Je partirai, je pars toujours

• Le mood :

Éternel insatisfait(e) ? En amour vous recherchez l’exaltation continue ? L’absolu ?
Un livre qui interroge sur l’incapacité au bonheur dans un couple.
Une Madame Bovary moderne. Avec ses rêves, ses envies, et non plus son seul suicide cette fois, mais celui du couple.


• L’histoire :

« Et si on partait à la mer ? »

Une question.
Comme une dernière chance.
Passer la dernière vague.
Ou être engloutis.

« On ne sait pas à quoi ça tient, l’enchaînement des choses, des temps, de l’imbrication, l’enlisement, le glissement entre deux êtres »

Judith
Des miettes sur la table
Elle les contemple
Y voit son histoire disposée là
Y voit un signe.
Au fond, savoir.

Regarder l’autre,
Le voir taire ses envies.
Prendre peur devant le silence
Combien de temps déjà ?

Des débuts qui se jouent simplement
Dans le pur attachement
Mais aussi la peur.

« Il faut que je te dise, je partirai, je pars toujours, tu es un homme de transition, nous ne construirons pas ensemble. »

Sait-on dès le début comment terminera une histoire ?
Le premier instinct.

« Depuis toujours ils se retrouvent dans le sexe, libres et sans retenue, enfin nus. Depuis le premier soir, les corps avaient d’instinct trouvé leur place l’un contre l’autre, su comment se mouvoir, se mouler, s’accorder. »

Se retrouver dans l’évidence des corps
Ressentir l’autre à travers ses pores
J’avance avec eux.
Entre leurs corps.

« Une lumière de Lune, de l’intime, du caché. »

Les années les éloignent.

« À peine ont-ils accompli les derniers gestes de l’amour que les corps se séparent, installent une frontière.»

L’amour au cœur
L’amour qui meurt.
Sentir le souffle.
La main qui abandonne.
La solitude qui prend racine.

Par-delà les murs des rires, des larmes
Judith scrute, contemple, écoute observe.
Rien n’est laissé au hasard. Cérébrale.
Pourtant tout peut changer.
Instable, funambule.

Avant Yann s’exaltait.
Lui sautait au cou.
Se fondre en l’autre
Ne plus rien calculer.

Yann est photographe
Hors du temps.
Il médite, contemple
Il aime le silence, l’attente.
Rester loin des hommes
Prendre la bonne distance.

Laisser l’autre entrer sur ses Terres.
Territoire de l’enfance
Manoir touchant le ciel.
Elle l’avait tenu à l’écart.
L’inviter puis la déception.
L’acte est grand.

Judith a toujours disparu.
Besoin d’être en elle.
Une relation sans racine sans ancrage
Une relation fantasmée plutôt que pleine de vie
À trop vouloir ériger un modèle
Ne perd-on pas l’histoire ?

Yann est las des questions détournées
Des mots derrière les mots
De toute cette complexité ;
Une barrière s’érige.
Il ne croit plus.

Seule à se battre.
Seule face aux doutes.
Exalter chaque instant c’est tuer la poésie de l’ennui à deux.

Compter ce qu’il disait et qu’il ne dit plus
La digue
La mer et ses vagues qui disparaissent
Flux et reflux du ventre des amants
Mouvement immuable
Le poids du souvenir
Le passé accroché à la terre.

Penser à rebours
N’aller nulle part.

Le Manoir.
Lieu des souvenirs qui caressent.
La mémoire.
Thadée, l’amie retrouvée.
Celle qui ne voulait pas la partager.
Le jeu du couple se joue ici.
Au milieu des amis, des récits.

« À quoi ça rime cette comédie ? L’amener ici au bout de tant d’années pour l’abandonner au milieu des siens. »

À cette table
Une ronde des fissurés
Blessures de chacun charbonnée
En lambeaux le manoir.
Comme leur histoire.
Les bonheurs sucrés de l’enfance ne reviennent pas.

Être deux, mais si seuls.
Les corps qui ne se rejoignent plus

« La gêne de l’autre »

Sans le savoir elle précipite la chute.
Quand Yann n’attend qu’un signe.
Murée. Elle les condamne.

« Mais Judith ne voit pas, n’entend pas. »

Alors que Yann regarde au loin.
Judith ne cesse de regarder en arrière
Accrochée au passé.

« Combien ils aimaient à se surprendre. En pleine nuit, au petit matin, éveiller le corps engourdi à l’insolite du désir. »

Judith ne vit qu’au travers du goût de l’absolu,
Refusant toute médiocrité.
Imposant ses rêves.
Son besoin d’exaltation continue.
Précipitant la fin lorsqu’elle se sent déçue.
L’empêchement.
Son passéisme comme une entrave.
Son besoin de toujours plus, comme une enclave.
5 ans.


• L’extrait :

« Déjà le rejoindre. Elle le sent, elle le sait. C’est ici, précisément, du boulevard Raspail légèrement en contre-bas, que Yann débouchera. S’il arrivait dans son dos, c’est aussi une chose qu’elle pourrait deviner, son désir de la surprendre. Elle le croit. Elle veut le croire. »


• Mon avis :

Sylvia Rozelier écrit superbement la distance qui s’installe entre deux êtres.
Il n’y a pas dans les scènes l’un et l’autre. Non.
Il y a l’un. Seul.
Puis l’autre. Seul.
Pas de résonance, d’échos, de réactions des deux corps dans la pièce. Quand l’un est décrit. L’autre n’existe plus.
L’auteure compartimente et rend ainsi toute la force de la solitude qui s’installe.

L’écriture de l’auteure est poétique. Incisive aussi. Les adjectifs s’enchaînent, comme le vent vers sa fin inexorable.

Une description d’une justesse infinie.
Du sentiment, au sexe. Dans la communion comme dans la désunion des corps.
Dans la rage de la jouissance.

Ce roman pose une question essentielle.
Comment faire perdurer l’amour en acceptant que la passion ne dure pas toute une vie ?
Est-ce que le bonheur ne passe pas par l’acceptation que tout ne soit pas toujours qu’exaltation ?

En discutant avec l’auteure, Sylvia me parlait de Bovarysme pour décrire le personnage de Judith.
Et c’est tout à fait ce qu’il s’en dégage. Vivre sa vie au travers d’un état de rêve qui n’est pas la réalité. Se persuader que tout pourrait être plus beau, plus fou, plus exaltant. Ce qui la mène au suicide. Ici, le suicidé c’est le couple.


• L’auteur :

Sylvia Rozelier

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* Sylvia Rozelier est née en 1971. Elle vit et travaille à Paris. Elle est l’auteur de « Deux heures »et de « Je partirai, je pars toujours ».

*Source : Babelio


• Références :

• Je partirai, je pars toujours
• Auteur : Sylvia Rozelier
• Maison d’édition : Éditions Le Passage
• Publication : septembre 2008

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