Ma grande

Le mood :

Une lecture puissante sur la maltraitance psychologique d’une femme sur un homme.
De tous ces coups invisibles qui détruisent. De l’emprise terrible qui peut empêcher un homme de partir.


• L’histoire :

« Tu me faisais des brûlures et je débrûlais jamais. Ça change rien à l’histoire ni à la vérité. Je t’ai tuée, ça se fait pas. Je vais l’écrire et voilà. Je t’ai cherché un prénom parce que je veux raconter. »

Être un homme mais ne plus l’être
Il y a des femmes qui entrent dans votre vie
Et détruisent tout en vous
Tout. Autour de vous.

Des bleus à l’âme comme dirait Sagan.
Une maltraitance silencieuse.

Il y a ces femmes qui vous aiment et vous admirent
Puis il y a celles qui vous méprisent et annihilent toute vie en vous.

Rencontrée à la piscine,
Un amour de quelques instants seulement.
Premiers instants auxquels il s’accrochera 15 années durant.
Une histoire qui part trop vite. Comme un coup de fusil raté.
La maison, le mariage puis l’enfant.

« Je t’ai demandé de m’épouser un vendredi soir, pour passer un bon week-end. »

Elle. Ma Grande.
Elle, assassinée. Il raconte pour s’en délivrer.
Car les monstres nous survivent longtemps.
Lui. Prisonnier du spectre.

« Écrire je le fais juste quand je le fais, parce que je m’entends parler, vraiment, et que personne m’interrompt pour me dire que je suis con. Avec toi, je pouvais plus. Tu m’avais coupé la plume aussi. »

Annihiler l’autre. L’empêcher d’exister.
Tuer ses passions.

Ce poison qui se répand en lui
En sa fille.
Sa lâcheté pour seul habit.

« Un jour, j’ai écrit un poème avec que des noms. J’avais plus rien. Le seul verbe qui venait c’était Meurt. »

Radine. Mesquine. Jalouse. Méchante.
Odieuse. Ordurière. Égoïste. Inhumaine. Insensible.
Perverse. Sadique. Castratrice. Déséquilibrée. Chieuse. Emmerdeuse.
Instable. Dangereuse. Destructrice. Manipulatrice. Menteuse.

Ne plus oser lever les yeux.
Se couper de tous ses amis pour ne pas attiser la fureur.
Vivre reclus. Cacher sa honte des humiliations.
Vivre en apnée. Vivre comme mort.
L’emprise. Ne pas oser partir.
Espérer toujours.

« La nuit t’étais gentille, j’aimais bien la forme de ton corps dans mes bras. »

On se demande comment tout cela est possible.
Comment peut-on accepter de subir cela pendant tant d’années.
Le début du livre est la fin inéluctable de l’histoire.
La seule fin qu’il ait réussi à écrire.


• L’extrait :

« À la baie des singes, tu as été la vedette, contente d’annoncer qu’à la palpation, ton médecin t’avait trouvé le cou enflé. Tu as dit suspicion de tumeur. (…) Personne ne te croyait, personne n’avait envie d’avoir pitié. »


• Mon avis :

Un roman totalement poignant sur la violence psychologique subie par l’homme dans un couple. On ne le lâche pas.
Claire Castillon réussit un véritable tour de force : se glisser dans la peau de cet homme maltraité, dans ses mots.
Un phrasé nu. Dépouillé de tout ce qui aurait pu enjoliver le récit, ce dont cet homme détruit est incapable.
Il n’y a plus que la vérité.
Une écriture qui parle. Qui dit ce qui a été tue.
Qui nous offre cette tonalité effrayante.

L’exercice est bluffant. Le récit également :
le texte est jonché du spectre de cette femme qui vient le contredire jusque dans l’écriture.
« C’était pas cette année. »
« C’est pas ces couleurs. »

C’est aussi une analyse sanglante sur certains petits travers féminins exacerbés à l’extrême pour devenir le pire des scenarii.


• L’auteur :

Claire Castillon,

claire-castillon-couv.jpg

*Nationalité : France
Né(e) à : Boulogne-Billancourt , le 25/05/1975
Biographie :

Claire Castillon est une écrivaine française.

Issue d’une famille aisée, elle pour­suit des études litté­raires et décroche un DEUG. En 2000, elle publie son premier livre, « Le Grenier », mais il lui faut attendre son deuxième roman « Je prends racine » (2001) pour acquérir le statut d’écrivain aux yeux des critiques.

Depuis, elle a publié de nombreux ouvrages et aussi des recueils de nouvelles. Elle est traduite en 20 langues.

En 2010, elle publie « Les Bulles », recueil de nouvelles que son amie Marion Vernoux adapte sur scène au Théâtre Marigny en janvier 2013.

« Tous les matins depuis hier » (2013) est son premier roman jeunesse. En 2014, son roman « Eux » a décro­ché le prix Marie Claire du roman fémi­nin.

En 2016, ses 21 nouvelles sont réunies au sein d’un recueil intitulé « Les messieurs ». Elle est également l’auteur d’une pièce de théâtre, « La poupée qui tousse ».

De 2004 à 2005, Claire Castillon anime « En attendant minuit » sur TPS Star, une émission ludique et informative sur l’actualité du sexe.

Au début des années 2000, elle a une relation, pendant deux ans et demi, avec Patrick Poivre d’Arvor, liaison à laquelle il fait allusion dans son roman « La Mort de Don Juan » (2004).

 *Source : Babelio


• Références :

  • Ma Grande
  • Auteur : Claire Castillon
  • Maison d’édition : Gallimard
  • Publication : Mars 2018

2 commentaires sur “Ma grande

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