La promesse de l’aube

• Le mood :

Si vous aviez besoin d’une piqûre d’amour maternel et d’humour fantasque La promesse de l’aube semble tout indiqué.


• L’histoire :

« Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! »

La promesse de l’aube est un joyau. L’histoire de l’amour démesuré d’une mère ; Mina Owczynska pour son fils ; Roman Kacew. L’amour inconditionnel d’une mère Russe et juive qui avait décidé d’un grand destin pour son fils. Deux destins que Romain finira d’ailleurs par confondre en un seul.

Elle fera tout pour lui, d’une manière excessive, extravagante, poétique, insensée parfois (souvent)…

Un fils qu’elle élève seule dans un contexte d’entre-deux guerres, refusant de prendre mari, lui vouant son être tout entier. Ils voyageront ensemble de la Lituanie à la Pologne pour finir à Nice, ville de France dont elle rêvait tant.

J’ai souvent ri, Gary avait ce talent dont il parle d’ailleurs souvent, de rire beaucoup de lui.
Ce jour où il a décidé d’aller tuer Hitler pour sa mère…grandiose !
Le récit de son premier amour à 9 ans, Valentine, qui lui aura fait avaler tout un tas d’objets y compris un soulier en caoutchouc. Et quel talent pour nous raconter toutes ces anecdotes…
Son adulation pour le derrière de Mariette qu’il voyait même dans le visage de son professeur…

« L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « j » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. »

Il donne le sentiment qu’il se fichait de tout, ou du moins il le feint. L’humour aura sans doute été son armure la plus précieuse dans la vie.

Dans ces lignes coule également la colère d’un petit garçon, de ne pouvoir rien changer à la condition difficile de sa mère se sacrifiant pour que son fils ait un steak dans l’assiette.
Il décide alors de devenir quelqu’un, un grand homme et se cherche un talent qui les rendra tous deux célèbres.

Sa mère qui aurait rêvé de devenir une grande dramaturge avait l’excès dans le sang et pour tout. Il voudra devenir peintre mais pour elle, hors de question ! Trop de peintres ont eu un destin tragique… Écrivain ? Mais alors il faudrait se méfier des grandes maladies et ne surtout pas suivre le chemin de Baudelaire…

Le pauvre Romain délaisse alors les pinceaux et se met à écrire en cherchant des années durant un nom qui plairait aux éditeurs mais aussi à sa mère.

« – Tu seras ambassadeur de France
Je ne savais pas du tout ce que c’était, mais j’étais d’accord. Je n’avais que huit ans, mais ma décision était prise : tout ce que ma mère voulait, j’allais le lui donner. »

Il nous parle de cet amour sans limite qui lui aura valu de ne jamais pouvoir retrouver auprès d’une autre femme les sentiments éprouvés auprès de sa mère.
Jusqu’au bout il bravera la vie pour devenir ce grand homme qu’elle avait choisi qu’il deviendrait.
Il sera alors aviateur, écrivain et Consul Général de France à Los Angeles.

Elle qui s’imaginait un monde descendu des tsars russes. La magnificence et les manières. Les valses et la bienséance.

« Il y avait, dans ses élans d’imagination, quelque chose d’étonnamment démodé et d’un romanesque vieillot ; je crois qu’elle cherchait à recréer ainsi autour d’elle un monde qu’elle n’avait jamais connu autrement qu’à travers les romans russes antérieurs à 1900, date à laquelle la bonne littérature s’arrêtait pour elle. »

Gary nous parle de ce vide immense et ce glas qu’a laissé le trop d’amour de sa mère dans sa vie lorsqu’elle n’a plus été là pour l’aimer.
Ce monde imaginaire qu’elle avait inventé pour lui, celui d’une France, ce pays adoré, où Victor Hugo était devenu président et où son fils deviendrait le futur Zola.

Cette mère qui chaque soir pleurait de se souvenir de son amour perdu qu’elle retrouvait dans le bleu des yeux de son fils…Cette lumière qu’elle lui réclamait si souvent.


• L’extrait :

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »


• Mon avis :

Même si Gary flirt souvent avec un narcissisme exacerbé (dont il ne se défend pas d’ailleurs), c’est un personnage haut en couleur ! Un génie littéraire, un fou patriote, un clown triste de son siècle.

Cette autobiographie m’a énormément émue.

Pas seulement sur la dimension pathos de cette mère juive prête à mourir pour son fils, mais surtout sur l’extrême lucidité de l’écrivain dans son récit. On y décèle le vrai même dans les lignes les plus farfelues. Et surtout un destin incroyable pour cet homme parti pour sauver la France pour sa mère. Qui jouera une pièce de théâtre devant le Général de Gaulle. Qui se verra passer entre les balles et les bombardements. Protégé de tout par sa mère qui avait déjà bravé les Dieux en imposant le destin de son fils au plus haut des cieux.


• L’auteur :

Romain Gary

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*Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew, est un romancier français originaire de Lituanie.

Juif par ses deux parents, Il est le fils de Arieh Leib Kacew et de Mina Owczynska, Kacew qui est le deuxième époux de la mère de Romain Gary. Il est élevé par sa mère après le départ de son père du foyer conjugal lorsqu’il était enfant.

Après la séparation des parents, Romain Gary rejoint la France, à Nice, avec sa mère ; il a de 14 ans. Il étudiera le droit à Paris et, naturalisé français en 1935, il sera appelé au service militaire pour servir dans l’aviation où il est incorporé en 1938.

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres, durant la Seconde Guerre mondiale, il prend le pseudonyme de Gary comme nom de résistant. Décoré commandeur de la Légion d’honneur à la fin de la guerre, il embrasse la carrière diplomatique en 1945. Cette même année, paraît son premier roman « L’Éducation européenne ». Pendant sa carrière diplomatique, il écrit de nombreuses œuvres, dont le roman « Les racines du ciel », pour lequel il reçoit le Prix Goncourt en 1956. À partir de la publication de « La Promesse de l’aube », en 1960, il se consacre de plus en plus à l’écriture et quitte le Quai d’Orsay en 1961, après avoir représenté la France en Bulgarie, en Suisse, en Bolivie et aux États-Unis.

Désireux de surprendre et se renouveler, Romain Gary utilise, tôt dans sa carrière littéraire, des pseudonymes. Ainsi, publie-t-il « L’Homme à la colombe », sous le nom de Fosco Sinibaldi, en 1958. Dans les années 1970, il utilise à la fois les noms de Romain Gary, de Shatan Bogat et d’Emile Ajar.

Las d’être la cible de critiques le considérant réactionnaire, du fait de son passé de diplomate gaulliste, il invente une écriture vive et drôle, à rattacher au courant post-moderniste, sous le nom de plume d’Émile Ajar. Son cousin Paul Pavlowitch prête corps à cette allégorie et, en 1975, reçoit le Prix Goncourt pour « La Vie devant soi ». La supercherie est révélée par Romain Gary dans son œuvre posthume « Vie et mort d’Émile Ajar ». Il est ainsi l’unique double lauréat du Prix Goncourt.

Époux de l’actrice Jean Seberg de 1963 à 1970, Romain Gary est aussi lié au cinéma pour la réalisation de deux films « Les Oiseaux vont mourir au Pérou » (1968) et « Kill »(1971) ainsi que par des adaptations de ses œuvres, telles que « Clair de femme »(Costa-Gavras) ou « La Vie devant soi » (Moshé Mizrahi).

Le 2 décembre 1980 un peu avant de sortir son dernier roman, Les Cerfs-Volan

*Source : Babelio

2 commentaires sur “La promesse de l’aube

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