La jouissance

• Le mood :

Si vous pensiez que ce livre parlerait de la jouissance sexuelle, passez votre chemin car il n’en est rien. On parle du désir et des tentations sexuelles dans un couple mais on parle surtout des différentes formes de jouissance de la vie que l’on recherche, chacun, individuellement.


• L’histoire :

Dans La jouissance Zeller construit et déconstruit une histoire d’amour en s’attelant à nous interroger :

Où commence l’amour et ou finit-il ?

Pauline et Nicolas vont ainsi tomber amoureux, explorer le désir charnel, la connaissance de l’autre ; son passé, ses souvenirs, ses absences, ses zones de mystères.
Deux personnages fondamentalement différents.
Nicolas rêve de devenir un réalisateur reconnu, il n’a jamais souhaité s’établir avec une seule femme. Une claustrophobie maladive du couple. Mais avec Pauline tout a été différent, malgré tout, sa nature peut-elle réellement changer ?
Pauline, elle, vit dans une vision exclusive et entière de l’amour. Elle tremble d’être abandonnée.

Zeller exerce cette puissance analytique de notre siècle, du couple et des sentiments au travers de références musicales et symphoniques (La symphonie n°9 de Beethoven), historiques (l’Europe, Napoléon…), cinématographiques avec Le Mépris de Godard (que j’aime tant).

« En toute logique, trente ans devrait être l’âge de la jouissance. »

Un portrait saisissant sur les trentenaires qui ne sont en quête que de leur propre plaisir.

Les histoires d’amour sont-elles vouées à mourir si l’égoïsme gagne peu à peu les couples ?

L’auteur nous interroge également sur « la langue » dans un couple. Dans un couple peut-on parler le même langage ? Existe-t-il un Esperanto du couple ? Nicolas bascule. Ressent le besoin d’explorer d’autres femmes, pour lui cela n’entame rien de leur amour. Comment Pauline pourrait-elle comprendre ? Le peut-on ?

L’auteur évoque le rôle de la technologie dans le couple. Ces nouvelles tentations tout droit sorties d’un smartphone qui menacent le couple bien plus qu’avant. Recontacter une x, se faire re-contacter, céder au désir. Nicolas est agaçant, énervant. Incapable de ne pas céder aux tentations qui l’assaillent pour sauver leur amour. Le mal du siècle malheureusement. Les couples sont-ils tous condamnés à se séparer faute de ne pouvoir résister à la moindre petite tentation ?!! C’est cette question que pose Zeller. Pour lui, les histoires finissent dans un lit. Avec un(e) autre.

Zeller reprend ce concept de Sartre. Les « amours nécessaires » et les « amours contingents ». Nicolas a trompé Pauline, elle le sent. Ne le supporte pas.
Sartre voyait en les amours contingents le seul moyen d’exploration du monde. N’est-ce pas là que le cœur des femmes et le cœur des hommes divergent fondamentalement ?

Il n’y a pas un seul modèle d’amour j’en conviens. Il est en tout cas une vision qui appartient à chacun. J’ai néanmoins beaucoup de mal avec cette notion d’amour contingent et d’amour nécessaire.
Pour moi il n’y a que l’amour absolu, comment se contenter en amour ?

Au travers de Pauline, Florian Zeller pose une question très intéressante :

Est-ce que l’amour ce n’est pas s’imaginer un autre qui n’existe pas ? S’inventer un homme mieux que les autres puis finalement s’apercevoir quelques années plus tard que l’histoire que l’on pensait vivre n’était bâtie que sur notre propre illusion du couple ?

Un jour Pauline se réveille et comprend alors le vide sidéral qui habite son couple. Prise de conscience.

Zeller se demande alors, lorsque vient la désillusion, la déception, voire la trahison, pourquoi ne sommes nous pas capables de passer outre ?

Est-il possible de relativiser le drame qui se joue dans notre couple au vu des drames de l’Histoire, bien plus graves ?

