L’enfant qui

• Le mood :

Jeanne Benameur, c’est les âmes, le cœur, l’absence, la puissance du silence, les éléments : la terre, le ciel, le vent, la mer. Si vous êtes sensible aux sentiments bruts et sauvages, à la poésie aérienne mais profonde, que votre esprit vagabonde cherchant des espaces de liberté partout où il va, ne ratez pas ce livre. 


• L’histoire :

Quand le cœur explose, tout en silence.
Trois cœurs avancent sur des chemins qui leur appartiennent. Entre clair et obscur.
Tous sont en quête de liberté et la recherchent au travers du mystère d’une disparition à laquelle tous sont liés. Beaucoup de choses reviennent en eux.

Pour la grand-mère il s’agit de secrets enfouis et indicibles.
Pour le père, d’une liberté dont il s’est privé toute sa vie, terrifié devant celle de sa femme qu’il n’a jamais su comprendre. Allant même jusqu’à l’empêcher de parler cette langue qui l’effrayait tant.
Pour cet enfant, le fils, l’enfant qui, il s’agit de la liberté sauvage de sa mère qui coule dans ses veines. Cet enfant « adossé à l’absence » de sa mère disparue.

La narratrice nous raconte, prenant une posture de guide, d’observatrice. Elle suit l’enfant sur tous les chemins. Elle connaît bien sa mère…

« Avec quoi protège-t-on un enfant comme toi ? »

Elle nous raconte cet enfant, ce lien incroyable entre lui et cette mère absente. Partie on ne sait-où. Peut-être bien morte…

« Depuis combien de temps les yeux de ta mère ne se sont-ils plus posés sur toi ? Depuis combien de temps plus de mère ? (…) Toi, tu ne sais pas. Tu vis juste avec les moments obscurs, les moments clairs. »

Un enfant appelé par quelque chose qu’il ne comprend pas encore, l’encourageant à partir seul sur les chemins, accompagné d’un chien que personne ne voit.

« Quiconque te regarderait verrait bien pourtant que tu es un enfant qui marche tout seul, ta main caressant l’ombre. »

On comprend leur histoire à chacun en les observant tour à tour.
Le père, enchaîné à son village, n’ayant jamais rien vu d’autre. Il rencontre un jour cette femme du voyage qui lui a pris la main pour lire ses lignes.

« La main de cette femme qui avait pris la sienne, l’avait retournée, c’était comme toucher la neige quand elle vient les premières fois. Glacée et brûlante. »

Il repartira avec elle mais n’acceptera jamais sa langue venue de loin, inconnue.
Il aura honte de cette étrangère aux origines vagabondes…
C’est un homme qui cri, c’est une femme du silence qui murmure sa langue et ses chants lorsqu’elle emmène son fils avec elle, loin dans la forêt.

« Tu es né comme ça. Arraché aux cris de ton père et au silence de ta mère. Tu as appris dans le ventre de ta mère la violence de vivre. »

Il y a quelque chose de profondément terrien, de puissant, les arbres sont autant d’êtres qui accompagnent l’enfant tout au long de son cheminement.

« Ta mère t’avait dit que tous ceux qui marchent sur les chemins sont des arbres. »

Cet enfant qui marche vers l’inconnu. Fuyant une maison dont les murs et les gens sont devenus trop obscurs. Les silences trop pesants.
On entend son chant, venu d’outre-tombe, celui qui fait frémir le chasseur qui l’avait pris pour une bête.

« La langue de ta mère est là. En toi. C’est ton secret. »

Et en même temps, il y a quelque chose de très aérien, comme un envol, un appel à la liberté, aux chemins nouveaux, à la découverte de soi.

Les cris du père comblent l’absence. Un dessin, c’est tout ce qu’elle a laissé.
Retrouver les mots engloutis, jamais prononcés. S’y adosser comme pour mieux les posséder, c’est ce qu’il tente de faire, de comprendre.

Je vous laisse découvrir l’histoire et chacun de leur chemin.

« On ne sait jamais comment alléger la tristesse des mères qui disparaissent. La tristesse, elle, ne disparaît pas. »


• L’extrait :

« Cette odeur, oui, tu l’as habitée et le tissu de ses jupes et la couleur ambrée de sa peau. Mais on ne peut pas habiter quelqu’un. Une fois qu’on est au monde, il faut habiter le monde. »


• Mon avis :

Un livre absolument sublime.
Il fait partie de ceux qui marquent, qui nous donnent envie d’y revenir.

J’aurais pu commenter chaque page, tellement ce livre est riche de poésie, de fulgurances, d’amour, de déchirement, de silence.

La plume de Jeanne Benameur est unique, elle décrit la mère comme nulle autre.


• L’auteur :

Jeanne Benameur

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*Jeanne Benameur est née en 1952 dans une petite ville d’Algérie d’un père arabe et d’une mère italienne. Professeure de lettres jusqu’en 2001, elle a publié chez divers éditeurs, mais particulièrement Denoël en littérature générale, et les éditions Thierry Magnier. Elle est également directrice de collection, aux Éditions Thierry Magnier et chez Actes Sud-junior.
Elle vit maintenant à Paris où elle consacre l’essentiel de son temps à l’écriture: théâtre, roman , poésie, nouvelles. Elle a reçu en 2001 le Prix Unicef pour son roman « Les Demeurées », l’histoire d’une femme illettrée et de sa fille (Denoël, 2000).

En 2008, elle rejoint Actes Sud avec « Laver les ombres ».

Elle reçoit le Prix RTL-LIRE 2013 pour « Profanes » et le Prix Libraires en Seine 2016 pour son roman « Otages Intimes ».

*Source : Babelio


• L’enfant qui
• Auteur : Jeanne Benameur
• Maison d’édition : Actes Sud
• Publication : mai 2017

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