Dans ces bras-là

Le mood :

Si vous êtes un homme, c’est à vous que s’adresse Camille Laurens. C’est votre secret qu’elle tente de percer, votre langue.
Si vous êtes une femme, vous êtes forcément ce qu’elle appelle le lecteur.
Mais ce livre ne nous est pas dédié même s’il nous parle plus que n’importe quel autre sujet.


• L’histoire :

« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour, n’est-ce pas ? Le corps est la seule preuve d’amour — ou plutôt non, non, pas la seule : les hommes libres peuvent partir, et quelque fois ils restent — voilà la plus belle preuve d’amour : prendre la liberté de rester alors qu’on pourrait s’en aller. »

Dans ce roman il n’est pas question de femmes. Camille ne les aime pas beaucoup.
Une obsession. Une seule. Les hommes.

« Ce serait un livre sur les hommes, sur l’amour des hommes : objets aimés, sujets aimants (…) »

Ce que signifie être dans leurs bras. Vouloir y être. L’imaginer. Le fantasmer…
Vivre dans leur regard. Exister.
Le premier amour, le mari, l’amant, le psy, le grand-oncle, le grand-père, le père, l’éditeur, le professeur…

Un homme croisé là. De dos.
Le suivre.
Chercher son nom, l’imaginer. Y voir des signes.

« Mais attendre quelqu’un, n’est-ce pas un moyen d’être avec lui ? »

S’éprendre de cet inconnu qui deviendra son psy.
Peut-elle le séduire par autre chose que son corps ? Par ses blessures ?

« Elle aime les hommes qui pensent aux femmes. »

Avec lui, elle va faire revivre l’ensemble des hommes de sa vie.
L’auteur décompose-recompose.
Un mariage de 15 ans. À terre. À genoux.
Comment l’amour s’en va ?
Elle n’a que faire du mariage, elle souhaite que l’homme la pénètre, l’épouse entièrement.
Ne pas être deux. Ne faire qu’un.

Elle veut être découverte, telle une terre étrangère.

Le mari ? « C’est un homme mort ».
Parfois elle se dit que ce n’est pas l’amour qui meurt. Mais l’homme.

L’amant qui manque. L’absence.

« Elle ne comprend pas comment c’est possible : je t’aime puis je ne t’aime pas, dans la même bouche, puis dans le même silence. »

Viennent le père et sa pudeur.
Des vides. Ce père qui n’a pas de bras pour elle ; enfant.
L’amour dans les silences.

« (…)elle babille, elle raconte, elle invente le monde. Du moment qu’il l’écoute, qu’importe s’il se tait. Elle parle pour lui. »

Une mère qui remplaçait chaque soir le père par l’amant.
L’amant : André. Nom que porteraient alors tous les amants des livres de l’auteur.
Un seul nom pour de multiples visages.

Elle découvre avec son premier amour les secrets de la langue. Les mots qui font revenir. Les mots qui peuvent autant tuer que ramener à la vie.

L’auteur énumère ce qui fait les hommes pour elle.
Recherchant les mots du père. Tentant de percer leur secret.
Elle découvre ainsi que les mots du père sont dans tous ses écrits.
Cette langue crue. Masculine. Qui ne s’enrobe pas d’inutile.

« Que c’est ça les hommes. Qu’ils montrent leur dureté, leur ingratitude, leur injustice, leur fierté, l’amour d’eux-mêmes et l’oubli des autres. Qu’ils sont ainsi faits — c’est leur nature. »

Pourquoi certains vous désarçonnent ?

« Il y a des hommes interdits. Des hommes devant lesquels on reste interdite. »

Pourquoi d’autres reviennent inlassablement dans votre vie ? Comme l’homme sans bras.
L’homme que l’on panse.

Elle écrit, car il n’y a pas de réponse.
L’homme. Celui qui règne sur toute sa vie.


• L’extrait :

« Elle se remplit de leur image comme un lac du reflet d’un ciel. »


• Mon avis :

J’avais été complètement bouleversée par Celle que vous croyez de Camille Laurens l’été dernier.
Le talent de l’écrivain c’est cette émotion folle qui se dégage de son écriture sans détour, parfois abrupte comme cette langue du père, parfois tendre et fragile, parfois crue.

Un sujet récurrent : les hommes.

On retrouve dans Dans ces bras-là cette même obsession du psychanalyste. Ce besoin de le séduire par ses mots, son intelligence. Celui à qui elle se livre entièrement.

Dans ces bras-là
est un livre à la construction anarchique, fragmentée. Au fil de la pensée et de la plume de l’auteur. On avance au milieu des morceaux qui nous sont donnés à lire, recomposant l’histoire avec l’auteur.
Tout le récit nous est raconté à la troisième personne. Mettant ainsi une distance avec elle-même.

Ce livre recompose un visage de l’homme au travers de multiples personnages. J’aime ses interrogations, ses énumérations qui cherchent en vain une définition. Alors elle dépose tout sur le papier. Tous ces adjectifs qui pourraient les définir. Les traduire peut-être ?
J’aime aussi cette franchise de l’auteur. Ce besoin de mettre une distance avec le lecteur. De lui demander de ne pas lui écrire. Elle écrit pour eux, pour les hommes sans vouloir en retour qu’on l’approche. Ce serait briser un secret. Un mystère qu’elle aime à conserver.


• L’auteur :

Camille Laurens,

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de son vrai nom Laurence Ruel-Mézières, est une romancière française.
Agrégée de lettres, elle a enseigné à Rouen, en Normandie, puis, à partir de 1984, au Maroc, où elle a passé douze ans.

Elle a été nommée officier dans l’ordre des Arts et des Lettres en 2006.
Son premier livre, « Index » est publié en 1991 aux éditions POL. Il ouvre une tétralogie, dont les autres parties sont : « Romance » (1992), « Les Travaux d’Hercule » (1994) et « L’Avenir » (1998).
Entre le troisième et le quatrième volet, survient le drame personnel qu’elle a vécu en 1995, avec la mort de son nouvel enfant. Cette douleur sera à l’origine de « Philippe » (1996).
En 2000, avec « Dans ces bras-là », elle obtient le prix Femina et le prix Renaudot des lycéens.
En 2008, elle obtient le Prix Bourgogne de littérature pour Tissé par mille.

Depuis septembre 2011, elle enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris.

 *Source : Babelio


• Références :

  • Dans ces bras-là
  • Auteur : Camille Laurens
  • Maison d’édition : P.O.L
  • Date de publication originale : Août 2000

2 commentaires sur “Dans ces bras-là

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