des tours dans lesquelles ils se sont confinés.

Plus on avance dans l’histoire et plus les contours de la vie d’Ophélie apparaissent.
On la suit comme on subit les virages d’une route trop exiguë.
La fuite, le monde en feu. Ce monde qu’elle désire tant pourtant.

Du lyrisme dark, des traits d’esprit, aux rails d’humour, c’est tout simplement magnifique !
J’aimerais tant savoir comment c’est dans la tête de Clarisse…


• L’extrait :

« Si la mort tient l’évidence implacable du néant par la main, elle fredonne en sourdine dès orgasmes à tombeau ouvert. »


• Mon avis :

Quand la beauté des mots va de pair avec la violence des bombes.
Ce bouquin aurait très bien pu s’appeler « Tremble avec elle. », à sa lecture, j’aurais bien pris une (plusieurs) Tequila moi aussi !

La construction nous embarque dans une mer agitée. Une poésie exaltée.
Le personnage dit peu de choses d’elle.
D’où vient-elle ? Qui est-elle ?
On tremble de ce qu’elle ne dit pas, de ce qu’elle ne ressent pas.

Ce livre c’est du génie ! Clarisse Gorokhoff oscille entre passé et présent, nous révélant de manière éparse un peu de l’histoire d’Ophélie.
Jouant des mots pour nous faire ressentir chaque tumulte de la fuite.
On ne peut rien dévoiler sans trop en dire, il faut le lire ! absolument.


• L’auteur :

Clarisse Gorokhoff

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Jeune écrivain, Clarisse Gorokhoff a vécu plus de cinq années à Istanbul où elle a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable. Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être -à la fois triviales et bouleversantes- qui forgent la société de nos jours.

*Source : Babelio


• Références :

  • De la bombe
  • Auteur : Clarisse Gorokhoff
  • Maison d’édition : Éditions Gallimard
  • Date de publication : mai 2017

5 commentaires sur “De la bombe

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