Zeller répond que NON, car nous évoluons hors de l’Histoire quand nous aimons.
Un espace qui n’appartient qu’à nous.
Plus rien n’existe que le sentiment profond de la trahison, de la tristesse, de la colère ou celle encore de l’exaltation et de la passion.

• L’extrait :

« Elle a lu L’amour fou, cet éloge de la fusion, et elle a été marquée par sa beauté compulsive. Les phrases de Breton se sont immiscées dans sa vie, si bien qu’elle regarde aujourd’hui l’amour comme la certitude poétique qu’un seul individu nous correspond. Elle ne croit pas que le temps érode fatalement ce sentiment. Selon elle, il ne l’érode que pour ceux qui manquent d’imagination. »


• Mon avis :

Ce bouquin a l’honnêteté de poser des questions fondamentales sur notre siècle, comme :
Serions-nous écrasés par la tyrannie de la jouissance ? 

« Viendra fatalement le jour où il voudra retrouver sa liberté de jouir, et cette pensée sans issue le rend tour à tour triste et impatient. »

Ce serait ça l’amour des hommes ? Nous quitter quand ils ont décidé que la vie était plus fun avec d’autres femmes ?

J’avoue avoir été souvent démoralisée dans ma lecture. Non pas que ce livre ne soit pas bien, au contraire. Mais il soulève des vérités que l’on préfère ne pas lire. Ou propose des visions de l’amour qui ne sont pas les miennes.
Je l’ai parfois vécu comme un traité de résignation pour les femmes. « N’espérez plus l’amour ne dure jamais. » Merci…

Mais j’ai apprécié les problématiques soulevées jusqu’à sa question finale : le pardon. (Même si je ne pense pas faire partie de cette catégorie des « pardonnants » ;)) Qu’il s’agisse de guerre, qu’il s’agisse des couples nous ne savons plus pardonner. Nos décisions sont implacables. Pour lui, il suffirait d’une main tendue. L’amour peut-il reprendre après les trahisons, les mensonges et les déceptions ? Est-ce une question d’époque réellement ? Notre siècle sonne-t-il le glas des amours pour la vie ?

Je ne veux pas le croire mais il est évident qu’avec la technologie, les choses sont bien plus compliquées qu’avant.

Les secrets et les mensonges plus faciles, les doubles vies plus simples à maquiller…

Et il reste cette question fondamentale du langage. Pouvons-nous nous accorder ?


• L’auteur :

Florian Zeller.

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*Florian Zeller a grandi en Bretagne. Son père travaillait dans l’industrie automobile en France et en Allemagne.

Il a été élève de Sciences Po Paris, où il écrit son premier roman « Neiges Artificielles », reconnu par le monde de la critique. Il enseignera ensuite la littérature à Sciences-Po pendant plusieurs années.

Sa réputation d’auteur se fait avec la publication de « La Fascination du Pire », Prix Interallié en 2004 et qui explore la relation entre l’Occident et l’Islam, à travers le voyage en Égypte du narrateur.

Il est en outre metteur en scène, convaincu par Françoise Sagan de se mettre à l’écriture théâtrale, il écrit d’abord, « L’Autre », puis « Elle t’attend ». Il a enfin été critique littéraire pour l’émission télévisée Vol de Nuit, diffusée jusqu’en 2008 sur TF1.
En septembre 2012, Robert Hirsch crée sa septième pièce, » Le Père », qui rencontre un très grand succès et obtient plusieurs Molières en 2014.

Florian Zeller reçoit le prix de la Rentrée 2012 pour « La jouissance » dans le cadre des Prix Les Lauriers Verts de La Forêt des Livres organisée par Gonzague Saint-Bris.

Il est le compagnon de la comédienne Marine Delterme. Ils se sont mariés le 5 juin 2010 et ont un fils, Roman, né en décembre 2008.

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