Charlotte

• Le mood :

Charlotte. Une œuvre. Parce qu’elle parle de la sienne ; picturale. Parce que les mots immortalisent et racontent l’artiste extraordinaire qu’elle a été pour ne jamais l’oublier. Un merveilleux hommage.


• L’histoire :

« Parler, c’est risquer d’évoquer Charlotte.
Elle se cache derrière chaque mot.
Seul le silence peut soutenir la marche des survivants. »

Écrire Charlotte c’était « ne plus respirer à chaque ligne ». Ce livre que l’auteur a tenté d’écrire tant de fois s’est imposé à lui comme ça. Dans un style éblouissant par sa construction. Des phrases courtes. Des points. Des respirations. Une prose si poétique qu’elle nous emporte avec elle.

Je connaissais la fin inexorable de Charlotte Salomon.

Elle nous est annoncée en 4ème de couverture, on ne peut pas se cacher. On sait que cette petite fille deviendra génie de la peinture, et disparaîtra.

Le travail de recherche de Foenkinos est incroyable. Il nous emmène sur les traces de Charlotte. Les lieux, sa chambre n.1, la cachette des œuvres…

Il veut comprendre ce qui a précipité sa/leur perte.
Car elles étaient deux. Elle et le bébé qui grandissait en elle.

Son histoire est incroyable.
Une malédiction qui touche toutes les femmes de la famille. Un amour maternel qui peine à prendre place par peur (certitude ?) de perdre l’autre un jour. Alors pourquoi s’attacher ?

Une histoire familiale qui se répète incessamment, « comme le refrain des morts. »
La grand-mère perdra sa jeune sœur de 18 ans après la mort de leur mère. Elle aussi a sauté dans un fleuve. Des années avant le suicide de ses deux filles ; la première Charlotte dans l’eau glacée du haut d’un pont et Franzisca du haut d’une fenêtre.

« Les racines d’un arbre généalogique rongé par le mal. »

De nombreux suicides suivront cette famille.

« Tiens, quel est le mot utilisé quand on perd sa sœur ?
Il n’en existe pas. On ne dit rien.
Le dictionnaire est parfois pudique.
Comme lui-même effrayé par la douleur. »

 Un père chirurgien bourreau de travail et assoiffé de reconnaissance. Une mère absente, qui se suicidera elle aussi.

« Face aux incohérences maternelles, Charlotte est docile.
Elle apprivoise sa mélancolie.
Est-ce ainsi qu’on devient artiste ?
En s’accoutumant à la folie des autres ? »

Le cimetière devient le refuge de Charlotte. Son prénom, elle a appris à le lire sur une tombe.

La cause de cette mort, on le lui cachera.
Comment se construire sur un mensonge ?
Paula, une cantatrice, la nouvelle femme du père de Charlotte sent qu’un trouble l’habite et grandit. Tout le monde refusera de dire la vérité.

Paula chante. Et le nazisme arrive emportant tous les plaisirs et la vie elle-même.

Les juifs n’ont plus le droit de se représenter. Charlotte ne pourra pas poursuivre ses études. Les insultes pleuvent. Ils vivent reclus.
Certains fuient et s’exilent. D’autres veulent croire ou ne pas croire à ce qui est en train d’arriver et signe leur arrêt de mort en restant.

Charlotte, silencieuse, commencera des cours de peinture à domicile. C’est ce qu’elle veut. Peindre.

Alfred, un professeur de chant reconnu entre dans leur vie pour aider Paula et sa voix.
Un soir il entre dans la chambre de Charlotte, découvre ses tableaux et lit en elle un talent prometteur.

Depuis ce jour elle n’attend que son retour, un regard de lui.
Il lui demandera de dessiner pour un livre qu’il a écrit. Son histoire. La guerre. Les morts entassés.

« Les mots n’ont pas toujours besoin d’une destination.
On les laisse s’arrêter aux frontières des sensations.
Errant sans tête dans l’espace du trouble.
Et c’est bien là le privilège des artistes : vivre dans la confusion. »

Elle et lui deviennent amants. Amours.

« Alors qu’elle se sentait forte, c’est un ravage.
Le corps de Charlotte se met à trembler.
Il y a des ombres sur son visage.
C’est le passé qui prend la fuite. »

Mais la haine s’empare des amants et de la famille.
Les frontières se referment, Charlotte et Alfred vivent leurs dernières nuits sans le savoir. Après la nuit de Cristal en 1938, Charlotte fuit dans le Sud de la France et rejoint ses grands-parents à Nice.
Une erreur. Mais ils ne le sauront que bien plus tard…

La malédiction revient. Sa grand-mère saute par la fenêtre. Chaque suicide a lieu à 13 ans d’intervalle.
Charlotte calcule. 1953, ce serait la date logique de son suicide.
Mais elle n’aura pas le temps.

La France gronde contre les allemands.
Charlotte est emmenée elle aussi. Au camp de Gurs.
Le soir dans le dortoir un homme passe et se sert parmi les femmes…
Charlotte sera libérée du camp avec son grand-père.
Le retour à l’Hermitage, chez Ottilie, l’américaine qui les cache, est terrible.
Charlotte se laisse mourir.
Un médecin, pour la sauver et sentant son génie, la suppliera de peindre pour vivre.

