Où passe l’aiguille

• Le mood :

À lire si vous êtes dans un bon mood. Il ne s’agit pas d’une lecture légère. L’auteure retrace la vie de son cousin Tomi, déporté dans les pires camps de concentration puis hissé au plus haut rang de la haute couture française.


• L’histoire :

Hongrie. 1944
Tomi a 14 ans. Du haut de son arbre, il observe les filles de joie.
Fils de tailleur, Tomi n’a pas envie d’apprendre à coudre.
La plomberie c’est beaucoup mieux.

Et oui car les nazis ont pris la Hongrie.
Les enfants juifs n’ont plus le droit d’aller à l’école.
Les tailleurs juifs n’ont plus le droit d’officier.
Oscar, son oncle sent le vent tourner.

Il cache tout. Les bobines. Les tissus.
Il paraît que de nombreux juifs sont emmenés dans des camps pour travailler.
Aucun ne se doute de l’horreur qui les guette.
Ils attendent.

Tomi n’aime pas manger
Le chat oui heureusement.

Tomi fait des listes de ceux qu’il aime.
Ses amis ; Matyas, Hugo, Serrena.
Ses parents plus trop depuis un secret bien lourd.
Une maman en toc, une maman pour de faux

Tomi nous raconte l’avant.
Les pique-niques à la rivière, les jeux dans les arbres, les foots entre amis…
Avant les allemands.
Avant les camps.
Avant de savoir que cette époque serait pour toujours révolue.

Et la vieille Berta qui surveille derrière sa fenêtre.
Ceux qui partent, qui reviennent.
Ceux qui dénoncent. Ceux qui ne reviendront pas.

« Seul l’amour te dévaste autant quand il disparaît dans la nature, un peu plus et j’en pleurerais, de leur tendresse inquiète (…) »

D’abord parqués dans une briquerie,
Arrivent les wagons puis Auschwitz.
Les images que l’on connait.
Les corps nus. Auscultés. Violentés.
Viennent Buchenwald, Dora…
Les wagons sans latrines.
Les gens tombent. Désespèrent.

Rester ensemble.
À tout prix. Puis être séparés. Survivre.
Voler. Au prix de la vie des autres tant que la sienne tient encore.
Ne pas siller.

Le père de Tomi sent vite qu’il ne vivra pas bien longtemps.
Il trouve une place de couturier à l’extérieur du camp.
Pour habiller les nazis et les kapos.
Tomi reste seul. Son copain Hugo est là aussi.
Si seulement il avait appris à coudre lui aussi…

« Dans le camp, un clou te tue, un fil te sauve(…) »

Alors il va réussir à se faire prendre comme balayeur dans un atelier.
Puis chaque jour observer.
S’entraîner en cachette.
La libération voit les corps continuer de mourir. Les malades en quarantaines.
Ils retournent enfin au pays. Il ne reste rien.

La haine alimente les ventres.
Tomi ne veut plus parler ni se souvenir.
Les morts ne reviennent pas.

« Je ne veux surtout pas provoquer ma mémoire ; au contraire, la tenir en laisse courte, l’enfumer. »

1947, lui et son père partent pour Paris.
Tomi apprendra le métier de tailleur et couturier auprès de son père puis d’un mentor ensuite.
Marcel.
Il se hissera petit à petit au sommet de la haute couture.
Celle qui danse, qui change au fil des saisons.

Le verbe change au fur et à mesure que le personnage grandit.
La beauté, les femmes, les défilés à l’air libre, Brigitte Bardot, John Lennon, Grace Kelly…

Chacun lutte pour vivre avec la mémoire des enfers.
Certains porteront le secret, certains écriront, certains créeront pour oublier.
Des plaies ouvertes et des fantômes.
Un linceul de tissu qu’il aimerait suturer.
Un livre pour ne pas oublier.


• L’extrait :

« La pitié a durcit avec le chagrin, nous n’avons plus qu’un cœur tanné. »


• Mon avis :

Un joli livre bien écrit. On y suit Tomi avec son langage d’enfant qui raconte. L’auteure y mêlent les récits des autres personnages. Nous révélant leurs commentaires, leurs pensées.
Le langage de l’enfant se meut en verbe d’adulte. L’histoire prend forme dans l’évolution psychologique du personnage.
Véronique Mougin retrace la mémoire familiale avec brio et sans pathos au travers du regard d’un enfant en colère et plein d’une rage de vivre.

Je ne vais pas mentir, pour moi ce fut une lecture difficile. Non pas parce que je n’ai pas aimé le livre. L’histoire est incroyable. Et très bien racontée avec force de détails historiques. C’est remarquable !

Mais j’ai vu nuit & brouillard à 12 ans…
J’ai grandi en Normandie, les plages du débarquement, les musées, les récits terribles,  les survivants qui venaient nous raconter l’horreur des camps à l’école…
Les images je ne les ai jamais oubliées. La folie humaine non plus.
Il faut continuer à raconter. Pour que jamais plus.
Mais je crois que j’ai aujourd’hui du mal à lire les mots, sur les images qui ne m’ont jamais quittée.
Il est en tout cas à mettre dans toutes les mains de ceux qui veulent savoir et des jeunes qui ne doivent pas oublier.


• L’auteur :

Véronique Mougin

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*Véronique Mougin est une journaliste spécialisée dans le domaine social et une écrivaine.

Elle travaille de 2005 à 2010 à l’Express puis collabore en free-lance à divers titres de presse (Marianne, Politis, La VO…) et magazines féminins dont Marie-Claire, Elle et Femme actuelle.

Parallèlement, elle se spécialise dans le domaine social et elle publie en 2005 deux ouvrages qui auront un certain écho dans la presse, basés sur ses enquêtes : « Femmes en galère, enquête sur celles qui vivent avec moins de 600 euros par mois » aux Éditions de la Martinière et « Les SDF / Idées reçues » aux Éditions du Cavalier bleu.

Elle publie en 2009 avec le photographe Pascal Bachelet, l’ouvrage « Papa, maman, la rue et moi. Quelle vie de famille pour les « sans-domicile » ?  » qui lui aussi, trouve un certain écho dans la presse.

En 2014, Véronique Mougin dirige la publication du « Dico des parents », du Dr Alain Benoit et Natacha Guilbert et en 2015, elle publie son premier roman, « Pour vous servir ». Avec ce roman, elle est finaliste du prix Marie Claire du roman féminin 2015.

*Source : Babelio


• Références :

  • Où passe l’aiguille
  • Auteurs : Véronique Mougin
  • Maison d’édition : Flammarion
  • Publication : Janvier 2018

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