Travailler à tout prix

Le mood :

Amateurs de la vie, qui prend parfois des formes inattendues, des chutes que l’on ne s’imaginait pas mais qui peuvent tous nous toucher, ce livre est pour vous.
Un témoignage, une critique du monde du travail dans lequel nous évoluons, de l’emprise psychologique qui se mue en des souffrances silencieuses qui méritaient d’être écrites.


• L’histoire :

« Didiiiier… mais il est où ce con ? Vous n’avez pas vu Didier ? De toute manière, je ne sais pas pourquoi je vous pose la question, vous ne savez jamais rien ! »

Ça c’est le milieu de l’histoire.

J’ai rencontré Cédric cet hiver à Paris, dans une soirée littéraire. Toute heureuse de mettre enfin un visage sur l’auteur de Le off des auteurs, nous avons beaucoup discuté. Quand j’ai dit OUI pour lire son livre, je n’imaginais pas ce que j’allais découvrir.

C’est l’histoire croisée de Cédric mais aussi de Nicolas. Tous deux ont connu le chômage.
Nicolas après être passé par BFM, Europe 1 et une startup se retrouve au chômage avec un joli pécule de départ qui lui permettrait de rebondir. Il le pensait.

Cédric se retrouve au chômage après avoir bossé comme un fou pendant des années et finit par tout perdre. Sa femme. Sa fille. Son appartement. Je lis ces lignes, et je me dis « Ça peut tous nous arriver ma grande. » Qui ne l’a pas déjà imaginé ?

« C’est ça, je suis un clandestin social… Certains vont me plaindre, d’autres me condamner. »

Nicolas :
Devenir un chômeur bricoleur.
Balader la conseillère de chez Pôle Emploi. Gagner du temps.
Un projet qui finit dans un tiroir.
Ce sentiment terrible d’être l’élément inutile d’une machine qui tourne seule.

Cédric :
Passer du chômage au RSA. Vendre jusqu’au dernier meuble. S’éclairer à la bougie. Se souvenir de ce salon quand il était encore habité d’une femme et de sa fille.
Tout perdre est si vite arrivé.
Chercher de l’aide auprès des services sociaux.
Trouver une porte fermée.

C’est alors que j’apprends :

« Sachez qu’il faut 45 jours d’errance pour bénéficier de services sociaux. »
« (…) j’aurai le temps de mourir combien de fois ? »

Mais dans quel monde vit-on ?!

La rue arrive. L’errance sans but dans le métro. La peur. Le froid.
Trouver un but pour survivre.
Ne pas déprimer pour ne pas s’exclure plus encore.
Pousser les portes et se voir proposer des hôtels par la DAL.
S’engager à leurs côtés.

Nicolas assiste à une émission sur le chômage, une patronne lui propose un job et hop !
Cédric sera embauché par la même bonne fée…qui s’avère être complètement cinglée !

Un silence de mort dans les couloirs malgré le nombre de salariés. Des règles strictes.
Des employés terrorisés.

Des scènes surréalistes.
Une alarme pour sonner les employés de rentrer dans les locaux. Des pauses minutées.
Interdiction de téléphoner vers l’extérieur.
Le simple droit de répondre aux appels de la boss. Deux sonneries. Pas plus. Sinon…

Des insultes.
On se dit «Comment peut-on accepter ça ? »
Et c’est là qu’est le danger. L’emprise psychologique. Le processus lent de destruction massive de votre capacité à penser et réfléchir…
Un environnement incertain où la délation est de mise.
Les gens s’observent. La déstabilisation est un jeu quotidien : changer Cédric de bureau chaque jour.
Empêcher les salariés de nouer du lien entre eux.

« En tout cas, je crois bien que ça y est je suis intégré ! (…) « je vous ai autorisé à parler ? » « C’est un vrai torche-cul votre truc. » »

Il n’y a plus de sens ni de logique.
Des scènes ubuesques, gênantes.

Les ordres sont clairs. Pas un mot chez les clients. Garder la tête baissée.
L’isolement comme rupture de soi.
Lavage de cerveau et soumission.
Se retenir d’aller aux toilettes de peur que le téléphone sonne.

L’esclavage moderne.
Nicolas et Cédric seront finalement licenciés. Retour case départ. Chômage. SDF.
Le travail a parfois un prix. Lourd de conséquences.

Heureusement on ne croise pas ce genre d’histoire tous les jours.
Il y a aussi des boss géniaux !
Mais je peux témoigner également d’avoir vu dans une boîte que je ne nommerai pas des salariés se faire insulter, humilier, jeter au visage des documents. Se faire virer illégalement avec de faux témoignages à l’appui. Le monde du travail doit être celui de la réalisation personnelle, grandir ensemble, se nourrir les uns des autres.
Ce livre nous rappelle que tomber, tout perdre peut arriver à n’importe qui.
Tendre la main, donner une chance est plus que crucial dans le monde actuel.


• L’extrait :

« Nous croyons dans l’épanouissement professionnel, et c’est parce qu’il existe, heureusement, dans de nombreuses entreprises qu’il est nécessaire de dénoncer celles qui le réduisent à néant.»


• Mon avis :

Un livre essentiel.
Je suis pour les chefs d’entreprise qui créent de l’emploi. Fille d’entrepreneur depuis toujours.
Mais surtout une fille fière d’avoir un père juste qui a toujours su récompenser ses salariés et les aider dans tous les moments de leur vie, dans toutes leurs difficultés.
Mais force est de constater (et j’ai vu des scènes de mes propres yeux), que certaines entreprises sont simplement inhumaines. Des machines à broyer les hommes. Votre pensée. Votre libre-arbitre. Des tyrans qui jouissent d’un pouvoir que tous leur confèrent en gardant le silence.

Je trouve courageux de témoigner, même si les noms ont été changés.
Je trouve courageux de raconter une descente aux enfers dans une société qui ne loue et ne met en scène que les success-stories d’entrepreneurs géniaux.

Ce que j’aime dans ce livre, c’est qu’il n’est à aucun moment question d’apitoiement. C’est un livre combattif. C’est un livre qui prend la parole pour tant d’autres qui n’oseront pas.
C’est un livre du « ensemble », écrit à quatre mains. Je trouve ça beau de ne pas s’être lâchés après la fin de l’aventure dans cette boîte.

On ne peut pas continuer à taire cette souffrance. J’espère que ce livre déliera les langues. Apportera du courage à tous ceux qui acceptent aujourd’hui l’inacceptable.


• Les auteurs :

Cédric Porte :

cedric porte.jpg

Écrivain et auteur du compte @leoffdesauteurs sur Instagram.
Retrouvez-le également sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/leoffdesauteurs/

Nicolas Chaboteaux :

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*Journaliste à BFM puis Europe 1, Nicolas Chaboteaux collabore à un magazine sportif jusqu’au jour où, licencié économique, il se retrouve au chômage. Découvrant à près de quarante ans l’extrême difficulté du marché de l’emploi, il est prêt à tout pour travailler à nouveau… Il vient de publier, avec Cédric Porte, « Travailler à tout prix » aux éditions du Moment

*Source : Babelio


• Références :

  • Travailler à tout prix
  • Auteurs : Cédric Porte et Nicolas Chaboteaux
  • Maison d’édition : Éditions des Grands-Augustins
  • Date de publication (France) : Juillet 2017

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