Charlotte sent l’urgence de terminer son œuvre. Elle s’enferme et peint, sans plus s’arrêter, tous les personnages de sa vie. Elle finira par un autoportrait. Saisissant de beauté.
Elle devient une artiste absolue. Elle mêle l’écriture à son art. Écrivant sur quelle musique elle peint. Chantant. Racontant une scène ou expliquant comment la lire.

Elle sait que le danger est là, tout près. Elle décide de donner toute son œuvre à Ottilie par le biais de son médecin. Celui qui l’a sauvé par la peinture. Elle lui confie la valise avec ses œuvres et lui dira « C’est toute ma vie. »

Puis elle retourne à l’Hermitage où elle fait la rencontre d’Alexander. L’ancien ami d’Ottilie. Ils joueront ensemble « le théâtre de l’abandon. ». Vie ou théâtre ?
Il ne leur reste que ça. Elle tombe enceinte. Ils seront déportés. Séparés…

Charlotte laissera l’œuvre d’une vie. Ses souvenirs. Son amour pour Alfred.
En posant cette question :
Où est la vie ?
Où est le théâtre ?

On comprend toute l’obsession de l’écrivain pour l’artiste. Comprendre, savoir et démêler le vrai du fantasme.

 


• L’extrait :

« Au sortir d’une œuvre, le monde extérieur apparaît à nouveau.
Il est éblouissant après des mois d’introspection. On quitte brutalement l’habitude d’avoir les yeux rivés sur l’intérieur. »


• Mon avis :

Un pur chef-d’oeuvre. Un récit incroyable et poignant. Je ne peux le comparer à rien. Ni par son style, ni par l’histoire.
À la fin du récit, je n’avais qu’une envie c’était voir pour de vrai les tableaux de Charlotte Salomon. Les toucher du regard, la sentir revivre sous sa peinture, les mouvements de son pinceau, comprendre ce qu’elle a voulu dire et laisser alors même qu’elle savait, sentait que ses jours étaient comptés.


• L’auteur :

David Foenkinos

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* Après des études de lettres à la Sorbonne, David Foenkinos, formé au jazz, devient professeur de guitare.

Il avoue une admiration sans bornes pour le roman Belle du Seigneur d’Albert Cohen, ce qui l’amène à décliner régulièrement le thème de l’amour dans ses œuvres littéraires. L’auteur admet ne jamais (ou presque) puiser son inspiration dans son vécu, sauf dans « Les Souvenirs », qui s’inspire de son hospitalisation à 16 ans pour une maladie de la plèvre.

Après avoir été attaché de presse dans l’édition, David Foenkinos parvient à publier sur premier roman, « Inversion de l’idiotie », chez Gallimard. Il a depuis publié plusieurs romans dont « Entre les oreilles », « Le Potentiel érotique de ma femme », « En cas de bonheur » et « Les cœurs autonomes ».

« Le Potentiel érotique de ma Femme » lui assura un certain succès commercial et le prix Roger Nimier en 2004. A la rentrée littéraire 2007, il publie « Qui se souvient de David Foenkinos ? » où il questionne justement l’arrêt brutal de sa notoriété et la chute de ses ventes.

Après « Nos séparations » (Gallimard, 2008), Foenkinos décroche en 2010 le prix Conversation et le prix des Dunes avec son roman « La Délicatesse » (Gallimard, 2009).

La même année, les Éditions du Moteur publient « Bernard » tandis que Plon édite « Lennon », un ouvrage dans lequel l’auteur (et fan) se met dans la peau du Beatles assassiné.

Suivent en 2011 « Le petit garçon qui disait toujours non » (Albin Michel) et « Les Souvenirs » (qui sera adapté pour le cinéma par Jean-Paul Rouve), présenté à la rentrée littéraire par Gallimard. La fin de l’année 2011 voit également arriver dans les salles françaises l’adaptation du roman « La Délicatesse », avec à l’affiche Audrey Tautou et François Damiens. Un film réalisé par David Foenkinos lui-même, accompagné de son frère.

En 2013, il publie chez Gallimard « Je vais mieux » puis le remarquable « Charlotte », à la rentrée littéraire 2014, dans lequel il rend un hommage personnel et poignant à l’artiste Charlotte Salomon, assassinée en 1943 à Auschwitz et qui obtient le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens. Le roman sera adapté pour le cinéma par Olivier Dahan. En août 2016, une version illustrée d’une cinquantaine de gouaches de Charlotte Salomon et d’une dizaine de photographies représentant Charlotte et ses proches est éditée chez Gallimard.

En 2016, il change de ton et revient avec un roman satirique bâti comme un polar littéraire, intitulé « Le Mystère Henri Pick ».

*Source : Babelio


• Références :

  • Charlotte
  • Auteur : David Foenkinos
  • Maison d’édition : Gallimard – Folio
  • Publication : août 2014

 

9 commentaires sur “Charlotte

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